Il aura fallu patienter une année entière après son double sacre retentissant à CannesSeries 2025 (Meilleure série courte et Meilleure performance) pour que Oh, Otto ! débarque enfin sur Canal+. Ce délai de mise en diffusion n’a fait que renforcer l’aura de cette pépite belge qui s'éloigne radicalement des sentiers battus de la fiction queer habituelle.
Le récit nous plonge dans le sillage d'Otto, incarné par le magnétique Willem De Schryver. Jeune homme en quête de sens dans un Bruxelles nocturne et mélancolique, il erre entre désir charnel et solitude numérique. Largué par son copain et abandonné par sa meilleure amie qui déménage, il plonge dans les affres des applis de rencontres, des coups du moment, des pulsions instantanées et des retours de flammes qui nous font tomber dans les méandres de la solitude la plus drue. Télérama décrit avec justesse ces « charmantes aventures d’un ingénu au pays de Grindr ». Mais sous ses airs de chronique urbaine, la série propose de suivre un parcours de vie sous forme d’introspection, celle du protagoniste dans la découverte d’une liberté sexuelle exacerbée et sentimentale cabossée.
Pour cela, le réalisateur privilégie un naturalisme brut, presque clinique, loin des artifices d'un Euphoria. Ici, l'homosexualité n'est plus un « sujet militant » mais le décor d'une mélancolie universelle et d'un vide existentiel capturé avec brio. La réussite totale du projet repose sur l’interprétation habitée de De Schryver. Comme le soulignait Le Soir lors de son prix d'interprétation, sa vulnérabilité désarmante porte littéralement l'œuvre.
Si le format court de quinze minutes peut frustrer les amateurs de fresques denses, il sert ici une narration nerveuse, évitant tout superflu. Cette série transforme l’errance en poésie visuelle. Malgré une noirceur parfois frontale, Oh, Otto ! s’impose comme une œuvre nécessaire, capturant l'essence d'une génération ultra-connectée mais profondément isolée. Une pépite brève, brute et indélébile.
A découvrir en streaming sur Canal+.

