Avec son roman Les Fiertés des Cévennes, Benjamin Audoye livre un récit bouleversant où les paysages de granit deviennent le théâtre d’une lutte acharnée contre le silence, l'injure et la honte. Loin des trajectoires urbaines habituelles de la littérature LGBTQ+, l'auteur explore une thématique complexe : comment exister et être fier sans choisir l'exil ?
Un retour aux racines entre non-dits et violence
L’intrigue s'ancre dans une vallée cévenole sur trois décennies. Tout bascule dans les années 1990 quand Michel, père de famille, disparaît pour vivre avec un homme. Pour son fils Kevin, la découverte de l'homosexualité paternelle passe par le traumatisme d'une insulte : « maman, c’est quoi une « tralouse » ? ». Ici, l'identité queer n'est pas choisie, elle est d'abord un stigmate imposé par la communauté, une violence linguistique qui précède la compréhension.
Une généalogie de la douleur
Trente ans plus tard, le spectre du rejet frappe Florian, le petit-neveu de Michel, poussé au suicide par le harcèlement scolaire. Benjamin Audoye tisse une généalogie d’une douleur qui sévit à bas bruit : l’homophobie ne se réduit pas à des actes isolés, elle infuse dans le silence des familles et les hypocrisies villageoises. L'écriture, précise et clinique, dissèque ce vase clos où la peur se transmet comme un héritage.
Désirs clandestins et faux-semblants
Le roman explore avec audace l'envers du décor : ces hommes qui prônent l'ordre moral le jour — qu'il soit religieux ou viriliste — mais traquent les plaisirs interdits la nuit. Cette mise à nu du désir clandestin révèle une vérité politique : la haine de l'autre masque souvent la peur de ses propres pulsions.
Vers une dignité retrouvée
Malgré la noirceur, le titre porte une double promesse : la fierté d'appartenir à une terre et celle de s'y affirmer. Sans juger ses personnages, Benjamin Audoye rend hommage à ceux qui, dans les zones d'ombre des cartes LGBTQ+, inventent leur propre modèle de dignité. C'est un livre essentiel sur la visibilité, rappelant que la bataille pour soi-même se gagne souvent là où le poids des regards est le plus lourd.
Les fiertés des Cévennes, de Benjamin Audoye, 256 pages, 19€
https://benjaminaudoye.com/les-fiertes-des-cevennes/
