Avec la sortie du coffret DVD Xena, la guerrière L’intégrale, ce programme emblématique des années 90 revient sous les projecteurs. Mais ce n’est pas seulement un souvenir nostalgique ou une fiction culte. Derrière ses combats, son humour et son petit côté kitsch, notre héroïne s’est affirmée au fil des années comme une figure féministe et queer.
Bannie de son village, Xena, incarnée par Lucy Lawless, prend la tête d’une armée de hors-la-loi et fait régner la terreur. Rapidement, elle change de voie et choisit de se racheter en luttant contre le mal. Elle est accompagnée de Gabrielle, interprétée par Renée O’Connor. Ensemble, elles traversent un monde peuplé de dieux capricieux, d’amazones, de mercenaires et de figures tantôt grotesques, parfois tragiques.
Une combattante en quête de rédemption (et de liberté)
« À l’époque des dieux de la mythologie… » : dès le générique, on comprend où l’on met les pieds. Ce show américano-néo-zélandais nous plonge dans les mythes et les légendes, sans chercher à respecter l’Histoire. Ici, on met en avant des personnages féminins bien dessinés, mais aussi des rôles masculins originaux, comme Joxer, le comique de service. Les comédiennes et comédiens incarnent leurs personnages avec justesse. Lucy Lawless y joue un rôle majeur : son interprétation simple et naturelle s’inscrit dans l’esprit de l’intrigue. Elle a d’ailleurs été nommée au Saturn Award de « la meilleure actrice pour les projets audiovisuelles de science-fiction, fantastique ou horreur ».
La réalisation est plaisante à suivre grâce aux somptueux paysages de Nouvelle-Zélande qui nous entraînent avec leurs couleurs éclatantes et offrent un sentiment d’évasion. La majorité des séquences ont été tournées autour d’Auckland. On reconnaît la touche du réalisateur Sam Raimi, visible dans la première trilogie Spider-Man ou Doctor Strange.
Pour France Inter, l’historien Laurent Aknin souligne que notre protagoniste représente une rupture : « c’était la première fois qu’on voyait non pas une, mais deux femmes au pouvoir, sans être dirigées ou encadrées par un homme. Contrairement à Drôles de dames, il n’y a pas de “Charlie” pour donner des ordres. ». La journaliste Nora Bouazzouni ajoute qu’elle a ouvert la voie aux héroïnes d’action, deux ans avant Buffy contre les vampires.
Aujourd’hui, les spectateurs et spectatrices doivent accepter quelques défauts comme les effets spéciaux qui datent. Mais notre intérêt est ailleurs. Suivie dans le monde entier à l’époque, l’œuvre met en avant deux aventurière libres et indépendantes, complémentaires dans leur manière d’agir. Très vite, le lien entre Xena et Gabrielle devient central et c’est là que le récit trouve un écho particulier auprès de l’audience féministe et queer.
Xena & Gabrielle : un sous-texte lesbien devenu un incontournable
Dès les premières saisons, le lien entre les deux femmes dépasse la simple amitié. Regards appuyés, gestes affectueux et décisions radicales prises l’une pour l’autre, traversent la trame, ce qui reste très rare dans les années 1990 pour deux héroïnes au premier plan. Dans la saison 2, épisode 4, lorsqu’on interpelle Xena au sujet de Gabrielle, elle répond sans hésiter : « je tiens trop à elle », un épisode où plusieurs sous-entendus lesbiens apparaissent. À cette époque, représenter explicitement un couple de filles dans une fiction grand public est impensable. Les créateurs choisissent donc la suggestion plutôt que l’affirmation, y compris lors d’un baiser entre femmes, discret mais bien présent dans la saison 3, épisode 12, ou encore lorsque l’amour qu’elles se portent devient leur seul salut, avec cette réplique touchante : « recommençons à nous aimer ».
Comme le rappelle l’historien Laurent Aknin dans Blockbusters sur France Inter, propos relayés par Télérama : « c’était la première fois, sans l’afficher clairement, qu’un couple lesbien apparaissait dans une série familiale. », et ça va même un peu plus loin. Dans le final de la saison 5, Xena parle d’Eve comme de sa fille, mais aussi de celle de Gabrielle. À la remarque de cette dernière : « on dirait que tu as retrouvé ta fille », Xena corrige aussitôt : « non, nous avons retrouvé notre fille », ce qui fait écho à l’expérience de nombreuses familles LGBT+.
En France, la version doublée modifie certains sous-textes, en remplaçant des « je t’aime » entendus en VO, notamment dans la saison 3, épisode 16, où Gabrielle dit « I love you », auquel Xena répond « I love you too ». Le coffret DVD permet de découvrir la version originale sous-titrée, sans filtres.
Les personnes queers et féministes ont fait de Xena une œuvre iconique, à travers les forums, les fanfictions et les discussions. Lucy Lawless reconnaît elle-même ce statut, affirmant qu’à la fin du feuilleton, elle ne doutait plus de la nature du lien entre Xena et Gabrielle.
Un héritage toujours vivant
Tout cela a marqué la culture LGBTQIAP+ en proposant un autre modèle d’héroïsme : deux femmes libres et autonomes, avançant ensemble sans figure masculine pour les guider. Au fil des saisons, Gabrielle gagne en assurance tandis que notre heroine découvre le doute et la vulnérabilité.
Xena, la guerrière a ouvert la voie aux personnages queer à l’écran, mais aujourd’hui encore, certains programmes hésitent à montrer des relations LGBTQ+. Comme le souligne le rapport annuel de GLAAD, développé dans Strobo Mag n°45 : « la présence de personnages LGBT+ sur le petit écran connaît une chute inquiétante ». Dans ce contexte, cette fiction agit comme un rappel : ces histoires ont toujours existé, et elles sont attendues.
Trente ans après ses débuts, Xena, la guerrière continue d’inspirer. Elle rappelle que la visibilité LGBTQ+ compte et que cela peut réellement faire la différence.
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Xena, la guerrière – L’intégrale (36 DVD, 134 épisodes) de John Schulian & Robert Tapert Ed. Universal Pictures Home Entertainment à 69,99€