Hervé Guibert, l’amitié face au sida

Julien Claudé-Pénégry

La Maison du Théâtre d’Amiens accueillera du 4 au 6 février prochain la création d'Arnaud Vrech, une adaptation scénique de l'œuvre d'Hervé Guibert. Une expérience politique et militante de bout en bout.

Principalement inspiré par le roman percutant À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, ce spectacle s'annonce comme une plongée troublante dans une époque bouleversante et une réflexion poignante sur la maladie, le corps et le pouvoir du collectif face à la mort. Arnaud Vrech, dont la fascination pour la richesse de l'œuvre de Guibert remonte à sa formation à l’École du Nord à Lille, voit dans le roman une « réelle et rare inspiration à faire du théâtre ». Le metteur en scène souligne que l'enjeu n'est pas « la maladie en soi, mais comment on la vit ». C’est pourquoi il a imaginé l'adaptation par le prisme de l'amitié, rendue « plus que jamais nécessaire face aux ravages du sida ».

La maladie unificatrice
Le texte de Guibert, une œuvre à la frontière poreuse entre autobiographie et fiction, offre une matière précieuse. L’auteur lui-même disait : « mes modèles existent, mais ce sont des personnages. Je tiens à la vérité dans la mesure où elle permet de greffer des particules de fiction ». C’est dans ce trouble que les interprètes — Cecilia Steiner, Clément Durand et Johann Weber — mettent leurs corps en jeu.
Pour Vrech, « le corps est le principe générateur de son œuvre ». L'auteur a mis en scène sa propre mort, annoncée et redoutée, trouvant dans le sida un sujet pour exorciser sa peur de disparaître. Guibert écrivait : « la mort, on la bâillonne, on la censure... Moi je veux lui laisser sa voix puissante et qu’elle chante, diva à travers mon corps. »

L'impudeur de la pudeur
L'enjeu scénique majeur était de trouver « l’équilibre sensible pour raconter l’évolution d’un corps malade sur scène », explique le metteur en scène. Le style littéraire de Guibert, dominé par un « emportement maîtrisé » à travers de longues digressions, crée une voie physique intense pour l'interprétation. En se soumettant à une expérience de jeu évitant tout artifice, Arnaud Vrech et son équipe souhaitent offrir une expérience forte au public, s'emparant de cette œuvre non seulement comme matière littéraire, mais aussi comme « matière historique ». Un uppercut artistique. 
Infos : amiens.fr/Les-evenements/Herve-Guibert-Arnaud-Vrech-et-Franziska-Baur-collectif-Aubervilliers.

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