Sam Zirah : le pari des valeurs face à l’extrême droite

Morgan Crochet

Longtemps cantonné à la télé-réalité, Sam Zirah s’est imposé dans  l’interview politique. En recevant des personnalités de tous horizons, y compris d’extrême droite, il s’expose aux critiques tout en posant une question plus que d’actualité : comment confronter sans banaliser ?

Interview de Sébastien Chenu

« Comment faire comprendre, Rima Hassan, aux gens que les actes atroces qui se sont déroulés le 7 octobre ne justifient pas les horreurs qui se passent depuis des mois en Palestine ? » C’est en février 2024, face à la députée LFI franco-palestinienne Rima Hassan, que Sam Zirah, qui s’est tout d’abord fait connaître comme créateur de contenus, s’impose dans le domaine de l’interview politique.


Lancée en 2015, sa chaîne YouTube compte aujourd’hui plus de 2 millions d’abonnés. D’abord centrée sur la télé-réalité, elle lui permet depuis ses débuts de donner la parole à des individus et certaines classes sociales sous-représentés sur les plateaux de télévision, une porte d’entrée idéale pour aborder des enjeux sociétaux et politiques : travail, genre, féminisme, santé mentale, harcèlement, etc.


Il y développe plusieurs formats : interview en duo (En toute intimité), talk show (Au jour d’aujourd’hui  accueille régulièrement le rédacteur en chef du mensuel Regards, Pablo Vivien)  et Chez Zirah, où il reçoit depuis 2024 des politiques de premier plan.

 

Zirah l’outsider

Autodidacte, formé loin des grandes écoles de journalisme ou de sciences politiques, Sam Zirah est un outsider. Depuis Rima Hassan, dont l’interview tout en nuances et en pédagogie a fait date, de nombreux politiques se sont bousculés sur le plateau de Chez Zirah, notamment à gauche, et plus particulièrement du côté de LFI ; ce qui lui a valu une première salve de critiques. Tout comme sa décision d’inviter par la suite des élus d’extrême droite a suscité des reproches à la fois compréhensibles, mais hélas largement dépassés.


« Tu ne penses pas que c’est un peu une manière de dédiaboliser l’extrême droite ? (...) Je le trouve touchant quand il parle de son homosexualité. Il n’y a pas ce danger-là quand on interviewe des politiques, et notamment d’extrême droite ? » lui a récemment demandé un journaliste de Radio Nova dans l’émission Personnage principal au sujet de l’interview du vice-président RN  de l’Assemblée nationale, Sébastien Chenu. « Le danger c’est d’invisibiliser. Je l’ai toujours perçu comme ça, vu comme ça », a rétorqué Sam Zirah. Avant d’ajouter : « je ne l’humanise pas. Tout simplement parce que c’est un humain ». Car la question qui lui est posée renvoie aux limites, et échecs, de la diabolisation des élus d’extrême droite comme outil militant – rappelons tout de même, concernant Sébastien Chenu et bien d’autres personnalités d’extrême droite, qu’il ne suffit pas à un homosexuel de parler de son orientation sexuelle ou de ses préférences culturelles pour avoir l’air sympathique.

 

Interview de Bruno Clavet

C’est donc sur le terrain des idées que Sam Zirah décide de prendre position, comme lorsqu’il demande au député d’extrême droite Bruno Clavet, après avoir rappelé le passif homophobe de Jean-Marie Le Pen : « comment on peut appartenir à une minorité et défendre un parti souvent accusé d’être hostile à ces minorités ? »


Son style alterne questions personnelles, légères, et confrontation directe, avec un sens de la répartie très « camp ». Alors que le journaliste interroge le député et porte-parole du RN Julien Odoul, ancien playmate, sur sa routine beauté, et qu’il se voit rétorquer « c’est dur de suivre une hygiène de vie optimale », Sam Zirah enchaîne : « est-ce que c’est dur d’être condamné aussi par la justice ? Le 31 mars dernier, tu as été condamné en première instance pour recel et détournement de fonds publics. Tu as écopé d’une peine d’inéligibilité et d’un an de prison dans le procès des assistants parlementaires du RN, sans exécution provisoire ».


Parler à tous, sans céder sur rien. C’est la ligne de crête que revendique Sam Zirah, pour qui la meilleure façon de combattre l’extrême droite est de rester ferme sur ses valeurs, sans esquiver le dialogue ni renoncer à la contradiction.

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