Berlinale : dix films LGBTQIA+ à suivre

Annabelle Georgen

Jamais on n'avait vu une Berlinale si queer : cette année, plus d'une soixantaine de films LGBTQIA+ étaient à l'affiche du Festival du film de Berlin. Voici dix films de fiction et documentaires à ne pas rater les prochains mois au cinéma.

Mouse
Réa : Kelly O’Sullivan et Alex Thompson, USA

Mélancolique et non dénué d'humour noir, ce coming of age lesbien suit l'introvertie Minnie durant les grandes vacances qui précèdent sa dernière année de lycée dans une petite ville de l'Arkansas. Elle passe le plus clair de son temps avec sa meilleure amie, la solaire et populaire Callie. Lorsque cette dernière disparaît soudain de sa vie, Minnie se retrouve livrée à elle-même, obligée de sortir de l'ombre où elle s'était jusque là cantonnée. Elle fait bientôt la connaissance d'une autre ado au vidéo club du quartier, qui la trouble autant qu'elle l'attire.

 

 

Rose
Réa : Markus Schleinzer, Autriche/Allemagne

Une singulière histoire vraie qui s'est passée au XVIIe siècle dans la campagne allemande : un étranger se présente dans un petit village avec un document stipulant qu'il est l'héritier d'une ferme abandonnée. C'est un soldat à la joue abîmée par une cicatrice, qui revient de la guerre de Trente ans. Il s'intègre rapidement à la communauté et se marie. Mais la vie qu'il s'est construite repose sur un mensonge qui finit par lui échapper : il est une femme qui se fait passer pour un homme. Un rôle interprété avec brio par la grande actrice allemande Sandra Hüller, qui a remporté l'Ours d'argent de la meilleure performance à la Berlinale pour ce rôle.

Ivan & Hadoum
Réa : Ian de la Rosa, Espagne/Allemagne/Belgique

Ce film espagnol a remporté le Teddy Award du meilleur film de fiction. Ivan & Hadoum, c'est l'histoire d'un amour naissant entre un jeune contremaître espagnol et une ouvrière agricole marocaine dans une serre andalouse. Il est trans et elle tombe amoureuse de lui. Mais la famille et surtout le patron du jeune homme voient cette idylle d'un mauvais œil. C'est le premier long-métrage du jeune réalisateur trans espagnol Ian de la Rosa, qui signe là un drame social sensible mêlé d'une romance sensuelle.

 

 

 

 

The Ballad of Judas Priest
Réa : Sam Dunn et Tom Morello, USA

Un rockumentary dans les règles du genre, avec de superbes images de concerts, un paquet d'interviews avec des légendes du milieu du rock qui servent face caméra leurs anecdotes bigger than life et des trésors d'archives en pagaille. Le film est une ode au groupe mythique de heavy metal Judas Priest, un demi-siècle de riffs déchaînés au compteur, mais aussi un portrait intime du chanteur, Rob Halford. Il se livre au sujet de son homosexualité, qu'il a cachée au public des décennies durant afin de ne pas entacher de scandale l'immense succès du groupe. Une vie tout en paradoxes, passée sous le feu des projecteurs, à s'agiter dans d'étroites tenues de cuir furieusement sexy tout en étant dans le placard. Un docu beau et puissant avec un Rob Halford toujours fringuant à 70 ans passés, qui a d'ailleurs fait le voyage à Berlin pour l'occasion.

 

À voix basse
Réa : Leyla Bouzid, France/Tunisie

Lilia se rend dans sa Tunisie natale pour assister aux funérailles de son oncle. Sa famille ne sait rien de sa vie en France, et surtout pas qu'elle est lesbienne. Mais la jeune femme se rend vite compte que son oncle est décédé dans des circonstances troubles, et que sa famille tente d'étouffer le mystère qui règne autour de sa mort. Elle se lance alors dans une sorte d'enquête qui se confond bientôt avec sa propre quête de vérité. Un film magnifique sur le courage d'être soi, qui dépeint l'homophobie ambiante en Tunisie.

 

 

Jaripeo
Réa : Efraín Mojica, Rebecca Zweig, Mexique/USA/France

Ce documentaire suit des hommes mexicains qui participent à des rodéos dans la région rurale de Michoacán. Derrière le grand déballage de virilité que constituent ces événements populaires durant lesquels des cavaliers chevauchent des taureaux et tentent de se maintenir sur leur dos le plus longtemps possible – en les blessant au passage –, le duo de réalisateurices dévoile toute une sous-culture queer qui s'épanouit discrètement parmi les participants. Dépaysant.

 

 

La Comtesse sanglante
Réa : Ulrike Ottinger, Autriche/Luxembourg/Allemagne

Isabelle Huppert en vampire goulue de sang de jeunes femmes, qui arpente les rues de Vienne en grande pompe, à bord d'un superbe attelage. On croirait une tocade d'Ulrike Ottinger. Pourtant ce projet de film inspiré de la vraie-fausse histoire de la Comtesse de Báthory traîne depuis plusieurs décennies dans les dossiers de la vieille réalisatrice allemande lesbienne. Les costumes sont somptueux, les décors léchés. Mais les personnages sont caricaturaux, creux, les dialogues empesés, l'humour vire au grotesque et le scénario bat de l'aile. On vous le conseille tout de même pour le plaisir des yeux.

 

 

Prosecution
Réa : Faraz Shariat, Allemagne

Il nous avait enchanté il y a quelques années avec Futur Drei, son premier film : une histoire d'amitié entre de jeunes queers racisé.e.s dans la province allemande. Le jeune réalisateur gay allemand Faraz Shariat est revenu cette année à la Berlinale avec son deuxième long-métrage, Prosecution, un film coup de poing dans lequel il est question de racisme et de violence d'Etat. Le scénario : une jeune procureure procureure lesbienne d'origine asiatique (Chen Emilie Yan, puissante) est victime d'une attaque raciste. Elle porte plainte mais découvre effarée que le réseau d'extrême droite dont fait partie son agresseur a des accointances avec des fonctionnaires haut-placés du système judiciaire allemand.

 

Barbara Forever
Réa : Brydie O'Connor, USA

Un portrait poétique, par petites touches, de la cinéaste lesbienne Barbara Hammer (1939–2019), pionnière du cinéma expérimental. L'Américaine s'est filmée, très souvent dénudée, tout au long de sa vie, et son film Dyketactics (1974) est une référence incontournable de la culture cinématographique lesbienne. 
Barbara Forever est une superposition habile de nombreuses séquences issues des vastes archives de la réalisatrice. Le film a remporté le Teddy Award du meilleur documentaire.

 

 

Saccharine
Réa : Natalie Erika James, Australie

Un film d'horreur lesbien autour de la boulimie qui passe haut la main le test de Bechdel. C'est l'histoire d'Hana, une étudiante en médecine qui joue avec le feu pour pouvoir perdre ses quelques kilos en trop.
En prélevant des os sur le cadavre d'une femme dans le but de concocter des pilules amaigrissantes, elle se retrouve esclave de son fantôme. Effrayant et plein de rebondissements.

 

 

 

 

Only rebels win
Réa : Danielle Arbid, France/Liban/Quatar

En en bonus notre « non queer favorite » : Only rebels win, c'est l'histoire d'amour tendre, inattendue entre une veuve sexagénaire (la magnifique Hiam Abbass, qui joue aussi dans À voix basse) et un jeune migrant. Elle est palestinienne, il est soudanais. Leurs chemins se croisent dans une ruelle de Beirut, au Liban, alors que le jeune homme est en train de se faire tabasser par des voyous. Suzanne se jette dans la bagarre et lui sauve la vie. Leur douce et folle romance fait scandale dans le voisinage. À cause de la différence d'âge, de la couleur de peau d'Osmane, du poids de la religion et du patriarcat. Mais Suzanne refuse de rentrer dans le rang, elle veut vivre cet amour au grand jour. Elle veut même épouser Osmane pour lui permettre de rester au Liban, mais aucun prêtre n'accepte de leur venir en aide. Leur vécu fait écho, à plus d'un titre, celui des couples queers et racisés.

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