Dolly Parton est morte le 25 août à l'âge de 80 ans. Au delà de ses inoubliables chansons, elle laissera le souvenir d'une femme généreuse et engagée, notamment pour le respect et les droits des personnes LGBT.
![]()
Dolly Parton est morte le 25 août, à l’âge de 80 ans, après une brève bataille contre le cancer. Sa famille et ses représentants ont annoncé sa disparition, précisant qu’elle était entourée de ses proches.
Née en 1946 dans une famille pauvre des montagnes du Tennessee, au sein d’une fratrie de douze enfants, elle se lance très tôt dans la musique, soutenue notamment par son oncle et musicien Bill Owens. Elle gravit les échelons de la country un à un, jusqu’à devenir l’une de ses reines incontestées, avant d’élargir son public dans les années 1970 et 1980, en passant de la country à la pop, sans jamais abandonner ses racines musicales.
Tout au long de ses près de sept décennies de carrière, elle fut à la fois chanteuse, auteure-compositrice, actrice, femme d’affaires et philanthrope. Avec plus de 3 000 chansons à son actif et plus de 100 millions de disques vendus, elle est devenue l’une des artistes les plus populaires de l’histoire de la musique américaine.
Le succès de ses chansons, son humour et sa personnalité en ont fait une icône américaine aimée dans le monde entier, l’un des rares traits d’union entre démocrates et conservateurs, entre majorité et minorités, dans une Amérique profondément fracturée. Elle s’était d’ailleurs toujours gardée de prendre publiquement position pour un parti ou un candidat, préférant défendre des valeurs d’unité, de respect et de compassion.
Parmi les titres les plus connus de son immense répertoire : Jolene, I Will Always Love You, que Whitney Houston transforma en hit mondial, 9 to 5, Coat of Many Colors, Just Because I’m a Woman ou encore Islands in the Stream, en duo avec Kenny Rogers ou Do I ever cross your mind. Elle a également écrit des milliers de chansons pour elle-même et pour d’autres artistes et repris des dizaines d’autres, seule, en duo, ou en trio, avec Emmylou Harris et Linda Ronstadt.
Un style unique
Dolly Parton, c’était aussi un style unique. Elle a adopté très tôt l’apparence qu’on lui connaîtra toute sa vie : perruque blonde volumineuse, faux ongles longs, maquillage appuyé et silhouette généreusement mise en valeur par la chirurgie esthétique. Un look inspiré par celui d’une femme qu’elle avait vue enfant et que les autres considéraient comme la prostituée locale. Dolly, elle, la trouvait magnifique et voulait lui ressembler. Elle a ensuite transformé cette apparence en une véritable armure, jouant avec les clichés, notamment celui de la blonde idiote, alors qu’elle n’était ni idiote, ni blonde, comme elle aimait le rappeler avec un humour. Avec l’humour qui la caractérisait, elle aimait rappeler qu’« il faut beaucoup d’argent pour avoir l’air aussi cheap ».
Bien qu’elle se soit toujours montrée réticente à se définir comme féministe, sa vie et son parcours sont pourtant ceux d’une femme libre et puissante, qui a tracé son propre chemin sans jamais demander la permission. Son rôle dans 9 to 5, comédie féministe devenue un classique, en est une illustration parmi d’autres.
Le succès et l’argent ne l’ont jamais empêchée de rester proche de ses racines populaires. La chanson qui lui tenait peut-être le plus à cœur était Coat of Many Colors, dans laquelle elle raconte le manteau que sa mère lui avait cousu à partir de morceaux de tissu, faute de pouvoir lui en acheter un neuf. Mais derrière le récit de la pauvreté et de l’humiliation à l’école, la chanson parle surtout de l’amour maternel, de la dignité et du refus de laisser le regard des autres définir sa valeur. Elle avait expliqué que cette chanson était « la plus proche de son cœur », notamment parce qu’elle parlait de sa mère, du harcèlement et d’une certaine philosophie de vie.
Alliée de longue date des personnes LGBT
Enfin, Dolly Parton fut une alliée de longue date des personnes LGBT. Elle a toujours pris soin de ne pas se transformer en personnalité politique, mais cela ne l’a jamais empêchée de défendre publiquement l’égalité et le droit de chacun à vivre comme il l’entend. Dès 2009, elle s’était prononcée en faveur du mariage entre personnes de même sexe, avec son humour habituel. Quelques années plus tard, elle résumait sa position d’une formule devenue emblématique : « Love is love ». Elle expliquait aussi qu’elle ne se sentait pas autorisée à juger les autres et que chacun devait pouvoir être lui-même.
Cette proximité avec les personnes LGBT ne se limitait pas au mariage. Dans les années 1990, elle chantait déjà dans Family que, dans une famille, il y avait des « gays », mais que personne n’était rejeté. Elle a également défendu les personnes trans et répété qu’elles devaient être traitées avec le même respect que tout le monde. Au fil des décennies, elle est ainsi devenue une figure particulièrement populaire auprès du public LGBT, notamment dans un univers country longtemps associé à des valeurs conservatrices.
Depuis hier, beaucoup d'associations, de personnalités et d'anonymes expriment leur profonde tristesse et rendent hommage autant à l'artiste qu'à la femme. Ainsi, pour l'association LGBT américaine Glaad : « Toute la carrière de Dolly Parton s'est construite sur l'amour et et le respect pour tou.tes. Son soutien sans faille ne sera jamais oublié. »
De son côté, Jane Fonda, qui partageait avec elle et Lily Tomlin l’affiche de 9 to 5, a tenu à s’adresser spécifiquement à son public LGBT. Dans un hommage publié sur Instagram, elle écrit : « À ses fans gays et trans, je veux que vous sachiez qu’elle vous aimait. Vous le savez sans que j’aie besoin de vous le dire. »
Oui, on le sait.
Photo : Domaine public