Il était une fois — et peut-être même deux ou trois si on est honnête — un·e timide.
Un cœur tendre, un peu trop poli, un peu trop « OK si tu veux », avec une propension naturelle à se sentir responsable du bonheur des autres (même quand l’autre a clairement le charme d’une biscotte molle).
Et puis un forceur. Pas un criminel, non. Juste le modèle standard : sûr de lui, sourire forcé, déterminé comme un Roomba aveugle face à un mur. Le genre qui te regarde comme si ton « non » était un « oui » mal prononcé.
La scène, tu la connais : le timide n’est pas intéressé, pas attiré, pas même vaguement curieux. Mais le forceur avance, sûr de son pouvoir, sûr que « allez, juste un peu, tu verras » est un argument valable. Et notre timide, pris·e entre le malaise, la politesse, la culpabilité, la peur de froisser et ce fameux cerveau qui panique dès qu’il doit être ferme… finit par céder.
Pas par envie. Mais par pression. Parce qu’il est quasiment conditionné pour ne pas refuser. Par ce vieux logiciel social qu’on hérite tou·te·s : « surtout ne fais pas de vagues, sois gentil·le, dis oui, sinon tu es une personne horrible et la planète s’écroule ».
Spoiler : la planète survit très bien à tes « non ». Même ton karma te félicitera.
Pourquoi ça arrive ? (Ou : quand l’homophobie intériorisée joue les marionnettistes)
Quand on est queer, on grandit souvent avec l’idée subliminale qu’on devrait être reconnaissant·e qu’on nous tolère, qu’on nous accepte, qu’on nous désire.
Tu connais cette petite voix moisie — ton saboteur intérieur, en stage permanent dans ton cerveau — qui murmure : « tu n’es pas assez beau/bien/viril/masc/fem/expérimenté/autre, sois déjà content·e que quelqu’un insiste. »
C’est faux. C’est toxique. Et ça explique pourquoi tant de timides se retrouvent à dire oui alors que tout leur corps crie non, à peu près au volume d’une alarme incendie.
Le forceur, lui, se nourrit de ça. Pas par méchanceté, souvent. Par conditionnement social : l’insistance serait sexy. (Non. L’insistance, c’est du spam émotionnel.) Mais surtout parce que ça marche : rien à perdre et tout à gagner, au pire il faudra insister un peu plus, au pire du pire il faudra insister auprès d’un autre timide.
Comment ça opère ?
Le mécanisme est vieux comme les cartoons :
• Le petit démon sur ton épaule : « allez… sois sympa… c’est pas si grave… tu vas peut-être même aimer ça »
• Le petit ange : « NON. On veut juste qu’on nous laisse tranquille, nous blottir dans un plaid et manger du chocolat. »
• Toi au milieu : tétanisé.
La scène finit rarement avec un plaid taché de chocolat. Mais bonne nouvelle : tu peux réécrire la fin.
Initiation douce à la fermeté zen
1 - Remplace « je dois me justifier » par « je n’ai pas à me justifier »
Ton non est une phrase complète. Pas un dossier administratif.
2 - Active le mode « moine pacifiste mais inamovible »
Tu peux être ferme sans être méchant·e :
« merci, mais ce n’est pas ce que je veux. » Répète. Encore. En boucle. Le forceur finira par se lasser (comme les vieux Roomba, ils n’aiment pas les murs).
3 - Respire avant de répondre
Trois secondes. Juste trois. Elles suffisent pour que ton cerveau switch de panique à clarté.
4 - Visualise ton « non » comme un cocon, pas comme une agression
Tu ne repousses pas l’autre : tu te protèges toi. C’est doux, c’est juste, c’est beau.
5 - Assume la fuite
Oui, partir est une option. À 100%. Les Jedi aussi se replient parfois. Et personne ne les juge.
Conclusion
Dire non, c’est un super-pouvoir. Pas un manque de gentillesse. Pas un signe de faiblesse. Pas une rupture d’harmonie cosmique. C’est un acte d’amour : pour ton corps, pour ton désir, pour ta liberté. Et si un forceur ne sait pas accueillir ton non, c’est qu’il ne mérite pas ton oui.
Nicolas, Sophrologue/reprenezlecontrole.net
