Depuis plusieurs années, la représentation des personnes LGBTQ+ à la télévision constitue un enjeu majeur pour la diversité, l’inclusion et la sensibilisation du public. Pourtant, selon le rapport annuel de GLAAD, l’association de référence qui surveille et analyse la visibilité LGBTQ+ dans les médias, un changement radical est en marche : à l’instar d’un vent de conservatisme qui souffle de plus en plus fort sur les États-Unis, la présence de personnages LGBT dans le petit écran connaît une chute inquiétante.
Une tendance confirmée par le rapport 2024-2025 de GLAAD, intitulé « Where we are on TV », qui dénombre 489 personnages LGBTQIAP+ dans les séries télévisées américaines diffusées entre juin 2024 et mai 2025. Cependant, 41% de ces personnages – soit 201 individus – ne reviendront pas pour la saison prochaine, en raison d’annulations, de fin de série ou de formats limités. « La disparition de près d’un tiers de nos personnages LGBTQ+ constitue un signal d’alarme », avertit Sarah Kate Ellis, Présidente-directrice générale de GLAAD, dans une déclaration au support canadien Fugues. Une particularité majeure de cette baisse concerne les personnages trans : sur 33 recensés cette année, seuls 4 continueront à l’écran. Les séries emblématiques comme 9-1-1 : Lone Star, Kaos ou Clean Slate ont été abruptement arrêtées, empêchant toute nouvelle représentation trans. Pour GLAAD, cette situation s’inscrit dans un contexte où la visibilité trans est déjà largement marginalisée, face à une montée des discours réactionnaires et des politiques conservatrices.
Rétropédalage
Le contexte politico-culturel américain joue un rôle déterminant dans cette tendance. La montée en puissance de sentiments anti-LGBTQIAP+, encouragée par des leaders comme Donald Trump, a vu une recrudescence des attaques institutionnelles, législatives et discursives. « Depuis l’arrivée de Trump en 2017, plus de 300 attaques documentées contre les droits LGBTQ+ ont été recensées », précise l’organisation. Effacements numériques, restrictions d’accès aux soins, coupes dans le financement des organisations communautaires, ainsi que des discours stigmatisants sont désormais la norme. Clayton Davis, journaliste spécialisé dans la culture et les enjeux sociaux, souligne dans le magazine Variety de juillet 2025 : « la politique américaine, sous Trump et ses successeurs, a instillé une mood de régression, qui se reflète aussi dans la télévision. La crainte de la controverse pousse les producteurs à éviter certains sujets ou à cloisonner les représentations. » Ce recul n’est pas seulement politique : il s’inscrit aussi dans un virage stratégique de l’industrie audiovisuelle. Face à une « frange conservatrice » du marché, les studios privilégient la production de contenus familiaux ou dépolitisés, écartant les sujets qui fâchent. La réduction des efforts en matière de DEI (Diversité, Équité, Inclusion) s’ajoute à cette tendance, tout comme la croissance des discours réactionnaires qui, chaque jour, alimentent une hostilité latente envers la communauté LGBTQIAP+.
Diversité à la trappe, profits en vitrine
Pour Megan Townsend, directrice de la recherche chez GLAAD, cette période de régression pourrait avoir des conséquences délétères : « les personnages LGBTQ+ jouent un rôle crucial dans la construction de la compréhension sociale et dans la création de modèles pour les jeunes. Leur disparition progressive à l’écran signifie une perte de visibilité qui pourrait impacter durablement l’évolution des mentalités. » Une étude récente de GLAAD révèle par ailleurs que, malgré une audience toujours favorable à la diversité, plus de 84 millions d’Américains déclarent être plus enclins à regarder une série incluant un personnage LGBTQ+. La communauté représente aussi un marché économique non négligeable : son pouvoir d’achat est estimé à 1,4 milliard de dollars. Cela n’a pas empêché certains grands acteurs de l’industrie, comme Netflix ou Disney+, de réduire leur quota de séries inclusives, à l’image des séries Heartstopper, Big Mouth ou Umbrella Academy, qui ont marqué l’histoire du genre avant de se voir brutalement interrompues ou leur visibilité diminuer.
Un combat à relancer
Ce recentrage vers des contenus qualifiés de « sûrs » a été dénoncé par de nombreux créateurs et activistes. La plateforme GLAAD insiste : « la suppression de ces personnages n’est pas qu’une statistique, c’est une atteinte à la diversité et à l’évolution sociale que la télévision peut initier. » La crainte est que cette tendance ne devienne une norme, faisant marche arrière sur deux décennies d’efforts pour une représentation plus équitable.
Au-delà des enjeux locaux, cette dégradation de la visibilité LGBTQ+ dans le média audiovisuel américain illustre une tendance mondiale, où la progression vers l’égalité semble fragilisée par la montée des conservatismes et des discours de haine.
La question demeure : comment l’industrie et le public pourront-ils répondre à cette crise de représentation ? Les prochains mois seront déterminants. Si, comme le prédit GLAAD, 2026 s’inscrit dans la même dynamique, la visibilité des personnes LGBTQ+ à la télévision pourrait atteindre un niveau encore plus bas, tout en alimentant la fracture sociale et culturelle.
Le message clair est lancé : l’heure est à la vigilance et à l’engagement pour préserver la diversité à l’écran, enjeu vital pour une société plus juste et inclusive.


