Plonger dans une époque passée, c’est aussi découvrir des histoires d’amour qui ne pouvaient pas toujours être vécues librement. Ces trois films racontent des hommes confrontés aux règles de leur époque, entre amour, désir et secrets.

Le son des souvenirs.
Peut-on laisser derrière soi une rencontre qui a changé une vie ? Avec Le son des souvenirs, Oliver Hermanus raconte une histoire d'amour, mais aussi ce qu'elle laisse derrière elle. À travers Lionel, le réalisateur parle de mémoire, de choix et de ces moments qui continuent de nous accompagner des années plus tard.
Originaire du Kentucky, Lionel rejoint le Conservatoire de Boston, où il rencontre David. Quelques années plus tard, ils se retrouvent dans le Maine pour collecter et enregistrer des chants folkloriques. Cette expérience va profondément les marquer.
« Ce n'est pas de la nostalgie. Ce n'est pas du chagrin. C'est simplement la dure réalité d'un fait… Aurais-je été différent si nous ne nous étions jamais rencontrés ? Aurais-je eu cette impression d'avoir raté quelque chose ? » Cette question résume le parcours de Lionel. Le film montre comment une rencontre peut continuer à influencer une personne longtemps après, jusqu'à lui faire questionner les choix qu'elle a faits.
En enregistrant ces chants, Lionel et David cherchent à préserver une mémoire qui dépasse la musique. Les voix recueillies deviennent aussi liées à leur propre histoire.
Oliver Hermanus prend le temps de suivre ses personnages. Les regards, les silences et les paysages expriment ce que Lionel et David ne parviennent pas toujours à dire. Cette retenue accompagne l'évolution de leur lien sans la surdramatiser.
Le réalisateur s'appuie sur des visuels calmes qui met en valeur les grands espaces du Maine et les moments d'intimité entre les deux hommes. À une époque où leur relation ne pouvait pas être vécue aussi librement qu'aujourd'hui, le film ne fait pourtant pas de leur homosexualité le principal obstacle de leur histoire.
« Que reste-t-il de tout cela, de tous ces sons de la vie que l'on émet sans jamais les enregistrer ? » En laissant la musique et les silences porter une partie du récit, Le son des souvenirs rappelle que certains moments restent longtemps attachés à ceux qui les ont vécus. Entre musique, mémoire et histoire d'amour, Oliver Hermanus raconte comment une rencontre peut continuer à compter, même des années après.
Le son des souvenirs de Oliver Hermanus Ed. Universal à 19,99 €
© Universal
La Victime
Dans une époque pas si lointaine, être gay n'était pas normale. Le film La Victime de Basil Dearden chez Elephant Films nous propose de revenir sur ce moment où rien n'était simple pour les personnes LGBTQIAP+.
Tout débute en 1961, Melville Farr, un grand avocat londonien, s'apprête à être nommé sur un poste prestigieux. Marié à une femme, il refuse de porter secours à son ancien amant, victime de chantage. Mais quand il apprend qu'il s'est tué dans sa cellule, il décide de s'engager dans l'enquête pour retrouver les maîtres chanteurs. Mais jusqu'où peut-on aller par amour, et pour une chose condamné par la société ? Notre protagoniste met en péril sa carrière et sa vie privée pour stopper ses homophobes qui extorquent de l'argent aux victimes, ce moquant bien que celles-ci finissent par se tuer. Le personnage principal, interprété par l'admirable Dirk Bogarde, va au-devant de cela et, pour arrêter ces malfaiteurs, transforme sa peur en courage au fil de ses recherches.
Vivre une histoire d’amour avec une personne du même genre était synonyme de peur au ventre, voire d’angoisse sur cette période et à travers ce film, le réalisateur revendique le droit à la différence mettant en exergue l’absurdité de la loi, qui considère l'homosexualité comme un acte criminel. Un sujet traité ouvertement, sans rien dissimuler, sans stigmatiser et sans vouloir se moquer à renfort de clichés qu'on connait trop, on imagine l’exploit pour l'époque de proposer une œuvre sur un tel sujet avec des gays lambda. Il nous renvoie d’ailleurs au livre ILS S’AIMENT Un siècle de photographies d’hommes amoureux (1850-1950) de Hugh Nini & Neal Treadwell proposé par l’éditeur les Arènes où l’on voyait des hommes ayant osé être photographiés en couple amoureux.
Un film électrochoc qui en dit long sur ce qu'ont vécu les personnes LGBTQIAP+ sur cette période de terreur. À l'époque, une dépénalisation partielle de l'homosexualité se fera en 1967 en Angleterre, avec comme condition qu'ils soient consensuels, en privé et entre deux hommes de 21 ans révolus. Et ça sera en 1992, en France, qu'elle n'est enfin plus considérée comme une pathologie. L'homosexualité n'est pas un choix, on doit déconstruire cette idée et ne pas oublier qu'il faut être attentif aux actes homophobes pour lutter contre.
L’œuvre, qui a été restaurée, nous emporte dans une aventure policière où aimer est prohibé. Tout cela est acquis dans notre société actuelle mais pourrait se stopper à tout moment avec nos droits qui peuvent s'envoler à n'importe quel instant. On est troublé et touché, de voir ces hommes aimer les hommes, tenter de vivre leur vie face à l'homophobie qu'ils subissent. Un film abordant le courage d’être soi pour résister et combattre l'homophobie.
La Victime réalisé par Basil Dearden, Ed. Elephant Films, 19,99 € (Combo Blu-ray + DVD)
© 2026 Elephant Films. Tous droits réservés.
The Leather Boys
Que se passe-t-il lorsque la vie que l'on s'est construite ne correspond plus à ce que l'on ressent ? C'est cette question que pose The Leather Boys, réalisé en 1964 par Sidney J. Furie. Derrière son apparence de drame social consacré à la classe ouvrière anglaise, le film explore le mariage, la masculinité et un désir qu'une société encore très conservatrice refuse de reconnaître. Plus de soixante ans après sa sortie, il reste une œuvre fondatrice du cinéma LGBTQ+ britannique.
Un homme partagé entre ce qu'il vit et ce qu'il ressent
Reggie épouse Dot avec l'idée de construire une vie stable. Pourtant, leur quotidien révèle vite un décalage. Dot aspire à davantage de liberté, tandis que Reggie s'enferme dans une existence qui lui semble de plus en plus étrangère. Leur mariage ne s'effondre pas sous le poids des disputes, mais parce qu'ils ne partagent plus les mêmes attentes.
L'arrivée de Pete fait basculer cet équilibre. Entre les deux hommes naît une relation qui dépasse la simple amitié. Sidney J. Furie ne cherche jamais à expliquer ce que ressent son personnage. Il préfère montrer comment cette proximité fait naître chez Reggie des questions qu'il n'avait jamais osées se poser.
Plusieurs scènes racontent cette évolution comme lorsque Reggie et Pete sont allongés côte à côte sur un lit, chacun fumant sa cigarette, leur proximité contraste avec l'image virile habituellement associée aux motards. Pete tient même une cigarette d'une manière presque efféminée, comme si le réalisateur cherchait à fissurer discrètement les codes de la masculinité.
Puis vient un des dialogues les plus révélateurs du film : « On ne peut pas parler avec ma femme, comme on le fait tous les deux. Ça ne marche pas ». En comparant son mariage à sa relation avec Pete, Reggie pointe que ce qui lui manque, ce n'est pas seulement l'amour, mais la possibilité d'être pleinement lui-même.
Un film où les silences en disent plus que les dialogues
Sorti trois ans avant la dépénalisation partielle de l'homosexualité en Angleterre, The Leather Boys a une approche rare pour son époque. Sidney J. Furie refuse les caricatures comme les jugements moraux. Il filme un homme en plein doute, sans jamais chercher à le définir.
Cette retenue se retrouve dans toute la mise en scène. Les rues populaires, les garages, les cafés ou les balades à moto ne servent pas uniquement de décor. Ils ancrent les personnages dans un quotidien où chaque regard, chaque silence et chaque hésitation prennent de l'importance. Les nombreux gros plans sur les visages remplacent les longues déclarations et laissent les émotions s'installer.
Cette idée atteint son point culminant lorsque Pete demande : « On est bien ensemble ici, non ? ».
Sidney J. Furie ne cherche jamais à tout expliquer. Il laisse les gestes, les silences et les regards raconter ce que ses personnages sont incapables d'exprimer.
Plus qu'un drame social ou qu'une romance, The Leather Boys montre le moment où un homme comprend que le plus difficile n'est pas d'aimer, mais d'accepter que son identité ne corresponde pas au modèle que la société lui a imposé.
The Leather Boys de Sidney J. Furie Ed. Eléphant Films à 16,99 €
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