Vous êtes peut-être passé à côté de cette série documentaire qui explore les différentes facettes de la communauté LGBTQI+ mené par le réalisateur Océan et la podcasteuse Sophie-Marie Larrouy. Si c’est le cas, pas d’inquiétude, vous pouvez vous y replonger à loisir car c’est disponible gratuitement sur la plateforme Francetv Slash. Après une première saison consacrée à la transition personnelle d'Océan, la seconde dédiée à la découverte des personnes trans et intersexes partout en France, on file dans le troisième volet de ce rendez-vous au cœur de la notion de famille, ce qu’elle recouvre aujourd’hui, les profils qui la composent, l’enrichissent, le rebâtissent de fond en comble. Après deux saisons qui examinent la transidentité, faire famille met à bas les schémas du « une famille, c’est un papa, une maman » pour prouver que la parentalité est une aventure bien plus large que cette vision rétrograde et étriquée imposée par une vision hétéro cis-normée qui n’a plus lieu d’être. Ce programme est tendre, galvanisant, impactant et bienveillant. Un plaidoyer pour une variété d’alternative exaltantes et épanouissantes aux vieux poncifs de la famille traditionnelle.
Muse et amie de Nan Goldin, actrice dans les films de John Waters, écrivaine du vif, Cookie Mueller a dévoré la vie comme peu, sans entrave, dans les excès et la liberté, la folie et l’attrait de l’expérience comme porte-drapeau. Décédée à 40 ans des suites du sida, elle a touché à tout, profité de chaque instant. Personnage singulier, elle a consigné jour après jour les moments de son existence fugace et coup de poing dans son autobiographie intitulée Traversée en eau claire dans une piscine peinte en noir. Lorsque la metteuse en scène Justine Heynemann est tombée sur le manuscrit, vous pouvez entrevoir le choc et l’envie immédiate qui a été de catalyser le tout pour lui redonner vie sur scène. Le résultat est bluffant. Au théâtre de la Huchette, la comédienne Eléonore Arnaud campe avec maestria l’énergie démesurée qui anime cette héroïne punk. Un écrin restreint, un duo réduit à l’interprète et un musicien qui saccade l’ambiance à coups de guitare électrique en tout et pour tout au service d’un seul en scène exaltant. 35 ans après sa disparition ce spectacle fait revivre pour quelques instants la tumultueuse, tonitruante, fascinante et explosive Cookie, personnalité, indomptable, alternative et excessive. Remarquable !
Deux jours avant Noël, Prime Video sortait Escort Boys, une série qui repositionne la place du mâle dominant dans l’échiquier des relations. Quatre amis d’enfance décident pour sauver le domaine apicole qui les a vu grandir, de vendre leur corps aux volontés féminines. En 6 épisodes de 30 minutes, le réalisateur Ruben Alves a qui l’on doit le film Miss nous propose une relecture libre de la série israélienne Johnny and the Knights of the Galilee. Le résultat est brillant, servi par un casting de beaux gosses qui ne rechignent pas à donner du leur pour rendre le jeu plus vrai que nature. Guillaume Labbé, Corentin Fila, Thibaut Evrart et Simon Ehrlacher en mettent plein la vue avec la complicité de Marysole Fertard. Au-delà de voir ces gaillards nous gâter de leurs jolies plastiques, ce sont surtout la remise en question du statut patriarcal qui est pointée du doigt. Le jeu est inversé. Les femmes ont le pouvoir et ces hommes vont devoir mettre leur orgueil de côté pour les contenter dans leurs délires, leurs envies, leurs fantasmes, leurs sexualités. Ce renversement de situation fait du bien à un moment où #MeToo est plus que jamais de retour sur le terrain médiatique. On constate les travers des injonctions subies sous le prisme masculin sur la gente féminine, l’emprise et la violence qui l’accompagne. Subtile et engagée, c’est une belle prise de position qu’Escort Boys nous propose. Servi par une pléiade de noms qui viennent se greffer au fil de l’histoire parmi lesquels Rossy de Palma, Zahia, Carole Bouquet, Amanda Lear, cette série est une belle surprise pour commencer 2024 et une excellente invitation pour repenser la société.