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Annie Cordy : icône Queer grâce à Marc Martin dans « Mon CRS » !

Franck Desbordes
09/02/2022 at 10:00 PM
Le 4 septembre 2020, « Tata Yoyo » tirait sa révérence à l’âge de 92 ans. Aujourd’hui, on fête aussi les 40 ans de la dépénalisation de l’homosexualité. L’occasion pour Marc Martin de sortir du placard une chanson méconnue d’Annie Cordy : « Mon CRS ». Si le photographe donne ce titre à son prochain court métrage, c’est pour faire un pied de nez à la police des mœurs de l'époque !

Longtemps, en France, s’habiller d’une manière jugée contraire au sexe assigné à la naissance a été illégal. Et donc, puni par la loi. Créée par Annie Cordy en 1977, cette chanson aujourd’hui change de ton. Portées par la voix d’Othmane, jeune artiste non binaire, les paroles humoristiques prennent les couleurs de l’inclusion : "Moi j'aime un galonné des Compagnies Républicaines de Sécurité..." Pour que les personnes LGBTQI+ passent l’éponge sur ces années de répression et que les policiers/policières n’aient plus à se cacher au sein de l’institution. Avec cette reprise queer de « Mon CRS », Othmane lance un appel à la tolérance. Et Annie Cordy devient l'emblème du Coming-Out dans les rangs de la police. Le rôle du CRS est incarné par le jeune et sensuel comédien Mathis Chevalier ! Ce qui ne gâche rien au projet inclusif de Marc Martin. La sortie du court-métrage est prévue cet automne. D’ici là, le clip d’Othmane, va nous faire patienter.

Du panier à salade à la main au panier !

La relation entre police et personnes LGBTQI a toujours été tendue. « Les Tasses, Toilettes Publiques – Affaire Privées » avait déjà une couleur politique. Ce livre et cette exposition de Marc Martin sur les pissotières (en tant que lieux de rencontres) éclairaient aussi une époque où la société ne permettait pas aux homosexuels de se rencontrer ailleurs…  Aujourd’hui, avec ce film musical le photographe délivre un message d’altérité et prône le vivre ensemble : Si historiquement, les personnes LGBTQI+ ont fait face à un phénomène de discrimination et de violence, y compris institutionnelles, qu’en est-il du policier lui-même, symbole du fantasme lié à une certaine représentation de la virilité et qui est censé donner l’exemple ? Assumer son orientation sexuelle dans cette institution longtemps réputée intolérante envers les minorités sexuelles peut rester une épreuve.

Jouer avec les clichés pour mieux les déjouer !

Pour combattre l’homophobie et le racisme, inextricablement liés, le court-métrage de Martin met en scène une histoire d’amour entre une personne non binaire d’origine maghrébine (incarnée par Othmane, en chanteuse de cabaret) et un gardien de la paix (apparemment « bien sous tous rapports »). C’est Mathis Chevalier, jeune comédien et champion de boxe dans la vie, qui endosse le rôle du CRS. Ensemble, ils jouent avec les clichés du genre et les codes liés à un corps de métier et une discipline sportive souvent taxés de machisme.

Pourquoi rendre hommage à Annie Cordy ?

Le photographe s’explique sur sa relation avec la chanteuse : Enfant, quand on me demandait « qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand ? », je répondais toujours : « Je veux devenir Annie Cordy ». Au plus je grandissais, au plus je remarquais que les adultes étaient encombrés par ma réponse. Je me suis vite rendu compte qu’un garçon ne doit pas trop rêver de trop ressembler à une fille. J’ai eu la chance de rencontrer Annie à plusieurs reprises. Et quand je lui raconté cette histoire du petit garçon rêvait de devenir Annie Cordy, elle m’a serré tendrement dans ses bras. C’était chouette. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour l’artiste qu’elle était. Elle savait tout faire. Mais ce qu’elle aimait le plus, c’était faire rire !

Tata Yoyo, reine de l’Arc-en-Ciel !

Annie Cordy reste perçue dans la mémoire collective comme la rigolote de service. Mais Marc Martin, fidèle à sa démarche de revalorisation du patrimoine, va plus loin : Lorsqu’en 1950, elle débarque seule à Paris pour faire carrière au Lido, Annie Cordy devient une pionnière de la libération de la femme. On a gardé d’elle l’image d’un clown mais sous son habit de clown, elle était féminine. Annie Cordy était une belle femme, dit Marc Martin. Voilà pourquoi j’ai choisi les paillettes et le glamour pour lui faire ce clin d’œil queer. Annie Cordy, surnommée « Tata Yoyo, la folle de Rio », en avait des casquettes sous son grand chapeau !

Remise au goût du jour musicalement par Nicolas Bénier, « Mon CRS » change aussi de registre. Othmane, diva divine dans sa robe à paillettes, risque bien de titiller toute une nouvelle génération et Mathis Chevalier nous inviter à redécouvrir l’une des artistes les plus complètes du Music-Hall : Annie Cordy !

L’intégralité de cet article est à découvrir dans le prochain numéro de Strobo.
Infos sur le site du photographe Marc Martin ici.

Le clip d’Othmane ici.

Les coulisses du film ici.

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