Les Diivines tout terrain

Annabelle Georgen

Des soirées aux manifs, des terrains de foot aux podiums, de Paris à la Guadeloupe, l’association afro-caribéenne Les Diivineslgbtqia+ se bat pour visibiliser les afrolesbiennes de la capitale et lutter contre la LGBT-phobie et le racisme. Rencontre avec Pierrette Pyram, cofondatrice et présidente.

Comment sont nées les Diivines?
Tout est parti d’un constat : quand on allait avec des amies dans des soirées lesbiennes à Paris, on était les seules personnes noires de la soirée. Et on ne se reconnaissait pas non plus dans la musique qui passait : de l’électro, de la techno, alors que nous, qui sommes issues des départements d’Outre-Mer, on a grandi avec de la dancehall, du zouk, du kompa et d’autres sonorités afro-caribéennes.
Les soirées lesbiennes généralistes qui veulent s’adresser à toute la communauté et qui ne proposent qu’un seul style de musique n’attirent au final que des personnes blanches. On a donc décidé de faire nos propres soirées, d’abord en tant que collectif. On a lancé en 2017 les After-work afro-caraïbéennes dans un bar lesbien parisien mythique, le So What. Lors de la première on a convié des artistes afro-queer lesbiennes, Queenty, Estelle Prudent et Madha. On était plus de 200 dans ce petit bar ce soir-là, on a poussé les murs. 

Vous organisez toujours ces soirées ?
Non, on a arrêté les After-work l’année suivante, quand nous nous sommes constituées en association. On a créé les Diivineslgbtqia+ en 2018 parce qu’on avait envie d’avoir une portée plus politique. Se retrouver dans le Journal officiel, c’était pour nous se dire qu’on faisait désormais partie des millitantes afroqueers et afrolesbiennes de Paris. Nous sommes une association afro-caribéenne LGBTQIA+. Nos membres vivent en France ou dans les Outre-mer.
On a fêté ça à l’époque avec une grande fête des fiertés afro-caribéennes au Gibus, mais on a arrêté les soirées. À la place on a mobilisé des lesbiennes afro-caribéennes qui travaillaient dans l’événementiel et qui disposaient donc déjà de toute la logistique. Désormais on a plusieurs partenaires qui organisent des soirées dansantes afro-queer comme la Kompète et afro-lesbiennes comme la Open par exemple.

Est-ce que tu as le sentiment que votre point de vue est pris en compte au sein de la communauté lesbienne et queer parisienne ?
On est encore trop peu entendues. Quand j’ai participé à l’organisation de la Marche des fiertés de 2019 par exemple, j’ai par exemple eu du mal à faire entendre que ca serait bien qu’il n’y ait pas que de l’électro qui soit diffusée à la fin de la manif. On m’a répondu que le zouk n’était pas assez rythmé ! Alors que nous cette musique nous transcende - et qu’elle représente une partie de la communauté LGBTQIA+ à Paris. J’étais la seule personne noire autour de la table, essentiellement au milieu d’hommes gays blancs. Ce jour-là j’ai dû taper du poing sur la table, et j’ai été entendue : un morceau de zouk a été passé à la fin de la marche. Suite à ça on a fondé, avec d’autres associations et collectifs racisés la Pride radicale, une marche antiraciste, anticapitaliste et anti-impérialiste. Pour nous, la Marche des fiertés de Paris est une marche généraliste et colonialiste, qui ne représente pas les différentes communautés qui existent au sein de la communauté LGBTQIA+. On l’organise sans subventions, uniquement grâce au crowdfunding. La première manif a eu lieu en 2021. Puis une autre marche a été créé par la suite : la Pride des banlieues. On veut rendre visibles les personnes LGBTQIA+ noires et racisées qui viennent des Outre-mer, autrement dit des dernières colonies françaises – c’est comme ça que nous les appelons. 

Quelles sont vos activités aujourd’hui ?
On travaille actuellement sur la Global Black Pride, qui aura lieu à Paris le 9 septembre 2026. On va organiser plusieurs événements pour lever des fonds au cours des prochains mois. C’est une pride afro-queer internationale qui a lieu tous les quatre ans, la dernière édition était à Toronto. Nous avons aussi fondé l’été dernier le premier club de football afroqueer de Paris : les Madras. Notre équipe est essentiellement composée d’afrolesbiennes et d’alliées, et on joue majoritairement contre d’autres équipes queers. On a un tournoi qui s’appelle La Petite Ligue Queer. Pour l’instant, on n’a pas de créneau d’entraînement regulier mais plusieurs d’entre nous jouent en club et s’entraînent directement sur place. On a par ailleurs ouvert une antenne Diivines à Marseille, ainsi qu’en Guadeloupe, avec qui on a co-organisé la première Marche des fiertés de Guadeloupe. Le groupe sur place est plus actif quand je m’y rends, c’est mieux d’être à plusieurs, car là-bas l’homosexualité est encore assez taboue. Et ça s’explique aussi par le fait que le gouvernement soit peu actif à ce sujet. Il n’y a pas exemple pas de journée de lutte contre les LGBTphobies dans les écoles dans les départements d’Outre-mer. La population est donc encore très loin de nous connaître et de nous respecter là-bas. 

Les mots sonts politiques, tu préfères te présenter comme une afrolesbienne plutôt que comme une lesbienne noire. Tu utilises aussi les termes de misogynoire et d’afrolesbophobie. Peux-tu expliquer ?
Je suis une afrolesbienne et une afroféministe. En tant que personne afrodescendante, donc originaire d’Afrique, je mets en avant mon identité en utilisant ces termes. Se nommer, c’est s’identifier et c’est être représentée. J’utilise le terme de misogynoire et d’afrolesbophobie noire pour désigner les discriminations et les violences qui visent les femmes noires, à la fois sexistes, racistes et lesbophobes. C’est important là aussi de les nommer, de les rendre visibles.

Instagram : diivineslgbtqi_plus/Facebook : Diivineslgbtqi+

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