FLAG!, sur un nouveau départ

Franck Desbordes

Ça faisait bien longtemps que l’on ne vous avait pas parlé de FLAG! l’asso LGBTQ+ des agents des ministères de l’intérieur et de la justice. Rassurez-vous, point de nouvelles polémiques à l’horizon, les tempêtes du passé ont été évacuées, et avec celles et ceux qui les avaient générées. FLAG! a d’ailleurs mis en place des structures de contrôle et de veille qui permettent de garantir le développement de l’association en conformité avec les valeurs historiques qu’elle porte. Rencontre avec son nouveau président, un policier : Pierre Picavet.

Bonjour Pierre, les derniers articles de Strobo portaient sur les difficultés rencontrées au sein de Flag! avec l’ancienne équipe. Peux-tu faire un point sur le sujet ?
Oui, il était nécessaire de tourner cette page. Les deux dernières années ont été difficiles, à la fois pour les adhérents et pour l’image de FLAG!. Des désaccords profonds sont apparus sur la méthode de travail, le respect des valeurs de l’association et le cadre juridique du fonctionnement associatif. Ces tensions internes ont été exposées publiquement, notamment à travers les articles de Strobo et les révélations du Canard enchaîné. À la suite de cette période, le nouveau Conseil d’administration a décidé de conduire un examen interne approfondi de la situation. Sur la base de ces éléments, des décisions ont été prises, notamment des exclusions définitives, validées par l’Assemblée générale de juin 2025. Aujourd’hui, le sujet est clos. Les personnes concernées ne font plus partie de l’association. Notre priorité est désormais de stabiliser l’organisation, de restaurer la confiance et de poursuivre le travail de fond au service des victimes, des agents et des institutions.

Comment être sûr.e que ce type de dérive ne se reproduise pas ?
Nous avons tiré des enseignements très concrets de cette période. D’abord, le nouveau Conseil d’administration a proposé la création d’une commission composée des quatre membres fondateurs de l’association. Leur rôle est consultatif, mais aussi structurant, ils constituent une forme de garantie morale et statutaire. En cas de blocage ou de divergence majeure, ils peuvent être saisis pour éclairer les décisions et veiller au respect de l’objet social et du cadre juridique. Ce sont, en quelque sorte, les « sages » de l’association. Ensuite, nous avons renforcé les règles internes de gouvernance, notamment en matière financière. Les dépenses importantes sont désormais systématiquement soumises à validation du Conseil d’administration, avec un contrôle plus formalisé et un meilleur fléchage budgétaire. L’objectif est simple, sécuriser le fonctionnement, clarifier les responsabilités et éviter que des zones d’ombre ou des décisions isolées ne puissent fragiliser l’association à l’avenir. L’année 2025 a été une année de consolidation. Il fallait d’abord stabiliser l’association, redéfinir les rôles de chacun et clarifier nos priorités. Pour 2026, le maître mot est effectivement « le renouveau ». Renouveau dans notre stratégie de communication, avec une identité visuelle retravaillée et un nouveau logo. Renouveau aussi dans notre manière d’interagir avec les institutions et nos partenaires, avec des échanges plus structurés et plus réguliers.
Nous avons également relancé la dynamique territoriale. Certaines régions avaient été fragilisées, nous avons donc remis en place des délégués régionaux, y compris en outre-mer. Cela permet d’assurer des permanences, d’organiser des temps de convivialité et surtout de renforcer les liens avec les acteurs locaux,  mairies, SDIS, directions départementales de la police nationale, dans une logique d’ancrage concret.
Cette nouvelle dynamique commence à produire des effets. Des polices municipales, notamment à Metz, Lyon et Saint-Denis, nous ont sollicités pour former leurs agents sur la lutte contre les LGBTphobies. Des services d’incendie et de secours font également appel à nous pour intervenir auprès de leurs personnels, professionnels comme volontaires.
Nous sommes aussi pleinement revenus dans les écoles de police et de justice pour assurer la formation et la sensibilisation des futurs agents. L’enjeu est double, mieux accueillir les publics concernés et garantir un environnement professionnel respectueux pour les agents de la pénitentiaire, des policiers et policières LGBTQ+.
Sur le plan européen et international, FLAG! s’est réinscrit dans une dynamique active. Nous avons participé à la conférence internationale d’Austin et nous sommes à nouveau pleinement investis au sein de l’EGPA, l’European LGBT Police Association, représentée par Alain Parmentier son président et cofondateur de FLAG!. Après une période de mise à l’écart liée à l’ancienne gouvernance, nous avons retrouvé toute notre place dans ce réseau.
À Paris, nous poursuivons un travail étroit avec Mickaël Bucheron, officier de liaison LGBT+ à la Préfecture de police et cofondateur de FLAG!, qui joue également un rôle actif dans la dynamique européenne.
Enfin, à la rentrée 2025, nous avons relancé un plan de formation interne pour nos formateurs afin de répondre à la demande croissante des institutions, police, gendarmerie, justice, services pénitentiaires, pompiers, sécurité civile et personnels administratifs.
Aujourd’hui, après la crise traversée ces deux dernières années, nous constatons un retour progressif de la confiance des institutions, de nos partenaires et de nos adhérents. Et c’est probablement le signal le plus encourageant.

Quels sont les projets de moyen et long terme ?
À moyen et long terme, notre priorité est d’ouvrir davantage FLAG! et de structurer durablement nos dispositifs. Nous ne voulons pas rester dans l’entre-soi. Si l’association est née dans les forces de sécurité et les ministères régaliens, nos outils doivent bénéficier plus largement aux publics concernés par les discriminations et les violences. Nous avons identifié des situations dans lesquelles certaines victimes hésitent encore à franchir la porte d’un commissariat, personnes transgenres, travailleurs du sexe, personnes en situation administrative précaire ou exposées à des vulnérabilités spécifiques (chemsex, outing...). Quelle que soit leur situation personnelle, cela ne doit jamais constituer un frein à leur prise en charge en qualité de victime. Notre rôle est de contribuer à restaurer la confiance, d’orienter et d’accompagner. 
C’est dans cette logique que s’inscrit la version 2 de l’application FLAG!, disponible sur les plateformes de téléchargement. Cette nouvelle mouture vise à mieux répondre aux besoins des agents de terrain, des usagers et des institutions. Elle permettra d’améliorer l’orientation des victimes, la remontée d’informations, et l’analyse des phénomènes tels que les guet-apens ou les violences en ligne. Nous avons d’ailleurs répondu à l’appel à projets porté par la ministre Aurore Bergé concernant les signaleurs de contenus. Elle nous a également associés à la signature de la Charte d’engagement des plateformes numériques pour la prévention des violences et la sécurité des personnes LGBT+.
Cette charte vise à renforcer la coopération entre les plateformes, les associations et les pouvoirs publics afin d’améliorer la modération, le signalement et la prévention des violences, notamment celles qui prennent naissance en ligne.
Un autre axe structurant est l’évolution du dispositif « En Lieu Sûr ». Celui-ci deviendra une véritable labellisation. L’objectif est d’identifier des établissements recevant du public,  bars, commerces, structures partenaires, prêts à accueillir temporairement des personnes en situation d’insécurité et à faciliter leur orientation vers les services compétents.
Nous pouvons déjà compter sur la confiance et l’engagement du SNEG & Co, représenté notamment par Olivier Robert et son équipe, qui nous accompagnent dans la structuration de ce réseau. L’ambition est de créer un maillage territorial de lieux identifiés comme points d’appui fiables et visibles, dans une logique de complémentarité avec les institutions.
À plus long terme, nous souhaitons constituer un réseau associatif, professionnel et institutionnel permettant une meilleure prise en charge des victimes et la production d’un baromètre statistique annuel fidèle à la réalité du terrain, à l’échelle nationale et territoriale.
Nous poursuivons également le développement de nos actions de proximité : permanences, rencontres, événements conviviaux. Nous avons la chance d’être accompagnés par Marie Bezille, psychologue, criminologue et victimologue, pour renforcer l’accompagnement des victimes.
Enfin, au-delà des projets techniques, l’enjeu est aussi humain. Après la crise traversée ces deux dernières années, nous constatons un retour progressif de la confiance des institutions et une dynamique renouvelée autour de l’association. Cette stabilité retrouvée nous permet de travailler sur le long terme et d’envisager un développement structuré.
Pour que ces projets prennent pleinement leur ampleur, notamment en vue d’une large présentation au public lors du mois des Fiertés 2026, nous aurons besoin d’un soutien financier renforcé et du développement du mécénat.
FLAG! est aujourd’hui dans une phase de construction durable. Notre objectif n’est pas seulement d’exister, mais d’être utile, efficace et crédible dans la durée. Nous voulons être un interlocuteur reconnu par les institutions, et un point d’appui concret pour les victimes. 

Un mot pour conclure ?
Oui. Je crois profondément que FLAG! est plus solide aujourd’hui qu’elle ne l’était hier.
À celles et ceux qui se sont éloignés, je veux dire que nous avons entendu les critiques et que nous avons pris nos responsabilités. À celles et ceux qui partagent notre engagement contre les discriminations, je les invite à venir nous rencontrer. FLAG! est ouverte, structurée et tournée vers l’avenir.

Nous contacter : contact@flagasso.com

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