Stonewall : Le drapeau arc-en-ciel sacrifié sur l’autel de l’idéologie Trump

Julien Claudé-Pénégry

À New York, le retrait de la bannière LGBTQI+ du monument national de Stonewall marque une nouvelle étape dans l’offensive de l’administration fédérale contre les minorités. Entre effacement mémoriel et résistance politique, le quartier de Greenwich Village s’embrase à nouveau.

C’était une présence presque organique, une évidence chromatique qui flottait sur Christopher Park depuis près de dix ans. Ce mardi 10 février, le drapeau arc-en-ciel a disparu du paysage de Manhattan. À sa place, seule demeure la bannière étoilée. Ce retrait, loin d'être un simple ajustement logistique, est le résultat d’un mémo du Service des parcs nationaux (NPS) daté du 21 janvier. La consigne est claire : sur les sites fédéraux, seuls les drapeaux officiels des États-Unis et les insignes du ministère sont autorisés.

Une "gifle" à l’Histoire
Le choix de la cible ne doit rien au hasard. Le monument national de Stonewall n’est pas un parc comme les autres ; il est le sanctuaire mondial des luttes LGBTQI+. C’est ici qu’en 1969, après un raid policier brutal au Stonewall Inn, la communauté a dit « assez », déclenchant six jours d’émeutes fondatrices.
Pour les militants, ce retrait est une tentative délibérée d'invisibilisation. « C’est une gifle », s'insurge Jade Runk, militante trans de 37 ans, lors d'un rassemblement improvisé mardi soir sous le slogan « Hands off our flag ». « C'est un message qui dit : "nous ne voulons pas que vous existiez". » Un sentiment partagé par l’archiviste Aleksander Douglas, qui dénonce le comportement d’un « gouvernement autocratique » cherchant à gommer une minorité de l'espace public.

La ligne de front new-yorkaise
Face à l’injonction fédérale, New York se dresse en rempart. Le maire démocrate, Zohran Mamdani, a immédiatement exprimé son indignation sur les réseaux sociaux : « New York est le berceau du mouvement moderne pour les droits LGBT+, et aucun acte d'effacement ne changera jamais cette histoire. »
Du côté des organisations de défense des droits, comme GLAAD ou Human Rights Campaign, on dénonce un acharnement idéologique. Brandon Wolf, porte-parole de Human Rights Campaign, pointe du doigt une volonté d’étouffer « la joie et la fierté » des Américains. Le Service des parcs nationaux, de son côté, s'est emmuré dans le silence, se contentant d'évoquer une « règle uniforme ».

Un climat de restauration morale
Ce coup de force symbolique s’inscrit dans un agenda politique global. Depuis son retour à la Maison-Blanche il y a un an, Donald Trump a multiplié les attaques contre les acquis des minorités sexuelles, ciblant particulièrement les personnes transgenres. En réaffirmant dès son investiture qu’il n’existe que « deux sexes » et une seule « vérité biologique », le président a donné le ton d'une présidence placée sous le signe de la restauration conservatrice.
Le retrait du Rainbow Flag à Stonewall n'est donc pas une simple affaire de règlement intérieur. C’est la mise en pratique d’une vision du monde où la diversité doit s’effacer devant une identité nationale monolithique. Mais à Greenwich Village, là où la révolution a commencé, la détermination reste intacte. L'histoire de Stonewall ne s'est pas écrite avec des décrets, mais avec des briques et des cris ; ce n'est pas un mât vide qui fera taire la mémoire du bitume.

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