Fréquence Gaie de retour sur les planches

Luc Biecq

C’est l’un des spectacles les plus enthousiasmants du début d’année ! Si les noms de David Girard et Zaza Diors vous disent quelque chose, vous allez adorer ; s’ils ne vous évoquent rien, vous ferez une belle découverte. Ces deux figures de la nuit parisienne, respectivement tenancier de sauna et travesti, ont animé le show radio Lune de Fiel sur Radio Fréquence Gaie, avec une liberté de ton inouï. Julien Lewkowicz, 33 ans, auteur de la pièce et comédien revisite cette émission des années 80. Le spectacle qu’il met en scène, émouvant et drôle, rend hommage à une folle époque.

Quand avez-vous entendu pour la première fois parler de la radio Fréquence gaie ?
À l'école du théâtre national de Bretagne : lors du confinement, nous bossions sur la reproduction d’archives sonores. Une amie de promotion m’a envoyé un podcast produit par France Culture, intitulé Allô Danièle ? À la recherche des ondes lesbiennes, dans lequel Danièle Cottereau, 72 ans, revient sur ses années d’animatrice et de productrice d’émissions lesbiennes et féministes sur Radio Fréquence Gaie dans les années 1980. C’est là que j’ai commencé à réfléchir à ce spectacle et que j’ai découvert cette radio libre.

Cela a-t-il été facile de trouver des archives ? 
Dans les dans les semaines qui ont suivi, j’ai commencé à vraiment plonger dedans. En ligne, il y avait peu de choses. J’ai pu échanger avec Didier Varod, Jean-Luc Romero, Pablo Rouy. Souvent, les cassettes audio des émissions étaient perdues. Beaucoup de personnes avaient disparu des suites du sida. En 2022, j’ai fait partie d’une jeune troupe qui dépendait de deux centres dramatiques nationaux, Reims et Colmar : en tant qu’acteur, on m’a proposé de faire une carte blanche de mise en scène, je suis tombé sur un site, Hexagone gay, aujourd’hui clôturé. C’est grâce à ce site, en fouillant, que j’ai pu retracer en détails l'histoire de radio FG et que je suis tombé sur l’émission Lune de Fiel, avec David Girard et Zaza Diors, qui parle de sexualité et qui est très théâtrale. 

Vous partez donc d’archives pour faire un spectacle contemporain ?
En partant de cet héritage que je découvrais, je me suis demandé comment faire le lien entre les préoccupations de la communauté gay dans les années 80 et les enjeux de la communauté gay de 2025, c’était un challenge pour moi : faire un spectacle qui ne soit pas uniquement un hommage, avec des archives et un sujet d’il y a 35 -40 ans. Pour arriver, artistiquement, à faire un spectacle contemporain. 

Est-il plus difficile de montrer un spectacle sur ce thème aujourd’hui ?
La sexualité est abordée de manière assez frontale et il y a une gradation. J’ai rencontré au départ un peu de résistance, pas forcément dans la réception du spectacle, les gens sortent plutôt enchantés et très intéressés par ce qu’ils viennent de voir. Plutôt pour en parler à de possibles partenaires ou aux programmateurs et en fait tout s’est bien passé.
C’est cette époque, entre libération sexuelle et tragédie, qui vous a intéressé ? 
Quelqu’un avait décrit l’émission Lune de fiel comme une espèce de théâtre d’improvisations qui devenait carrément du délire, où la vulgarité et l’outrance faisaient leur loi. Donc théâtralement ça m’intéressait. C’était inévitable de parler du sida, c’est très présent dans l’émission quand on l’écoute, ce contraste entre une émission de de rire et de joie, sans aucun complexe, graveleuse, avec derrière un combat. Derrière ces rires, on décèle les tragédies. Nous utilisons des extraits authentiques, d’autres ont été réécrits, le rire désamorce le drame. Nous avons aussi inclus quelques chansons des années 80, Dalida par exemple et Muriel Dac que j’aime beaucoup. La pièce a un aspect documentaire et l’on fait aussi revivre cet univers sonore, avec le téléphone, la radio, la voix. 

Ce soir j’ai de la fièvre et toi tu meurs de froid, du 19 mars au 4 avril 2026 au Théâtre Paris-Villette/www.theatre-paris-villette.fr.

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