Le premier ministre Sénégalais a annoncé qu'il avait déposé un projet de loi prévoyant des peines de 5 à 10 ans de prison pour les personnes poursuivies pour homosexualité. Une annonce qui intervient dans un contexte de répression homophobe accrue depuis le début de l'année dans ce pays d'Afrique de l'Ouest.

La répression homophobe se poursuit au Sénégal. Le premier ministre Ousmane Sonko a annoncé le 23 février qu’il avait déposé un projet de loi visant à augmenter les peines des personnes poursuivies pour homosexualité déjà prévues par l’article 319 du code pénal. Actuellement, cet article sanctionne les « actes contre nature avec un individu de son sexe » d’un à cinq ans de prison, et les « attentats à la pudeur » sur des enfants de moins de 13 ans de deux à cinq ans. Si l’Assemblée vote le texte du gouvernement, les peines pourront aller de cinq à dix ans. Le projet de loi prévoit également de punir de trois à sept ans d'emprisonnement "toute personne qui fait l'apologie" de l'homosexualité. Une inspiration claire de la loi russe contre la “propagande homosexuelle”, adoptée également en Hongrie. Aucune date pour le vote à l'Assemblée Nationale n'a pour l'instant été annoncée. Et rien n'est encore fait : de tels projets de loi ont déjà échoués en 2022 et 2024.
Une répression accrue depuis le début de l’année
Cette annonce intervient dans un contexte de répression accrue des homosexuels dans ce pays d’Afrique de l’Ouest à majorité musulmane. Début février douze hommes, dont deux célébrités locales, ont été arrêtés et accusés d'"actes contre nature". Depuis, il y aurait eu plus d’une trentaine d’autres arrestations, à chaque fois très commentées par la presse locale, qui en fait ses choux gras. Certains hommes arrêtés étant séropositifs, ils ont été en outre accusés de propager volontairement le VIH.
Dans un texte publié par l’ONG Human Rights Watch, la chercheuse camerounaise Larissa Kojoué estime que « La pénalisation des relations entre personnes de même sexe et le fait d’arrêter les gens pour leur orientation sexuelle violent des droits protégés internationalement, notamment le droit à l’égalité et à la non-discrimination.»
A propos des accusations de transmission du VIH, elle ajoute : «Le fait de se servir de la possession de préservatifs, de lubrifiants ou de traitements anti-VIH comme preuve d’homosexualité, de forcer à faire des tests de VIH et de rendre publique la séropositivité de quelqu’un bafoue ses droits à la vie privée et les normes internationales à cet égard, mais aussi nuit aux efforts essentiels de prévention et de traitement du VIH/SIDA.»
France 24 rappelle que depuis 2021, le Sénégal n'est plus considéré comme un pays sûr par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), en raison des risques liés à l'orientation sexuelle. Dans un texte publié sur le site de l'association, Fama, militante à Stop Homophobe affirme que les effets de l'annonce d'Ousmane Sonko se font déjà sentir : « Depuis l’annonce de ce projet, nous voyons déjà ses effets.» «Des personnes nous contactent pour signaler des menaces, des violences ou des expulsions familiales. La loi ne fera pas disparaître des citoyens : elle les rend simplement plus vulnérables. »
Image : Shutterstock.
