La PrEP (prophylaxie pré-exposition) est en panne de croissance. À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, le rapport EPI-PHARE (ANSM) alerte : les initiations stagnent depuis deux ans, marquant une rupture avec la progression continue observée jusqu’en 2023. Près de dix ans après son lancement, l’outil ne parvient pas à se généraliser.
Échec de l’extension
Fin juin 2025, 67 505 personnes utilisaient effectivement la PrEP en France.
Cependant, le nombre de nouvelles prescriptions stagne : 20 058 entre juillet 2024 et juin 2025, un chiffre inchangé pour la troisième année consécutive.
Pire, l’observance vacille : un tiers des initiations de 2024 n’ont été suivies d’aucun renouvellement à six mois.
L’enquête ne l’explique pas, mais cette proportion en hausse (37% vs 31% auparavant) suggère une potentielle perte de vue de personnes vulnérables.
L’ombre d’une prévention à deux vitesses
Le profil d’usager reste étroit : la PrEP est dominée par les hommes (94%), résidant en grande métropole (66%) ou en Île-de-France (35%). Malgré de légères évolutions, l’accès aux femmes et aux populations précaires est un échec retentissant. Seulement 11% des usagers sont affiliés à la Complémentaire Santé Solidaire (CSS).
Le fardeau de la prescription a basculé vers la médecine de ville (médecins généralistes à 90%), confirmant une tendance depuis 2023. Cependant, ce circuit touche moins les jeunes et les bénéficiaires de la CSS que l’hôpital, et voit plus d’abandons précoces.
L’impasse du politique
Le constat est sans appel : la diffusion de la PrEP est limitée et peine à atteindre celles et ceux qui en ont le plus besoin (femmes, précaires, isolés). Malgré l’engagement des soignants et des associations, aucune campagne nationale de promotion n’a été menée en dix ans.
L’arrivée très attendue de la PrEP injectable, pourtant autorisée en Europe depuis 2023, est sans cesse retardée par des négociations tarifaires complexes entre l’industriel et les autorités françaises.
Sans une volonté politique forte pour lever ces freins (promotion, accès, négociation), la France ne pourra pas concrétiser le potentiel de cet outil essentiel pour l’éradication du VIH.
