Naît-on homme ? Où le devient-on ? Et comment. Trois interrogations comme socle de bases d’une réflexion d’envergure. Vous l’aurez compris, ce recueil coordonné par Meïon Hagège, Haude Rivoal et Arthur Vuattoux est intitulé Masculinités. Un pluriel volontaire qui traduit la complexité du terme et de ces paradigmes. La notion même de masculinités renvoie à tout ce qui forge l’homme. Mais ce serait se méprendre que de restreindre l’homme à une seule approche. Il y a autant de masculinités qu’il y a d’hommes. Voilà pourquoi ce beau livre s’attaque frontalement au sujet et montre de manière inédite les façons d’être un homme. Portée par une foule de spécialistes, ce travail d’ampleur analyse ce qui fait qu’un homme est tel qu’il est à travers son histoire. Ainsi 7 chapitres se succèdent pour décortiquer la masculinité. Retracer un chemin de vie, dépeindre les expériences, exposer les témoignages, s’appuyer sur des recherches pour comprendre le champ d’action et ainsi déconstruire les éléments constitutifs de ce qui fait de vous des Hommes. Partant d’une entrée en matière féministe sur les masculinités, dressé par la podcasteuse Victoire Tuaillon, autrice de Les couilles sur la table, on parcourt ce qui façonne l’homme de sa prime enfance à l’adolescence en passant par le travail, la parentalité, la politique, le bien-être, la nature, ses rapports à l’autre et à soi dans un monde qu’il régente depuis bien trop longtemps. Ce tour d’horizon montre de manière thématique, l’évolution des masculinités en fonction de la société, de l’époque, des lieux. Ce panorama est surtout le résultat de l’implication des femmes sur cette masculinité plurielle. Le regard féministe qui en ressort permet de mieux saisir la complexité du concept initial et par les luttes entreprises pour leur droit de désamorcer, enrayer, déconstruire le postulat dominant du masculin dans et sur nos vies. Richement illustré, cet ouvrage met en perspective de manière synthétique, claire, et pédagogique cette emprise anxiogène qui s’est immiscée dans toutes les strates du quotidien pour le ronger de l’intérieur. Bien plus qu’un état des lieux, Masculinités édité chez EPA est l’occasion pour les intéressés les hommes individuellement de corriger le tir et de manière collective de repenser le modèle du patriarcat pour plus d’équité.
Masculinités, éditions Epa, 45€, 240 pages.
Dans les années 1990, une série de meurtres touche la communauté homosexuelle de New York. Dans l’indifférence la plus totale de la police, le fait passé inaperçu comme volontairement invisibilisé et les victimes oubliées. Dans cette enquête intitulée Last call Elon Green revient sur cette histoire qui a traumatisé la communauté à l’époque en lutte avec les ravages du sida. Alors que ces huit assassinats restent non élucidés, il remonte le temps et nous relate la vie cachée des gays de l’époque, et comment le meurtrier a procédé pour dénicher ces futures proies dans un piano-bar très fréquenté par les hommes de Big Apple avant de les tuer et de les démembrer. C’est dans ce climat de peur, que l’auteur nous pique au vif d’une histoire bien réelle qui nous fait frissonner par la barbarie des homicides, les stratagèmes mis en place, la perversité de l’assassin mais surtout la peur que cela a produit. Cette traque fastidieuse et longue met en lumière une homophobie systémique et nous permet de comprendre la couverture médiatique et judiciaire de cet épisode sanglant. Last Call réhabilite l’existence de ces hommes disparus et leur offre un adieu vibrant.
Saisie par des associations, la Cour suprême a indiqué ne pas être habilitée à légaliser le mariage entre personnes du même sexe. Selon son président, cela relève du Parlement, en indiquant toutefois que l’Inde avait le devoir d’accorder une forme de reconnaissance aux relations entre personnes de même sexe, et celui de protéger ces dernières contre toute forme de discrimination. Du côté du gouvernement conservateur, « vivre ensemble en tant que partenaires et avoir des relations sexuelles entre personnes du même sexe (…) n’est pas comparable au concept de l’unité familiale indienne, composée d’un mari, d’une femme et d’enfants ». 5 ans après la dépénalisation de l’homosexualité, il y a encore du chemin à faire…
En 2004, 340 photographies, datant du début des années 1960, sont retrouvées aux puces de New York. Ces instantanés d’amateurs révèlent un vaste réseau clandestin de travestis entre les États-Unis et le Canada. Ils ont appartenu à la célèbre Susanna, qui accueillait régulièrement des amis travestis dans sa propriété des Catskill (NY). Essentielle à leur pratique du travestisme, la photographie est précieusement conservée par ses adeptes comme preuve de leur « fille intérieure ». Ces clichés retrouvés témoignent aujourd’hui de l’existence et de l’esthétique d’un réseau pionnier dans l’histoire transgenre américaine. Exposition aux Rencontres d’Arles 2023 (espace Van Gogh). Vous pouvez retrouver le film La Casa Susanna de Sébastien Lifshitz et Isabelle Bonnet (sorti au printemps 2023) en DVD.
À quoi renvoie le « Q » qui complète désormais le plus souvent les quatre lettres du traditionnel sigle LGBT ? « Queer » : est-ce une identité de genre ? une orientation sexuelle ? un mouvement politique ? une théorie académique ? Alors que l’on voit depuis quelques années le terme « queer » fleurir sur les pancartes lors des Marches des fiertés et se multiplier dans les ouvrages théoriques portant sur le genre et la sexualité ou encore dans les mots des activistes féministes, cet ouvrage entend aider les lecteurs et lectrices à y voir plus clair dans ce vaste champ des études et mouvements queers. Politiques des identités, rôles de genre, privilèges, exclusion, performance, normativité, liens entre sexualité, identité de genre, race et classe, influence de la pop culture... Queer Theory, une histoire graphique revient sur les concepts clés, les penseurs et penseuses les plus importantes – souvent peu connues du lectorat francophone –, les débats emblématiques et les événements historiques qui ont participé à l›émergence et la construction de la théorie queer. Engagé et drôle, ce livre à mi-chemin entre l’essai et la bande dessinée est un portrait unique de l’univers de la pensée queer, depuis sa naissance jusqu’à ses développements les plus actuels.
Activiste féministe lesbienne radicale depuis les années 1970, Dorothy Allison a connu le succès avec ses romans (L’Histoire de Bone, Retour à Cayro). En 1994, elle publie Peau, un recueil d’essais. Elle y parle de son enfance, d’inceste, de lesbophobie. Elle raconte son engagement féministe, sa sexualité, les « Sex Wars » des années 1980. Elle partage ses réflexions sur la littérature : comment écrire l’extrême misère sociale, comment écrire sur le sexe ? Un livre tout à la fois intime, décapant et profondément politique, réédité avec sept textes inédits en français.