Camila Sosa Villada, le sacre des écorchés

Julien Claudé-Pénégry

Après le séisme des Vilaines, l’autrice argentine revient chez Métailié avec un recueil viscéral où la fureur des marges se transforme en un sacre poétique. L’écriture de Camila Sosa Villada est un organisme vivant, un mélange sidérant de crudité organique et de fulgurances baroques qui refuse tout misérabilisme. Elle ne se contente pas de décrire la marge ; elle l’incarne avec une langue au scalpel, transformant la fange en or pur.

Au cœur de Córdoba, elle convoque parias et travestis dans un théâtre de réalisme magique où la solitude devient un rituel sacré. C’est une œuvre intime qui palpite d’une humanité désarmante, sans jamais trahir la dignité de ses corps écorchés. Si la puissance de sa voix emporte tout, le format de la nouvelle impose quelques baisses de tension, certains récits s’effleurant quand d’autres vous terrassent en trois pages. Mais cet éclat inégal n’altère en rien la force de ce cri nécessaire, prouvant que l’amour, même « idiot », reste l’ultime boussole de ceux que le monde préfère oublier.
Je suis idiote de t’aimer, de Camila Sosa Villada, Ed. Métailié, 200 Pages, 21€.

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