Avec le Cabaret du fruit défendu, Vicomte Harbourg revisite le mythe fondateur d’Adam et Ève à la lumière du burlesque contemporain. Dans ce spectacle jubilatoire mêlant effeuillage, chant, comédie et satire sociale, l’artiste invite le public à croquer dans un Éden de liberté retrouvée, où la honte s’efface au profit de la fierté d’être soi.
Vous réinventez le mythe d'Adam et Ève en faisant un parallèle savoureux entre la feuille de vigne originelle et la censure moderne d'Instagram. Comment avez-vous réussi à transformer ce récit biblique de la « chute » en une célébration de l'innocence retrouvée et de la liberté corporelle ?
Le Cabaret du Fruit Défendu est d'abord un cabaret burlesque. C'est donc un spectacle d'effeuillage, et le message essentiel du burlesque est de célébrer tous les corps, de dédiaboliser la perception du corps, de la nudité et de la sensualité aussi. Pratiquant cet art depuis longtemps, je me suis demandé pourquoi nous avions toujours besoin de faire passer de tels messages en 2026, qui constituent une acceptation si basique de notre nature. Et donc j'ai commencé à remonter le cours de l'histoire, en tous cas le cours des constructions sociales et sociétales qui ont mené aux tabous que nous vivons encore sur le corps. Et le mythe qui est à la source de ces tabous dans les sociétés occidentales, c'est la genèse, Adam et Eve. En plus, faire de l'effeuillage avec Adam et Eve, cela semblait tout indiqué !
Le spectacle met en scène Adam, qui débarque à notre époque, découvre nos constructions sociétales, et se demande comment nous en sommes arrivés là. Le public chemine avec lui pour retrouver la simplicité de l'éden originel en déconstruisant, numéro après numéro, les stéréotypes et les tabous dont nous avons hérité. On parle par exemple de la diversité des corps, de la binarité du genre, des pressions sur la masculinité et la féminité, du sexisme et des LGBT-phobies ordinaires, etc.
Votre spectacle est décrit comme un « buffet à volonté » mêlant effeuillage, comédie, chant et danse. Comment avez-vous orchestré ces différentes disciplines pour que ce « Fruit Défendu » soit à la fois une satire piquante et un divertissement visuel haut en couleur ?
La diversité des disciplines scéniques est vraiment ce qui me fascine dans le cabaret. Pour les artistes, c'est un défi, on doit apprendre à tout faire ! Et pour le spectateur, c'est une surprise permanente : on ne sait jamais à quoi s'attendre pour le prochain numéro.
Mais d'une manière plus profonde, c'est aussi un moyen de véhiculer l'universalité du message, en l'exprimant par des arts différents. Il y a certaines choses qu'on veut dire par la danse, d'autres par le texte, d'autres encore par la musique, chaque artiste et chaque propos trouve la « voix » la plus juste pour s'adresser au public.
D'un point de vue pédagogique, il est aussi crucial pour moi que le message passe par le divertissement. Dans un monde de plus en plus divisé, je ne pense pas qu'il soit judicieux de donner des leçons. Je pense que toute performance publique est politique, mais je pense aussi que la meilleure manière de transmettre ses valeurs et ses convictions, c'est en incluant au maximum un public venant d'horizons variés, et en leur faisant passer un excellent moment, qui combine légèreté et profondeur.
J'adore par exemple réécrire les chansons populaires, pour faire passer avec humour certains de mes points de vue. « Belle », de Notre Dame de Paris, est devenu « iel », pour parler de la binarité de la langue française, par exemple. Et le public adore en général.
L
e spectacle promet de ramener le public dans un Jardin d'Éden où la honte et le péché n'existent plus. Quelle « saveur » particulière souhaitez-vous que les spectateurs gardent en bouche en sortant du Théâtre de la Contrescarpe après avoir goûté à votre fruit magique ?
Tout d'abord j'espère que tout le monde repartira avec le sourire, et heureusement c'est pour le moment toujours le cas ! Avec un tel titre, nous nous devions de créer un spectacle multi-vitaminé et varié.
Notre but est que le public se sente libéré. De leur faire prendre conscience que la liberté que nous revendiquons sur scène est due à chacun et chacune, que nous sommes toustes inclus.es dans ces questions et ces stéréotypes. Nous espérons qu'après le spectacle, le public se dise avant tout qu'il a passé un bon moment de partage, indépendamment du genre, de l'orientation, de la morphologie des artistes qui ont performé : nous sommes des personnes, aspirant au même respect, à la même liberté, et nous méritons toustes de célébrer notre nature, sans honte, fier.es d'être comme nous avons été créé.es. Et c'est ça le jardin d'éden pour nous !
Le Cabaret du fruit défendu au Théâtre de la Contrescarpe, 75005 Paris, 22 mars et 26 avril 2026 à 20h30.
Réservations sur : billetreduc.com









