Alors que la série "Harry Potter" est attendue sur HBO max en fin d’année, la question du boycott de l'œuvre de J.K. Rowling se pose de plus belle. À raison.
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“Si vous soutenez Harry Potter, vous soutenez le génocide trans. Une partie de l’argent que vous dépensez pour profiter de ces produits revient à J. K. Rowling, qui l’utilise pour financer des lois anti-trans partout dans le monde.” C’est par ces mots que Lilly Wachowski, coréalisatrice trans de "Matrix", s’en est pris à la franchise dans un entretien accordé à Variety vendredi 11 septembre. Sa déclaration a suscité de nombreuses réactions, y compris sur les réseaux sociaux de Strobo, et relancé le débat autour du boycott de la future série adaptée des romans de Rowling. Pour comprendre ce qui motive cet appel, revenons sur le succès de Harry Potter, et sur la chronologie des prises de position de son autrice, devenue au fil du temps la première des militantes anti-trans.
Harry, un ami qui nous veut du bien ?
Harry Potter fait partie de nos vies depuis bientôt 30 ans. Nous l’avons vu grandir, et avons nous-mêmes traversé la vie au côté de ce jeune sorcier orphelin et maltraité, aux amis également rejetés. Ron Weasley en raison de ses origines modestes, et Hermione comme Sang-de-Bourbe, c'ets-à-dire née de parents moldus (non magiciens). Si cela explique en partie le succès de la saga auprès du public LGBT+, qui a pu se sentir touché par les difficultés familiales du personnages, et celles qu’il rencontre au sein de son école, le succès de la saga ne se cantonne évidemment pas aux queers. Vendus à environ 600 millions d’exemplaires, les 7 livres ont conquis un public évidemment beaucoup plus large, tandis que les 8 films ont rapporté un peu moins de 8 milliards de dollars.
C’est dire si Harry Potter appartient aujourd’hui à la culture populaire. Et l’on s’en est longtemps réjouis, puisque l'œuvre peut être considérée sur certains aspects comme relativement progressiste. Ainsi, Harry et ses amis ne combattent pas seulement les forces du mal, mais également une idéologie autoritaire et “eugéniste”. La petite bande de héros, auquel il faut ajouter Lupin, exclu du travail et de la société parce que loup-garou, Hagrid, stigmatisé parce que demi-géant, et Luna, jeune sorcière quelque peu loufoque, forment une sorte de famille choisie en lutte pour un monde meilleur. Basique.
Seulement la saga n’est pas pour autant exempte de défauts. Bien avant les prises de position anti-trans de son autrice, J. K. Rowling, le vers était peut-être même dans le fruit. Le traitement des elfes de maison, réduits en esclavage, a très vite suscité de nombreuses critiques. La représentation des gobelins, petites créatures associées à l’or et à la banque, a également été rapprochée de vieux stéréotypes antisémites, à raison ! L’œuvre manque également énormément de diversité ethnique, quant aux LGBT+, ils sont quasiment absents des sept romans : l’homosexualité de Dumbledore n’ayant été révélée par Rowling qu’en 2007, après la publication du dernier tome. On peut également ajouter les valeurs traditionnelles véhiculées par les personnages, et qui concernent en particulier leur façon de rentrer dans le rang à l’âge adulte (famille, amours monogames, etc.).
Mais aujourd’hui, alors que la série Harry Potter est attendue le 25 décembre 2026 sur HBO Max, ce ne sont plus simplement des critiques qui s’élèvent, mais un appel au boycott lancé sur les réseaux sociaux.
J.K. Rowling, fer de lance de la "terferie"
En cause, les prises de position de J. K. Rowling, qui se sont multipliées et radicalisées depuis 2019. À l’époque, l’autrice prend la défense de Maya Forstater, figure du mouvement terf (féministes radicales excluant les personnes trans), dont le contrat avec un think tank n’avait pas été renouvelé après une controverse provoquée par ses prises de position anti-trans et des plaintes de ses collègues. Alors que l’activiste subit un premier revers judiciaire, Rowling lui apporte son soutien public sur Twitter (X) : “habillez-vous comme vous voulez. Appelez-vous comme vous voulez […] Mais virer des femmes de leur travail parce qu'elles affirment que le sexe est réel ?”
En 2020, elle ironise sur l’expression “people who menstruate” (personnes qui ont leurs règles), assurant qu’il existait autrefois “un mot pour désigner ces personnes”, avant d’affirmer : “si le sexe n’est pas réel, l’attirance pour les personnes de même sexe n’existe pas.”
En 2024, J. K. Rowling passe à la vitesse supérieure en versant 70.000 livres sterling à For Women Scotland, une organisation “gender critical” (terf) engagée dans une bataille judiciaire contre le gouvernement écossais. À l’origine du conflit : une loi visant à augmenter la représentation des femmes dans les conseils d’administration des organismes publics. Alors que le gouvernement écossais considère qu’une femme trans disposant d’un “certificat de reconnaissance de genre” féminin peut être juridiquement comptabilisée comme une femme, For Women Scotland conteste cette interprétation et défend au contraire une définition fondée sur le sexe biologique. Le 16 avril 2025, la Cour suprême britannique donne raison à l’organisation controversée, tandis que Rowling célèbre publiquement la décision et félicite ses militantes d’avoir “protégé les droits des femmes et des filles dans tout le Royaume-Uni”.
J.K. Rowling Women’s Fund
L’engagement de l’autrice de la saga “Harry Potter” ne se limite donc pas à ses prises de position publiques. Dès 2024, elle a d’ailleurs créé le J.K. Rowling Women’s Fund (JKRWF), un fonds privé destiné à financer des personnes et organisations engagées dans des batailles judiciaires autour des “droits fondés sur le sexe”. Le fonds propose notamment de prendre en charge les frais de justice de femmes estimant avoir perdu leur emploi en raison de leur conviction radicale concernant le sexe biologique, mais aussi d’individus ou d’organisations contestant des politiques permettant l’accès de femmes trans à certains espaces “réservés aux femmes”.
En juillet 2026, Rowling a par exemple proposé publiquement de financer les frais de justice du Women’s Rights Network après l’annulation, par un festival de Belfast, d’une table ronde consacrée aux espaces non mixtes. La liste complète des affaires financées reste toutefois inconnue : le JKRWF est un fonds privé et indique que les demandes comme les financements accordés sont confidentiels.
La femme, l’autrice, son oeuvre…
Si l’on peut difficilement séparer l’autrice de la femme, beaucoup considèrent en revanche qu’il est possible de la séparer de son oeuvre. On peut en effet aimer une œuvre sans partager les idées de son auteur. Mais admirer « Guernica » malgré le sexisme de Pablo Picasso ne finance plus aujourd’hui les comportements toxiques du peintre. C’est en cela que le cas de J. K. Rowling est différent, puisque l’autrice, toujours vivante, reste financièrement liée à l’univers de “Harry Potter”. Elle a d’ailleurs été annoncée comme productrice exécutive de la nouvelle série. Si les détails de son contrat avec Warner Bros ne sont pas publics, le magazine Forbes estime qu’elle pourrait percevoir environ 20 millions de dollars par an grâce à son implication dans cette nouvelle adaptation.
Or nous avons démontré qu'une partie de la fortune de Rowling sert aujourd'hui à financer des combats politiques et judiciaires anti-trans. Alors, certes, le prix de votre abonnement HBO Max ne sera pas directement versé au J.K. Rowling Women’s Fund. Mais le succès de la franchise contribue à maintenir la valeur économique d’un univers dont Rowling tire des revenus considérables, tandis qu’elle choisit d’en consacrer une partie à ses combats, qui vont à l’encontre de nos valeurs et de nos existences. C'est à ce titre que la question du boycott nous semble pertinente, puisque regarder Harry Potter ne revient pas simplement à visionner une œuvre désormais détachée de son autrice. Séparer l’œuvre de l’artiste est une chose, continuer à financer une activiste anti-trans en est une autre.
