À découvrir en ce moment

Mangas, séries ou films : on vous propose une sélection d’œuvres à découvrir ou redécouvrir. Des récits sensibles et intenses, qui parlent de relations, d’émotions et de liens qui se construisent autrement.

Temps suspendu : La Mélodie de l’Aube

Dans La Mélodie de l’Aube de Poteto Ueno (Akata), on suit deux garçons qui se croisent, se perdent, puis se retrouvent au fil des années, liés par un sentiment qu’ils n’osent jamais formuler.

Makoto est rêveur, Nobuaki est plus réservé. Un soir, face à la mer, le premier rencontre Nobuaki. Ce moment marque le début d’un lien discret que le temps et les chemins de vie ne feront que complexifier. Le récit suit la vie des deux protagonistes, laissant la place aux silences et aux non-dits. Souvenirs, retrouvailles et occasions manquées s’entrelacent sans jamais forcer le rythme. Poteto Ueno choisit de laisser ses deux hommes évoluer à différents moments de leur existence, permettant aux sentiments de se développer naturellement. L’ambiance, presque onirique, renforce cette retenue : ici, l’amour ne se dit pas, il se devine dans les regards, les absences et le passage des années.

La Mélodie de l’Aube s’adresse aux lecteurs et lectrices sensibles aux récits lents, où les relations se construisent avec patience plutôt que dans l’évidence.

La Mélodie de l’Aube de Poteto Ueno Ed. Akata à 8.30 €

 

YOAKE NO LITTLE MERMAID © 2022 by Poteto Ueno / HOME-SHA Inc.

 

Vacances sous tension : The White Lotus

Créée, écrite et réalisée par Mike White pour HBO, The White Lotus utilise des décors luxueux et paradisiaques pour suivre des individus dont la personnalité se révèle progressivement. Sur trois saisons, la série montre l’envers des vacances parfaites tout en installant un malaise dès les premières scènes.

Chaque saison repose sur un contraste : des paysages agréables et calmes s’opposent à des situations de plus en plus tendues. La bande-son, omniprésente, renforce ce stress et transforme des scènes banales en moments chargés de nervosité.

La série présente un panel de protagonistes aux failles assumées : un réceptionniste gay en quête de reconnaissance, un père de famille déstabilisé par la sexualité de son propre père, une directrice d’hôtel sous pression permanente, ou encore deux frères dont la relation reste ambiguë. The White Lotus propose ainsi un portrait nuancé de la communauté LGBTQ+, au cœur de situations à la fois drôles et sérieuses.

Au fil des épisodes, les vacanciers révèlent de nouvelles facettes, et nos jugements évoluent : certains que l’on appréciait peuvent agacer, et ceux que l’on sous-estimait surprennent. Sous le soleil, les interactions se tendent et les apparences se fissurent.

Plus qu’un simple décor de vacances, The White Lotus devient un outil d’analyse des rapports humains et de leurs tensions. Une quatrième saison est annoncée, cette fois dans le Sud de la France.

The White Lotus, créée, écrite et réalisée par Mike White Ed. Warner / HBO à 39,99 euros le coffret 3 saisons.

© HBO Warner The White Lotus

L’intensité de Feu d’artifice

Dans Feu d’artifice d’Asumiko Nakamura (Hana Collection), l’agressivité surgit sans avertissement.

Tomori, lycéen instable et imprévisible, frappe Misato, un nouvel élève discret et solitaire. Aucun mobile clair, aucune explication immédiate : « On ne sait pas pourquoi il l’a cogné. Il a pété un câble d’un coup. » L’histoire avance dans cet état de tension, jusqu’à ce que la vérité éclate.

La mangaka Asumiko Nakamura ne cherche pas à justifier les gestes de son personnage. Elle montre comment la colère devient un langage pour lui, comment les ressentis refoulés se transforment en coups. Tomori est incapable d’affronter les émotions qu’il éprouve pour Misato : il les détourne, les nie et les retourne contre lui. L’homosexualité n’est pas abordée directement, mais elle devient un point de malaise. On pense alors à la cruauté contenue dans la BD Cicatrice, où les blessures des protagonistes se traduisent elles aussi en actes durs.

L’intrigue est courte, sèche, sans pathos. Le trait épuré accentue la rudesse des situations, obligeant le.la lecteur.trice à ressentir pleinement les conflits sous-jacents. Et lorsque l’amour se dévoile enfin, il le fait sans paroles excessives, mais avec une puissance émotionnelle : « Impossible de me tromper. J’ai vu ce feu d’artifice se dessiner dans l’obscurité. »

L’ouvrage offre un regard rare sur la naissance d’un désir freiné par la peur et la honte. Une œuvre qui invite à la réflexion, sans dramatiser.

Feu d’artifice de Asumiko Nakamura Ed. Hana Collection à 8,99 €

© Hana Colelction Asumiko Nakamura

 

Famille choisie : Lilo & Stitch

Avec Lilo & Stitch, Disney revisite son classique à travers une adaptation en prises de vues réelles réalisée par Dean Fleischer-Camp, en conservant son axe central : l’Ohana, ce lien que l’on construit au-delà du sang.

Lilo, enfant solitaire vivant à Hawaï, croise la route de Stitch, extraterrestre rejeté. Leur rencontre fortuite donne naissance à un petit groupe uni, fondé sur la différence et la marginalité.
Le film met en scène des individus qui ne correspondent pas aux normes attendues et questionne la possibilité de bâtir un cadre sûr, hors des modèles traditionnels. La relation entre Stitch et Lilo repose sur un soutien réciproque, parfois difficile, mais jamais parfaite. L’acceptation ne se fait pas facilement : elle se gagne, se teste et peut vaciller.

Cela résonne particulièrement auprès du public LGBTQIAP+. Lilo & Stitch montre comment on peut inventer son refuge et se sentir soutenu malgré le regard social. Même si la version live action a simplifié certains éléments, comme avec l’agent Pikly, cet extraterrestre qu’on pouvait imaginer masculin et amateur de travestissement, l’esprit général de l’histoire demeure intact.

La mise en scène est claire et agréable, avec de beaux décors naturels. Le film souligne que la solidarité et l’accompagnement sont déjà un beau pas pour fonder son « Ohana ».

Lilo & Stitch de Dean Fleischer-Camp Ed. Disney à 29,99 €

 © 2025 Disney 

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