Raya Martigny : “les personnes qui subissent des choses compliquées donnent souvent plus qu’elles ne reçoivent.”

Franck Finance-Madureira

Connue d’abord comme mannequin, Raya Martigny a fait ses premiers pas au cinéma dans les films d’Alexis Langlois (De la terreur mes sœurs, Les Reines du drame, entre autres). Cette année, sa carrière de comédienne connaît un vrai tournant , puisqu’elle tient un des rôles principaux des "Matins merveilleux", sorti cet été, et s’offre une participation remarquée dans le nouveau film de Jeanne Herry, "Garance" (le 23 septembre en salles) au sein d’une distribution de haut vol qui réunit notamment, et en couple lesbien, Adèle Exarchopoulos et Sara Giraudeau. Rencontre.

 

Quand tu étais ado sur l'île de la Réunion, est-ce que le cinéma avait une place dans ta vie ? 

Non, parce que l’accès à la culture n’était pas facile. Pour m'évader, j'étais beaucoup dans mes pensées, et j’allais au cinéma voir des films fantastiques. Avec ma première petite copine, on a vu la série des "Twilight" ! Le côté cinéma fantastique, avec ses vampires et ses loups-garous, nous permet de voir nos différences comme quelque chose de positif, finalement. Puis j'ai découvert "Matrix" et le travail des sœurs Wachowski, qui m'a vraiment mis une claque. Ce sont vraiment des films qui m’ont marquée.

 

À quel moment, quand tu as commencé le mannequinat, t’es-tu autorisée à envisager de devenir actrice ?

Comme modèle, c’est le fait d'incarner mille et une choses qui m’a permis de m’épanouir dans ce métier. S'adapter à un personnage, à un environnement sont des choses que j'ai toujours eues en moi. J'ai traîné dans tous les milieux et même avec des rappeurs homophobes, qui avaient un déclic en se disant "j'adore cette meuf " ! Je me suis retrouvée à être protégée par des personnes que je n’aurais jamais pu imaginer devenir des alliés. 

 

Tes tout premiers pas devant une caméra, tu les as faits avec Alexis Langlois, un des maîtres du cinéma queer en France…

Oui, et sans conscientiser le fait qu’on faisait du cinéma ! On était comme des enfants à l'école du plaisir. On se retrouvait et on créait des choses sans vraiment se poser de questions... Dans sa comédie musicale absurde "A ton âge le chagrin c’est vite passé" (2017), je me retrouve à rouler une pelle à Carlotta, horriblement déguisée en transboy, avec du kebab dans la bouche, l'enfer ! J'avais envie de mourir mais je le faisais quand même. Ça aurait pu me dégoûter très vite, mais j'ai vu ça comme un jeu dès le début. 

 


L’étape d’après, c’est le personnage de Marina dans Queen Size (2023), le court-métrage d’Avril Besson qui donnera, en version longue, Les Matins merveilleux. Tu lui as envoyé une vidéo de toi, c’est bien ça ? 

Oui, je lui ai envoyé une vidéo qui dure trente minutes je crois. C'était pendant le Covid, et je raconte mon rapport à l'identité, ce que j'aime dans la vie, ce qui me passionne. D'ailleurs, elle veut la mettre dans les bonus du DVD des "Matins merveilleux" ! Je l'ai revue et ça m'a beaucoup émue parce que j'étais une gamine, en fait ! J'étais hyper vulnérable. Et du coup, ça l'a tout de suite attrapée. Quand elle m’a vu, elle a vu le personnage, qu’elle a aussi construit avec des facettes de ma personnalité. Il n’y avait pas de volonté de me faire incarner quelqu’un de super différent de moi.

 


Dès le tournage du court-métrage, le projet de long était en préparation ? 

On avait vraiment envie de faire la version longue, et j’ai eu le temps de me préparer, de prendre des cours avec une coach. On peut aller tellement loin quand on est ainsi aidé pour incarner des choses. Cette phase de coaching a été magnifique. J’adore travailler sur la connexion à l’autre, sur l’attention. Cela m'a appris à être vraiment à l'écoute de l'autre émotionnellement. Cela m’a reconnectée à moi-même, et j’ai pu être super à l’aise sur le tournage. Et puis avec une partenaire de jeu comme India Hair, qui est d’une extrême générosité dans les scènes comme en dehors, c’est idéal !

 


Comment Jeanne Herry est venue à toi pour te confier le rôle de la coloc/pote d’Adèle Exarchopoulos dans "Garance" ?

C’est sa directrice de casting qui m’a contactée, je n’avais pas encore d’agent à l’époque. J’ai passé les essais en mode "gueule de bois" juste en rentrant de la présentation des "Reines du drame" au Festival de Cannes. Jeanne m’a beaucoup observée, et je pense que je l’ai fait marrer. Avec Adèle qui est une personne très sensible et hyper humaine, on a tissé une belle relation. Je me suis vraiment senti dans un vortex émotionnel.

 

 

Ce qui est assez intéressant sur ces deux personnages, Marina dans Les Matins merveilleux et Sarah dans "Garance", c’est que leur transidentité n’est pas un sujet, ce n’est quasiment pas évoqué…

Exactement. Il y a cette subtilité que je trouve belle ! En fait, on a un vrai rôle dans la société et ça, c'est quelque chose qu'on ne peut pas nous enlever. En réalité, on fait du bien aux gens. Je trouve ça magnifique que ces deux rôles me permettent d'être hyper généreuse. Et c’est vrai que les personnes qui subissent des choses compliquées donnent souvent plus qu’elles ne reçoivent ! À travers ces deux personnages, j'aide toujours quelqu'un à aller mieux, et je saisis cette opportunité pour aller mieux moi-même. Ce sont des cadeaux de la vie qu'il faut prendre, cela fait du bien de ne pas être enfermée dans une problématique ou une souffrance. 

 


As-tu des propositions, des projets, des films à venir ?

Oui, j'ai des projets en cours. Je vais partir bientôt au Japon pour un tournage qui m’excite énormément. J’aime beaucoup l’histoire et j’ai hâte d’exécuter et d’épouser la vision du réalisateur. C'est un truc qui me plaît énormément. J suis une artiste, et j'adore avoir un axe à 360 degrés sur les choses, ce que certains projets m’offrent aujourd’hui ! 

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