Nice sait encore séduire - avec un cœur queer

Paul Fleury

Ici, le temps suit une cadence différente. Solaire, sensuelle, sûre d’elle sans jamais forcer. Une lenteur qui aiguise les sens. La courbe de la baie. Un rosé frais posé sur la table. Un drapeau arc en ciel accroché sans mise en scène à une terrasse de la rue Bonaparte. À Nice, le plaisir ne se presse pas et la beauté ne se regarde pas seulement. Elle se vit. Elle se partage.

Certaines villes éblouissent. Nice attire autrement. Nous étions venus pour un week end, attirés par le soleil et la promesse de bien manger. Nous sommes repartis avec quelque chose de plus diffus. Une sensation persistante. Dans le sel sur la peau. Dans la manière dont le temps s’étire. Dans cette capacité qu’a la ville à faire de la place à la différence sans en faire un spectacle. Une résonance de Riviera portée par un battement queer.
Nice séduit encore. Mais à sa manière.

Check in avec une âme, l’Hôtel Windsor
À l’écart juste ce qu’il faut de la Promenade, l’Hôtel Windsor ressemble à un secret bien gardé. De l’extérieur, il se fond dans le paysage. À l’intérieur, tout ralentit. Un jardin luxuriant entoure une petite piscine. Les oiseaux couvrent parfois le bruit des scooters. Chaque chambre est pensée par une ou un artiste contemporain, transformant l’hôtel en galerie vivante, loin des standards anonymes.
Jeroen, le directeur, pense l’hospitalité comme une expérience plus que comme un service. « Nice est très investie dans l’accueil des personnes LGBTQ+ », explique t il. « Le label Nice Irisée existe pour garantir un environnement respectueux et réellement inclusif. »
Ici, cette attention ne se revendique pas. Elle se ressent. L’art n’est pas décoratif, il dialogue. 
Ce n’est pas simplement un lieu où dormir. C’est un endroit qui vous fait comprendre que vous êtes à votre place.

L’heure dorée, le pouvoir doux
Nice n’exhibe jamais sa beauté. Elle la révèle. Le moment clé arrive au coucher du soleil. Les toits se teintent de pastels chauds. La mer commence à briller. L’air devient plus dense. Un Negroni à la main, on comprend pourquoi tant d’artistes, d’écrivaines et écrivains et de rêveuses et rêveurs queer ont trouvé refuge ici. La Riviera ne séduit pas à grand bruit. Elle chuchote. Et on écoute.

Dîner comme une ou un Niçois, chez Acchiardo
On ne comprend pas Nice sans passer à table.
Chez Acchiardo, institution familiale du Vieux Nice, la cuisine niçoise se livre sans artifices. Légumes farcis aux herbes. Poisson frais. Vin local servi sans compter. Jean François, qui tient la maison, résume simplement. « Nice a toujours été une terre de passage. Une ville de vacances, cosmopolite par nature, avec des habitantes et habitants ouverts et queer friendly. » Autour de vous, les tables se mélangent. Habituées, visiteurs, amies queer, familles. Une personne en sequins. Une autre en Doc Martens. Personne ne réagit. Ici, être soi n’est pas une déclaration. C’est la base.

La lumière du matin et les ancrages culturels
Les matins niçois sont doux. Le café est fort, mais personne ne vous presse. La ville invite à marcher sans but.
Au Musée de la Photographie, les images marines dialoguent avec ce qui se joue dehors. L’intime. Le mouvement. L’échelle. Quelques rues plus loin, la Librairie Vigna offre une autre profondeur. Féministe, queer, indépendante, elle fait partie de ces lieux qui tiennent une ville debout. Françoise et Marie Hélène ne parlent pas de scène, mais de réseau.
« Ce qui rend Nice plus queer qu’on ne le pense, ce sont les associations et les collectifs. Le festival de cinéma In and Out, les rencontres sportives lesbiennes Wisdin, Queer 06, le Queernaval, le Nice Rainbow Festival. »
Entre romans graphiques queer et poésie sapphique, une évidence se dégage. Ici, la queerness ne se limite pas à la nuit. Elle est culturelle. Mémorielle. Continue.

Se perdre et se retrouver dans le Vieux Nice
Depuis la place Masséna, on glisse dans la vieille ville. Les rues se resserrent. Les étals de savon explosent de couleurs. La socca parfume l’air. Le soleil rebondit sur les façades ocres.
Puis il y a le Bethel. Un petit bar associatif caché derrière une église. On vous en parle à voix basse, presque avec soin. Ce n’est pas une question de se cacher, mais de choisir l’intimité. Une manière méditerranéenne d’être visible sans s’épuiser.

Castel Plage, les dimanches et la continuité
Olivier Lallement parle de Castel Plage comme d’un rituel. « Ça a toujours été queer friendly. On y croise tout le monde. Les locaux. Les visiteurs. Celles et ceux qui reviennent chaque été. Le dimanche, on sait où se retrouver. » Il rappelle aussi que la vie queer niçoise ne se limite pas aux nuits. La Pride au printemps. La Pink Parade. Les associations actives toute l’année autour de la prévention, du soin et du lien. « Nice est la troisième ville gay de France », dit il. Comme un constat, pas comme un classement.

Quand la nuit tombe, les masques aussi
Les soirées commencent souvent chez Sunset, face à la mer. Des assiettes à partager. Du rosé. Des conversations qui s’étirent. « En été, les drag shows se font dehors, en plein jour, face à la mer », raconte Jeroen. « C’est évident ici. » Puis la nuit s’ouvre. Le Six. Le Glam. Red Kafé. Les paillettes. La sueur. Les rires. Des inconnues deviennent des amies. La liberté a un léger goût de sel.

Regarder derrière, continuer devant
Le dernier jour, marcher devient presque cérémoniel. Une dernière baignade à Castel Plage. L’eau froide. La tête claire.
Erwan, directeur du Centre LGBTQIA+ Côte d’Azur, le formule ainsi. « Nice n’est pas qu’une carte postale. C’est une ville populaire, mixte, engagée, où les gens se tiennent ensemble. » La phrase reste.

Nice, en essence
Nice n’est pas tapageuse. Elle n’en a pas besoin. Elle sait faire durer la vie queer. Pas seulement la faire briller. Elle propose la douceur plutôt que le bruit. La continuité plutôt que le spectacle.
Nice rappelle que la queerness n’a pas toujours besoin de crier. Parfois, elle s’installe. Elle se construit lentement. Elle attend. Autour d’une table partagée. Derrière une porte discrète. Sous le soleil bas de l’hiver sur la Riviera. Et quand on repart, elle reste avec nous. 

Partager:
PUB
PUB