Oubliez les plumes poussiéreuses et les sourires de façade. En février 2022, dans les entrailles de la Porte de Clignancourt, est né un monstre sacré de la scène queer : La Bouche. Fondé et autogéré par un quatuor d’artistes aux identités explosives, ce cabaret n'est pas une simple revue ; c’est une « archive joyeuse et vivante » qui refuse l'oubli. Entre piano-voix, archives LGBT et spoken word incandescent, le spectacle s’impose comme un acte de résistance « sexy, punk, pop et toujours politique ».
Quatre piliers, une seule voix radicale
Le collectif repose sur des personnalités polymorphes qui bousculent les codes. Soa de Muse, « créature afro-futuriste » et finaliste de Drag Race France, y apporte une présence « titanesque » saluée par le New York Times. Elle y déploie un art total, fusion de rêve et d'engagement. À ses côtés, Grand Soir, pianiste et « romantique radical », a plaqué un destin tracé en entreprise pour devenir la « réincarnation spirituelle et travestie de Michel Berger ». La dimension littéraire et sonore est portée par Mascare, poète sonore et DJ subversive, dont les recherches sur Didier-Georges Gabily irriguent une œuvre pensée pour « faire danser les fantômes du patriarcat ». Enfin, Bili Bellegarde, voix d’or et plume « fièrement lesbienne », assume une mission claire : « gouiner le monde » à travers des réécritures de chansons mêlant humour et tendresse.
Une archive politique et cathartique
La Bouche ne se contente pas de divertir. Le spectacle est multidisciplinaire, mêlant lipsync, néons et récits personnels pour traiter de sujets frontaux : racisme, violences systémiques, classes sociales et identités lesbiennes. En citant aussi bien Monique Wittig que Céline Dion ou Sexy Sushi, les artistes créent un pont entre culture pop et militantisme intersectionnel. « Sur scène, les artistes chantent et parlent d'hier et de demain [...] mais surtout, d'espoir et d'amour », cette démarche, qualifiée de cathartique, invite le public à reprendre son souffle dans un monde de plus en plus oppressant. Le cabaret s'exporte désormais hors de son sous-sol parisien, avec une tournée passant par Berlin, Marseille ou encore Grenoble, prouvant que le besoin de récits queer et sincères est universel. La Bouche ne se ferme pas ; elle crie sa liberté, et il est grand temps de l’écouter !
Quelques dates à retenir :
27 & 28 mai - Cabaret Show, La Flèche d’Or, Paris
30 mai - Bouche Club, Conservatoire Pierre Barbizet, Marseille
12 & 13 juin - Cabaret Show, CDNO Centre Dram. National Orléans
24 à 26 juil - Cabaret & Club, Palais Galliera, Paris


