Révélé par la star academy, Franck Lenar se met à nu

Xavier Héraud

Issu de la Star Academy, Franck Lenar surprend et émeut avec un EP tantôt sombre, tantôt lumineux, où il recense ses démons, afin de mieux les exorciser. Chronique.

« Ce soir je ne veux pas chanter / Je veux juste dire qui je suis en vrai / Un gamin un peu dérangé / Un de ceux qui jouaient à la poupée ». Dès les premières phrases de la chanson qui ouvre son EP, Un gamin un peu dérangé, Franck Lenar pose le décor. Il ne s’agira pas d’enchaîner les notes et les mots de manière un peu artificielle, mais de se dévoiler. Une prise de parole frontale, presque urgente, où se mêlent santé mentale, construction de soi et expérience de l’homophobie. Sans fard ni détour, mais sans jamais céder au misérabilisme : ici, la fragilité n’est pas une posture, c’est une matière première.

À 24 ans, le chanteur s’est fait connaître du grand public en atteignant les demi-finales de la Star Academy, dans une saison marquée par des figures comme Ebony ou Marguerite — cette dernière ayant depuis signé l’hymne lesbien Les filles, les meufs — et remportée par Marine. Mais bien loin de l’univers très formaté de TF1, Lenar emprunte ici une trajectoire plus intime, presque à rebours des attentes.

Produit par le label de Tayc, cet EP déploie une voix singulière, à la fois juvénile et chargée d’une gravité qui semble avoir traversé les âges. Comme si elle portait la douleur de plusieurs vies. Les morceaux s’enchaînent comme autant de fragments d’un journal intérieur : Anhédonie explore l’engourdissement émotionnel propre à la dépression, Happy Birthday exprime le sentiment de vertige face au temps qui passe, et dans une adresse émouvante à sa mère, Morpheus (ci-dessous) dit l’incertitude de l’âge adulte — ce moment où les repères vacillent plus qu’ils ne s’installent. Au cœur de l’EP, une question revient sans cesse : comment être vu pour ce que l’on est réellement ? « Accorder ma confiance, comme j’aimerais qu’ils rencontrent / Ce qu’il y a dans ma tête / C’est moi et moi-même », chante-t-il dans Arlequin. 

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Ce qui frappe, dans cette écriture à fleur de peau, c’est qu’elle ne se replie jamais sur elle-même. Parler de soi, de sa difficulté d’être au monde, n’est pas une fin en soi, mais un point de départ, qui vaut pour lui, bien entendu, mais aussi pour les nombreux « gamins un peu dérangés » qui doivent continuer à exister dans une société qui les a parfois marqués au fer rouge. 

Cette démarche trouve son aboutis-sement dans le dernier titre, Tout nu, qui agit comme une profession de foi artistique autant qu’existentielle : « Tout nu, moi c’est comme ça que je veux apparaître / Tout nu, comme sur les fresques, les peintures et les statues / J’ai la peau fragile et sûrement trop de pudeur / Regardez-moi sans prendre peur. »

Se mettre à nu, au sens propre comme au figuré : pas pour faire de la provoc facile, mais plutôt pour lancer à ceux qui voudront bien l’entendre : « voilà vous savez qui je suis, on peut apprendre à se connaître ». La vulnérabilité s’est transformée en force. Maintenant, aux autres d’en faire ce qu’ils veulent.

Photo : Capture écran clip d'Anhédonie. 

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