Pour lutter contre les guet-apens et mieux accompagner les victimes, le gouvernement veut faire travailler ensemble pouvoirs publics, applications de rencontre, associations et forces de l’ordre. Une initiative ambitieuse, mais soumise à la bonne volonté des applis.

Prévenir les guet-apens et mieux accompagner ceux qui en sont victimes : telle est l’ambition de la “Charte d’engagement des plateformes numériques pour la prévention des violences et la sécurité des personnes LGBTQ”, signée le 23 mars dernier. Ce texte a été signé par le gouvernement, représenté par Aurore Bergé et les applications Tinder, Grindr, Bumble et Happn. Etaient également présents Clara Chappaz, Ambassadrice pour le numérique et l’intelligence artificielle, Mathias Ott, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT+ (Dilcrah), et les associations SOS homophobie, STOP homophobie, Le Refuge et FLAG!.
Pour le gouvernement, « la charte marque un engagement collectif inédit entre les pouvoirs publics, les plateformes numériques, les associations et les forces de l’ordre ».
Prévenir, signaler et protéger
Dans ce document de cinq pages, les signataires de la charte s’engagent autour de trois priorités : prévenir, signaler et protéger. Les applications sont en outre encouragées à travailler main dans la main avec les associations et les forces de l’ordre. Parmi les mesures listées : renforcer l’information et la prévention auprès des utilisateurs, favoriser le recours aux profils vérifiés, améliorer les outils de signalement des situations de menace ou de guet-apens, conserver les données pour transmission aux forces de l’ordre après la suppression des profils et approfondir leur coopération avec les forces de l’ordre afin de mieux identifier et poursuivre les auteurs.
Une initiative “symbolique”
Terrence Katchadourian, de Stop Homophobie, salue l’initiative, qu’il juge toutefois « symbolique ». Il précise : « la charte est une première étape utile et nécessaire, mais insuffisante sans contraintes et sans moyens.» Pour le militant, l’enjeu est maintenant de « transformer cet engagement en actions mesurables et généralisées.» Il regrette au passage que si peu d’applications aient signé la charte. On remarque en effet l’absence d’acteurs importants du secteur comme Scruff ou Hornet.
Pas de chiffres officiels
Il n’existe pas de chiffres officiels pour les guet-apens homophobes. Dans son documentaire de 2023, Mediapart révèle avoir documenté au moins 300 faits de ce genre pendant les cinq années précédentes. A la même époque, le magazine Têtu parlait d’un guet-apens chaque semaine. Ces crimes restent encore trop souvent non dénoncés du fait de la honte que ressentent les victimes et du manque de formation des forces de l’ordre, qui ne prennent pas toujours bien en compte ce type de plainte. Cela fait partie des sujets portés par la Dilcrah et l’association FLAG!, qui s’efforcent depuis quelques années de renforcer la formation des policiers et gendarmes sur ce sujet et d’encourager la nomination des référents LGBT+ dans les commissariats et postes de gendarmerie.
Photo : Xavier Héraud
LIRE AUSSI : Heddy, victime d’un guet-apens : « Pour moi, la seule façon d'aller mieux, c'est d'en parler »
