Edito Strobo #45 janvier-février 2026 : culture et politique

Franck Desbordes

L’expo « Mauvaises vies » de Marc Martin vient de s’achever, avec plusieurs discours lors de la journée du finissage. « l’art de Marc est érotique donc politique », a notamment souligné la géniale Lolly Wish. La chanteuse burlesque sait de quoi elle parle, son profil d’artiste est régulièrement censuré. L’expo revenait sur cette époque où l’homosexualité était interdite, avec les rafles d’homosexuels dans les toilettes publiques, véritables lieux de rencontres et de revanche identitaire, rafles prouvées par les registres de la préfecture de police de l’époque avec des listes de « délinquants sexuels » ; l’expo ne traitait pas de ce seul sujet puisqu’il y était aussi question de l’histoire des maisons closes, de genres, de transidentités, de sexualités extrêmes. Ou tout simplement de la manière dont la nudité est traitée aujourd’hui par la société. Oui, sans aucun doute, l’art et la culture sont politiques et cette expo en était une véritable illustration.

Deux jours plus tard, je courrais acheter le magazine Têtu dans la gare Montparnasse. Le Relay devant les quais affichait ce jour-là une sélection de livres quasi exclusivement de droite et d’extrême-droite : Jordan Bardella, Nicolas Sarkozy, Marion Maréchal, Philippe de Villiers… et d’autres ouvrages constituant une certaine cohérence dans le rayon. Entendez par là qu’il n’y avait aucun.e auteur.trice de gauche. Il y avait bien Ségolène Royal mais depuis ses propos sur les personnes transgenres qui le seraient à cause du glyphosate et autres perturbateurs endocriniens, et depuis que la chantre de la « bravitude » officie sur CNews sans apporter de contradiction efficace, on est en droit de se demander si elle n’est pas victime elle-même de ces fameux perturbateurs… Bref, un étalage destiné à formater les voyageurs avant les élections. Un étalage à faire vomir toute personne démocrate et républicaine prônant la liberté et le vivre-ensemble. J’ai reposé mon Têtu pour aller l’acheter dans un kiosque à journaux parisien.

Parce que consommer, c’est voter ! Posons-nous la question : est-il cohérent et compréhensible d’être abonné.e à Canal+ ou d’acheter un coffret Smartbox aujourd’hui si l’on est une personne LGBTQ+ ou un.e allié.e ? Bolloré tout comme Stérin sont des soutiens factuels de l’extrême-droite et œuvrent pour qu’elle arrive au pouvoir en 2027. Est-il rationnel et logique de donner à nos ennemis les moyens de nous combattre ? C’est un peu donner le bâton pour se faire battre. Nous devons vérifier avant chaque achat les valeurs portées par les entreprises auxquelles nous donnons notre argent. Elles ont des millions (d’euros, et même des milliards), mais nous sommes des millions de consommateurs. Tout comme l’art et la culture, nos choix en matière de consommation sont politiques. 

Et puis, il y a quelques jours un député RN nous sortait que « Marine le Pen comprend les gays comme Mylène Farmer »... Bon d’accord, le vote LGBTQ+ a beaucoup d’importance parce que notre minorité se mobilise massivement aux élections, ne serait-ce que pour se défendre. Mais peut-être n’est-il pas nécessaire de tomber ainsi dans le ridicule. Je dois l’avouer, depuis je fais des cauchemars où je vois Marine Le Pen en porte-jarretelles en train de chanter « je je suis libertine » et je vous promets, c’est gore ! Il faut rappeler à ce « jeune » député qui ne semble pas connaître l’histoire de son parti que Mylène Farmer, en son temps, avait été « […] scandalisée d’apprendre que Monsieur Le Pen ait pu utiliser son image et tromper les gens […] ». Vous me rétorquerez que le RN, ce n’est pas le FN, je vous répondrai que si vos toilettes ont des murs blancs et que vous les repeignez en vert, des chiottes, ça reste des chiottes.

Le cinéma, la littérature, la photo, la chanson, le drag, les cabarets… l’art et la culture sont subversifs et contestataires par nature. Ils instruisent, amènent la réflexion et le débat. Et c’est bien pour cette raison que l’extrême-droite, quand elle arrive au pouvoir, cherche systématiquement à les détruire puisque son modèle opérationnel ne supporte pas la démocratie et la liberté d’expression. Aussi parce que plus un public est inculte, plus il est en capacité à défendre et soutenir des mesures idiotes… Que chacun choisisse son camp.

Franck Desbordes, Directeur de la publication

Partager:
PUB
PUB