Visible sur arte.tv, Un jeune homme de bonne famille de Sébastien Lifshitz brosse le portrait lumineux et mélancolique de Claude Loir, 80 ans, figure queer aux mille vies.
Fils d’une famille modeste d’Ariège, ce « héros ordinaire » évoque ses « contes de fées » chez sa grand-mère avant l’arrachement, la pension et le rejet familial qui le suivront comme une cicatrice.
Devant la caméra, l’octogénaire remonte le fil d’une existence passée à fuir l’ennui autant que la norme : enfance cabossée, découverte de son homosexualité, départ pour la Côte d’Azur puis Paris, lieux de drague, clubs de gigolos, pissotières. Dans une France où l’homosexualité est encore qualifiée de « fléau social », « l’envie de s’envoyer en l’air a été plus forte que la peur », résume-t-il, lui qui tournera ensuite dans une soixantaine de films X « catégorie chic », en « gendre idéal », ce « jeune homme de bonne famille » qui donne son titre au film.
Jeux de miroirs
Lifshitz mêle confidences face caméra, photos de famille, archives queer rares et extraits d’un porno encore artisanal pour recomposer une mosaïque intime où s’entrelacent désir, humour et blessures profondes. « Ma vie, c’est un mouvement, comme un nuage, qui dépasse le réel », confie Claude, tandis que le cinéaste le décrit comme « un pur hédoniste, un séducteur qui éprouve une immense jouissance à tout essayer, à tout vivre ».
Auteur des Invisibles, d’Adolescentes ou de Petite fille, Sébastien Lifshitz retrouve ici son territoire : celui de ces « résistants naturels » filmés avec une immense tendresse, qu’il considère comme des modèles de liberté. « On doit beaucoup aux gens de cette génération : ils ont forgé la liberté dans laquelle nous vivons aujourd’hui », rappelle-t-il, revendiquant un rôle de passeur de mémoires queers.
Mais ce regard infiniment empathique n’éteint pas les débats : certains critiques pointent une nostalgie qui tend à idéaliser un monde pourtant traversé par l’homophobie, la précarité et l’ombre du sida. Entre roman d’une vie et fresque des mœurs françaises de l’après-guerre à l’ère du VIH, Un jeune homme de bonne famille apparaît ainsi comme un récit vibrant – et discuté – d’une liberté sexuelle conquise à prix fort.
