Lionel Damei :« c'est sur scène que je suis le plus joli »

Julien Claudé-Pénégry

Il ressuscite Barbara ou Zizi Jeanmaire. Il fait partie de cette caste d’artistes qui préfère les larmes des gens aux sunlights de la gloire. Ce « taiseux » magnifique a fait de sa voix et de son corps une terre d’accueil. Portrait d’un artiste méditerranéen qui danse les mots pour ne pas mourir de silence.

Il y a chez lui cette manière très marseillaise de poser le décor d'un geste, avant que le verbe ne prenne le relais. « Je suis méditerranéen, déjà », lâche-t-il comme on présente ses papiers d'identité. Un mélange de racines italiennes, corses et peut-être arabes, qui irrigue une présence solaire, même si l’homme au visage jovial et au regard inspirant plein d’empathie se définit, à la ville, comme un « taiseux ». Lionel Damei est un archipel de paradoxes. Un colosse capable de faire le grand écart pour « épater les Parisiens », un chanteur qui « bouge » parce que sa mère lui interdisait la danse, un interprète de légendes qui ne se sent jamais aussi vrai que dans ses propres mots.


L’enfance est une « dentelle noire ». Celle qu’une mère a posée sur les élans d’un petit garçon « très féminin, très lumineux ». On l’envoie pratiquer le judo pour le durcir ; il y reste trois ans en ceinture blanche, la honte au cœur, avant de s’enfuir vers le théâtre, ce compromis acceptable. « Elle m'a pourri la vie », dit-il sans haine, mais avec la lucidité de celui qui a dû se construire un « ami imaginaire » pour paysage. À 18 ans, Grenoble devient la terre d’exil et de libération. Le théâtre lui ouvre les bras, mais c’est la musique qui le porte. Il apprend à chanter sur les disques de Barbara ou Anne Sylvestre. « J’ai mis du temps à trouver sa voix », confie-t-il à propos de la Longue Dame Brune. Mais plus qu’un imitateur, il est un passeur. Quand il incarne Dalida ou Zizi Jeanmaire, il ne cherche pas le travestissement. Il livre « la parole simple d’une femme », celle qui touche au cœur, sans artifice.
Sur scène, Damei n’est jamais seul. Il aime la « tribu », les musiciens qui l’accompagnent parfois gratuitement par amour du projet, les danseurs qui traduisent ses textes en mouvements. Car pour lui, tout est lié : les mots, la voix, le geste. Son répertoire personnel est une traversée des tempêtes. En 1983, il arrive à Paris en plein trauma du sida. Quinze ans plus tard, il écrit L’Homme Traversé. « C’était important que ça soit dit, fait, écrit, chanté et bougé ». Il se souvient encore de l’odeur d’un parfum dans une boîte de nuit qui l'a replongé dans cette période de « filets noirs ».


Le public ? C’est son oxygène, son miroir, son « territoire de paix ». On l’a récemment traité de « gourou ». Il en sourit, mais l’idée ne lui déplaît pas totalement si cela signifie « délivrer » l’autre. « De les délivrer me donne une raison d'être sur cette terre », avoue-t-il. Il préfère les yeux qui rougissent dans une petite salle d'Annecy à la froideur des grands médias. La reconnaissance, il s'en moque désormais. Ce qui compte, c’est ce « fluide » qui passe, cette « caresse et cette lame de fond » qu’il déploie à chaque montée sur les planches.
Aujourd'hui, Lionel vit entre deux mondes. 80 % de son temps est mangé par la quête épuisante de contrats, de dates, de mails qui restent sans réponse. Mais dès qu'il quitte l'ordinateur, il redevient ce « gosse en marche ». Il chante dans la rue, invente des mélodies en marchant. Et puis il y a la vie privée, ce havre protégé. « Dans les bras de mon chéri, je suis admirablement bien ». A raison de trois spectacles qui tournent en simultanés, il livre en mai 2026 Zizi Jeanmaire chante les poètes au Village (Paris 12e), avant le Off d’Avignon. Il reste ce Méditerranéen aux pieds nus, capable de chanter Gainsbourg ou d'écrire sur le port de Paimpol, porté par une seule certitude : « c’est sur scène que je suis le plus joli. C’est là où l’enjeu est juste d’être ce qu’on est ». Un homme vrai, tout simplement.

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Quelques dates

1983 : Arrivée à Paris et confrontation directe avec les années sida.
1998 : Écriture et création de L’Homme Traversé, un spectacle poignant sur cette époque de « filets noirs ».
2017 : Création du spectacle hommage Monsieur Barbara, fruit de sa longue complicité avec l'œuvre de la « Longue Dame Brune ».
Création du sepctacle Dalida sur le divan
2025 : Création du projet Mon Truc en plumes d’auteur-e-s – ZiZi Jeanmaire
Mai 2026 : Présentation du spectacle Zizi Jeanmaire chante les poètes au Village, dans le 12e arrondissement de Paris.

Les artistes inspirants qu'il écoute :
Buika, Babx, Sting, Franco Fagioli, Rokia Traoré, Marco Beasley, Pino Daniele, Shirley Bassey, Françoise Hardy, Damia

L’agenda : 
MON TRUC EN PLUMES D'AUTEUR-E-S
- Dimanche 17 mai à 18h Chez Funda Le Village, 38 allée Vivaldi, Paris 12ème
(Lieu sympa Queer & Kurde)
- Vendredi 28 août 2026 à 19h Festival de la Cour du Vieux Temple, Grenoble
- Du 1er au 6 déc., Tournée décentralisée avec la Maison de la Culture de Nevers
Teaser : youtube.com/watch?v=uHsw0p_eKeA
 
LES AILES EN CHIFFONS chanson & danse urbaine
avec Mathis Emerand et Léo-Paul Martinello (danseurs)
- Dimanche 10 mai de 15h à 17h spectacle collectif en déambulation du Port à L'Abbaye de Beauport, Paimpol
- Samedi 11 juillet à la Médiathèque de Goncelin, Isère
- Mercredi 15 juillet à 18h et à 21h, L'Atelier 44, Off Avignon
- Samedi 14 novembre, TelQuel Théâtre, Nîmes
Teaser : youtube.com/watch?v=hNijr576FOM

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