Bruxelles, construire Grands Carmes

Paul Fleury

À Bruxelles, les vies queer traversent souvent la ville sans vraiment pouvoir s’y installer. Bars, associations, consultations, refuges temporaires : tout existe, mais tout reste dispersé. Il faut se déplacer, se raconter, justifier. Les Grands Carmes sont nés de ce constat : l’absence d’un lieu commun, visible et durable, où soins, culture, accompagnement et communauté se rencontrent. Plus qu’un bâtiment, le projet défend un droit essentiel : celui de se sentir chez soi en ville.

Quand on rencontre Clémentine, on comprend vite pourquoi on la décrit comme une force tranquille. Elle ne prend pas la place : elle en crée. Dans ses gestes comme dans ses mots, une idée revient : on est ensemble, tu peux respirer. Tout son engagement tient peut-être là : ouvrir des espaces là où la vie a souvent imposé des couloirs étroits.
Aujourd’hui, Clémentine fait partie de l’équipe qui porte le projet des Grands Carmes, futur centre communautaire LGBTQIA+ que Bruxelles attend depuis des années. Le lieu se veut à la fois ancré, accessible et vivant : un cœur battant pour la communauté. À terme, les 2 000 m² du site accueilleront une maison médicale déjà active, un espace culturel, des bureaux associatifs et, également du logement.
L’ambition est claire : mettre fin à la fragmentation des services LGBTQIA+ et proposer une réponse globale. Ne plus contraindre les personnes à naviguer seules entre des structures isolées ou à répéter leurs histoires. Les Grands Carmes défendent un autre modèle, fondé sur la continuité, la proximité et le soin collectif. Adapter les dispositifs aux réalités vécues, et non l’inverse.
Clémentine regarde vers 2029-2030 avec pragmatisme : « on construit les outils. Bientôt, il y aura un lieu central, neuf. La communauté LGBTQIA+ de Bruxelles ne mérite rien de moins. On a le droit de se respecter et de se placer au centre. »
Ce qu’elle souhaite avant tout, c’est la continuité. Des politiques publiques stables en matière de droits et de santé. « On est encore loin d’une vision à long terme », reconnaît-elle. L’opportunité donnée par la Ville de pouvoir construire ce centre dans un bâtiment central est une étape importante. Le travail communautaire ne peut pas reposer sur des financements précaires : il demande du temps, de la confiance et une reconnaissance durable, notamment dans les domaines de la santé mentale, de la prévention et de l’accompagnement social.
Clémentine n’est pas amère, simplement lucide : « on ne construit du solide sur un terrain instable. Avec ce lieu, on pourra aussi veiller à ça — et se battre pour que ça change. »
Pour elle, les Grands Carmes doivent répondre à la diversité des besoins : santé mentale, accès aux soins pour les personnes trans, accompagnement des jeunes queer, des personnes migrantes fatiguées de devoir s’expliquer, ou encore des seniors isolé·es.
« J’espère que ce centre restera proche des besoins de toutes et tous, surtout des plus vulnérables. Il y a du travail, mais ça va être bien. »
Le projet n’a pas vocation à figer un modèle. Les besoins changent, les urgences aussi. Les Grands Carmes devront apprendre, écouter, se transformer avec celles et ceux qui les feront vivre.
Avant de partir, Clémentine résume simplement : « on peut faire beaucoup, si on le fait ensemble. » Pas de slogan, juste un rappel clair : construire du commun demande du temps, du soin et du collectif. C’est un chantier permanent. Les Grands Carmes ne seront pas seulement un bâtiment, mais une œuvre vivante, façonnée par celles et ceux qui viendront, écouteront et agiront. À Bruxelles, le futur centre LGBTQIA+ des Grands Carmes entrera en rénovation entre 2027 et 2029. D’ici là, il vit déjà à travers des événements, des rencontres et des usages partagés qui animent le lieu et renforcent sa communauté. 

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