La fin du monde est proche. Bientôt les quelques terres encore émergées seront rayées de la carte. Dans une base spatiale à l'abandon du nord de l'Europe, grignotée par la rouille et les embruns, une poignée de survivantes s'affaire autour d'une intelligence artificielle baptisée Memory Palace. Ces femmes, astronaute, hackeuse, high-technicienne, journaliste et botaniste, savent qu'elles sont condamnées à mourir, alors elles se sont données une ultime mission: envoyer en orbite les archives de l'humanité, une fusée dans l'espace comme une bouteille à la mer, pour que ces millions de vies presque toutes déjà éteintes continuent de briller ailleurs, un jour, peut-être. Une étincelle d'espoir par-delà le déluge.
Il s'agit du premier roman de Léa Cuenin. Mêlant science fiction et vision queer-féministe, l'autrice tisse un récit autant captivant que poétique, à la chronologie savamment éparpillée, et à l'écriture d'une grande finesse. On le lirait presque d'une traite, tant le style est enlevé, les mots affleurant presque dans un souffle. Ses personnages aux caractères bien trempés sont attachants.
Mues par une idée altruiste, belle et radicale, aux antipodes de la conquête spatiale des milliardaires fous et phallocrates de notre époque, les héroïnes de Léa Cuenin mènent leur projet mémoriel en s'entraidant. L'union fait la force. Celle de Memory Palace réside dans son inspirante leçon de féminisme, presque l'air de rien.
Memory Palace de Léa Cuenin, Ed. Rivages, 240 p., 20€.
