Après Les girafes roses et bleues, un premier roman sous forme de saga, François Mallet nous dévoile une histoire d’amour comme il y en a peu entre deux garçons. Sébastien et Benjamin vivent à Cosne-sur-Loire d’où est originaire l’écrivain, mais à première vue rien ne les prédestine à se croiser. Issus de deux conditions sociales et de milieux bien différents, le destin va pourtant les lier à jamais. D’une écriture facile et prenante, on devine l’inspiration puisée dans les trames des contes de fées se profiler dans ces destins croisés. Tout y est. La découverte de l’amour, de l’homosexualité, le coup de foudre, la passion, les tourments de la vie qui les éloignent, le cours de l’existence qui prend le dessus, les souvenirs puis un évènement autour de Lady Di qui vient tout chambouler. Ce qui aurait pu verser dans le classique prend son envol sur la manière dont François Mallet s’amuse à nous donner à voir les travers de deux mondes. Là où on aurait pu imaginer que le bât blesse, l’acceptation est érigée en évidence ; à l’inverse, les préjugés, l’homophobie, le conservatisme obligent à cacher sa vraie nature pour faire bonne impression. La question du coming out, l’émancipation personnelle et familiale, le respect de l’autre dans sa différence sont au cœur de ce joli récit qui nous fait croire encore en toujours dans la force des sentiments. Ce second roman de François Mallet brosse tel un chemin initiatique, un portrait bicéphale de ce qu’est d’être gay aujourd’hui, des réalités auxquelles on se confronte et de la résilience dont il faut faire preuve pour être pleinement soi sans concession.
Au contraire, de François Mallet, Grrr... Art Editions, 15€.
Le deuxième opus de Beautiful Skin Le Fanzine vient de sortir. Fidèle à l’esprit de l’unique soirée clubbing où l’on dépose l’intégralité de ses vêtements au vestiaire pour danser complètement nu.e.s toute la nuit, ces recueils papier sont une invitation à plonger dans l’univers de la nudité qui est la spécificité des Beautiful Skin Parties. A travers une sélection de portfolios de photos, de dessins, d’aquarelles, d’installations et de textes sous forme de fictions, de témoignages, de poèmes tout est fait pour vous permettre de plonger dans l’essence des sens lorsque l’on se retrouve nu.e. Prolongement de l’âme généreuse, bienveillante et singulière de ces rendez-vous nocturnes, cette parution propose par la contemplation et la lecture d’abandonner le fardeau de la société pour n’être que vous sans aucun artifice. Et qui de mieux que celleux qui partagent les principes du naturisme pour garnir de leurs approches sensibles les 78 pages de cette revue artistique. On y croise Tom de Pékin, Fabisounours, Lou Lou Re Lou Lou, Mathias Chaillot, Gabriel.e, Simon Loiseau, Sébastien Macher parmi tant d’autres. Une ode à la créativité, à l'art, à la liberté, au bonheur infini du vivre nu tout simplement.
Amaury Lorenzo, acteur ouvertement gay a reçu une volée de bois verts après la diffusion d’une séquence de baiser avec un garçon dans le soap brésilien Terra e Paixao. Fait assez rare dans un pays qui sort de plusieurs années de conservatisme « bolsonarien », cette séquence diffusée le 12 décembre a été très bien accueillie par la majorité des téléspectateurs, mis à part une frange plus extrémiste qui s’est répandue en insultes et menaces de mort sur les réseaux sociaux. L’acteur a déclaré : « concentrez-vous sur l’amour (…) Rien d'autre n'a d'importance que l'amour. Diego (Martins) et moi nous battons pour cette scène depuis des mois, sans relâche ».
Vous êtes peut-être passé à côté de cette série documentaire qui explore les différentes facettes de la communauté LGBTQI+ mené par le réalisateur Océan et la podcasteuse Sophie-Marie Larrouy. Si c’est le cas, pas d’inquiétude, vous pouvez vous y replonger à loisir car c’est disponible gratuitement sur la plateforme Francetv Slash. Après une première saison consacrée à la transition personnelle d'Océan, la seconde dédiée à la découverte des personnes trans et intersexes partout en France, on file dans le troisième volet de ce rendez-vous au cœur de la notion de famille, ce qu’elle recouvre aujourd’hui, les profils qui la composent, l’enrichissent, le rebâtissent de fond en comble. Après deux saisons qui examinent la transidentité, faire famille met à bas les schémas du « une famille, c’est un papa, une maman » pour prouver que la parentalité est une aventure bien plus large que cette vision rétrograde et étriquée imposée par une vision hétéro cis-normée qui n’a plus lieu d’être. Ce programme est tendre, galvanisant, impactant et bienveillant. Un plaidoyer pour une variété d’alternative exaltantes et épanouissantes aux vieux poncifs de la famille traditionnelle.
Deux jours avant Noël, Prime Video sortait Escort Boys, une série qui repositionne la place du mâle dominant dans l’échiquier des relations. Quatre amis d’enfance décident pour sauver le domaine apicole qui les a vu grandir, de vendre leur corps aux volontés féminines. En 6 épisodes de 30 minutes, le réalisateur Ruben Alves a qui l’on doit le film Miss nous propose une relecture libre de la série israélienne Johnny and the Knights of the Galilee. Le résultat est brillant, servi par un casting de beaux gosses qui ne rechignent pas à donner du leur pour rendre le jeu plus vrai que nature. Guillaume Labbé, Corentin Fila, Thibaut Evrart et Simon Ehrlacher en mettent plein la vue avec la complicité de Marysole Fertard. Au-delà de voir ces gaillards nous gâter de leurs jolies plastiques, ce sont surtout la remise en question du statut patriarcal qui est pointée du doigt. Le jeu est inversé. Les femmes ont le pouvoir et ces hommes vont devoir mettre leur orgueil de côté pour les contenter dans leurs délires, leurs envies, leurs fantasmes, leurs sexualités. Ce renversement de situation fait du bien à un moment où #MeToo est plus que jamais de retour sur le terrain médiatique. On constate les travers des injonctions subies sous le prisme masculin sur la gente féminine, l’emprise et la violence qui l’accompagne. Subtile et engagée, c’est une belle prise de position qu’Escort Boys nous propose. Servi par une pléiade de noms qui viennent se greffer au fil de l’histoire parmi lesquels Rossy de Palma, Zahia, Carole Bouquet, Amanda Lear, cette série est une belle surprise pour commencer 2024 et une excellente invitation pour repenser la société.
Beaucoup de mots viennent à l’esprit lorsqu’on évoque Mylène Farmer. Beaucoup, mais rarement « sociologie ». C’est donc avec une grande curiosité que nous avons ouvert cette Sociologie de Mylène Farmer, signée Arnaud Alessandrin et Marielle Toulze. On peut remarquer d’emblée que cette étude ne se limite pas uniquement à la chanteuse mais s’intéresse aussi largement aux fans. D’abord, les sociologues ont mené une analyse des clips, des vidéos, des concerts et des documentaires produits par l’artiste. Ensuite, ce sont les fans qui ont été passés au microscope. Quel rapport entretiennent-ils ou elles avec la chanteuse? Est-on un fan différent selon qu’on soit un homme gay, une femme hétéro ou un homme hétéro (il y en a, si si!)? Le top 10 des chansons préférées varie-t-il en fonction de l’âge? Et au final, comment la chanteuse et ses fans se répondent-ils? Un livre qui permettra aux fans d’en apprendre un peu plus sur eux-mêmes et qui peut fournir aux autres un document passionnant sur un phénomène pop d’une ampleur inégalée en France ces trois ou quatre dernières décennies.
Saltburn, le thriller déjanté de la réalisatrice Emerald Fennell fait parler de lui depuis son arrivée le 22 décembre sur Prime Video. Et il y a de quoi ! Si vous cherchez du sensationnel, vous êtes au bon endroit. On part sur une histoire somme toute très classique : la rencontre de deux étudiants, à l’université d’Oxford. Quand Félix, fils d'une famille d'aristocrates, va inviter Oliver à passer l'été dans la demeure de ses parents, les vacances vont se transformer en véritable cauchemar. Sur ce postulat de départ, on ne peut que se laisser tenter. Drogue, nudité, sexualité, les scènes s'enchaînent comme une vague qui ne cesse de grossir. Toujours plus osé, plus irrévérencieux, plus underground. Les limites du politiquement correct partent en éclats, seul le plaisir et le lâcher-prise ont le droit de citer. On ne va pas vous spoiler le contenu mais retenez que la scène de la baignoire a été qualifiée par le réalisatrice elle-même dans People Magazine : « je pense que c'est la scène la plus sexy que j'ai pu voir dans ma vie. Je suis intéressée par ce que les spectateurs ressentent et si vous avez ressenti quelque chose de nouveau devant ce film, alors notre mission est accomplie ». Sans compter sur la scène de fin des plus épiques et des plus jouissive qui soit, sans compter un florilège de moments excitants et dérangeants. Ce film ne vous laissera pas de marbre, on vous le promet.