Les Portugayz, le podcast d’une amitié queer

Il écrit des choses. Journaliste pour Libération et Politis, réalisateur de podcasts et également bibliothécaire à la BnF et libraire dominical au BHV Le Marais, Arthur Vacher signe un nouveau projet après le succès critique de « Projet Adama », son précédent travail sur l’affaire Adama Traoré (élu parmi les dix meilleurs podcasts de 2020 par Télérama, ndr). Avec « Les Portugayz », un récit documentaire mensuel réalisé en partenariat avec la revue Regards, Arthur Vacher y explore, une amitié singulière nouée dans un grand magasin : celle de trois jeunes hommes, à la fois gays et Portugais.

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots « Les Portugayz » et ce qui le rend unique dans le paysage du podcast francophone ?
Les Portugayz est un podcast documentaire en cinq épisodes qui raconte une amitié queer entre trois jeunes gays et portugais. C’est un récit à la première personne, construit comme un monologue intime, où j’essaie de comprendre ce que cette amitié a changé en moi et ce qu’elle raconte de nos identités.

Qu’est-ce qui a été l’élément déclencheur, le moment précis où vous vous êtes dit : « l'histoire de cette amitié entre nous trois doit devenir un podcast » ?
Le déclic, ça a été une nuit passée avec eux : on a dormi tous les trois, et je n’ai pas eu envie de coucher avec eux. Ça paraît simple, mais pour moi c’était bouleversant. Je me suis dit : il faut que j’en parle. Ce lien-là, cette tendresse, c’était trop beau pour rester privé.

Le titre « Les Portugayz » est très direct. Était-il évident dès le début ? Que cherchez-vous à exprimer en mariant ces deux identités ?On s’est appelés comme ça naturellement. On était fiers de pouvoir lier nos deux identités : la culture portugaise et la culture gay. Après mon coming-out, ma grand-mère ne voulait plus me parler, et j’ai eu l’impression de perdre une partie de mes origines. Ce titre, c’est une manière de réconcilier tout ça et de l’assumer pleinement. Ce qui est drôle, c’est qu’en cherchant sur Instagram, on a découvert plein d’autres groupes d’amis gays et portugais qui s’appelaient déjà Les Portugays. Ça nous a fait rire : ça voulait dire qu’on n’était pas uniques, et en même temps, ça nous a encore plus donné envie de garder ce nom.

Vous avez choisi la forme documentaire et narrative, avec votre propre voix comme fil rouge. Qu’est-ce que ce choix apporte au récit par rapport à un format de discussion classique ? 
Je n’avais pas envie d’un talk ou d’un format conversationnel classique. J’avais besoin de raconter cette histoire depuis l’intérieur, avec ma voix, mes doutes, mes contradictions. C’est un geste intime avant d’être un geste journalistique.

Le podcast est un exercice très intime. Comment avez-vous géré la transition entre partager des moments très personnels avec vos amis et l’idée de les rendre publics ? 
C’était étrange au début, mais j’ai eu le sentiment que je devais le faire. Certains moments étaient trop beaux, trop forts, et j’ai eu envie de les partager. Et mes amis m’ont fait confiance. On était tous d’accord pour que cette histoire existe en dehors de nous.

Vous parlez d’une « langue secrète » partagée par le trio.  Pouvez-vous nous en dire plus sur cette « langue » et sur la façon dont elle crée un espace de sécurité et d’appartenance ? 
Notre langue secrète, c’était se genrer au féminin, s’appeler « sœur ». Ça peut paraître anecdotique, mais ça nous faisait un bien fou. Ça créait un espace où on pouvait être vulnérables, drôles, exubérants, sans aucune menace du monde extérieur. C’était notre refuge.

Quel rôle joue l’héritage portugais (la culture, les traditions) dans la dynamique de votre amitié et dans la construction de vos identités respectives ? 
La culture portugaise est très présente : la famille, la religion, la nourriture, la pudeur aussi. On l’a en commun, mais chacun la vit différemment. Ce socle nous a rapprochés. On se reconnaissait dans les mêmes codes, les mêmes nostalgies, mais on les réinventait à notre manière queer.

Comment le fait d’avoir ce double ancrage (portugais et queer) complexifie ou enrichit votre rapport à la communauté LGBTQ+ en général ? 
Ce double ancrage nous enrichit autant qu’il nous bouscule. Par exemple, j’ai vu tellement de fois des statues de la Vierge Marie chez ma grand-mère que c’est devenu pour moi une icône aussi forte que Lady Gaga. Je navigue entre ces deux mondes, et le podcast raconte aussi ça : comment on compose avec les héritages qu’on n’a pas choisis.

On file plus sur les coulisses du podcast en lui-même. Le son est très soigné. Comment s’est déroulé le travail d’écriture et de montage ? Comment équilibrez-vous les discussions brutes avec votre narration plus introspective ? 
Les discussions brutes sont enregistrées avec un Tascam, pour capter tous les détails : les bruits de bouche, les couverts, les silences. Mon monologue, lui, est enregistré avec un micro directionnel plus propre. Ensuite, j’équilibre les deux sur Ableton, avec des plug-ins qui me permettent d’enlever les bruits parasites tout en gardant la vérité des scènes.

Bien que très spécifique, le récit touche beaucoup de monde. Selon vous, quelle est la fibre universelle de votre histoire qui résonne au-delà des identités portugaise et gay ? 
Même si l’histoire est très située, elle parle d’un sujet universel : l’amitié. L’amitié comme espace de réparation, de renaissance, de transformation. Je crois que ça touche au-delà des identités portugaises et gays. Tout le monde a déjà vécu une amitié qui change une vie.

Quels sont les retours d’auditeurs qui vous ont le plus marqué ? Avez-vous eu des réactions particulièrement fortes de la part de la diaspora ou de la communauté queer ?
Un des retours qui m’a le plus touché vient d’un auditeur hétéro qui m’a dit qu’il avait trouvé ça bouleversant. Ça m’a rassuré sur l’idée que l’intime peut traverser les identités. Et j’ai aussi reçu beaucoup de messages de la diaspora portugaise et de la communauté queer, qui se reconnaissent dans les émotions, les conflits familiaux, ou juste la joie de se sentir moins seul.

Les Portugayz» est une série mensuelle en 5 épisodes. Avez-vous une idée de l’avenir du projet ? Envisagez-vous d’explorer d’autres thèmes ou d’autres identités dans un format similaire ?
On prépare un évènement à la Gaîté Lyrique le 18 mars pour la sortie du dernier épisode du podcast. J’aimerais continuer à explorer cette forme documentaire intime, peut-être autour d’autres identités ou d’autres amitiés. Mais pour l’instant, je laisse Les Portugayz vivre, rencontrer son public.

À écouter sur : https://regards.fr/podcast-les-portugayz
insta perso : @arthurvacher
insta podcast : @lesportugayz

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