Nous sommes les deux fondateurs de Chems Pause et à travers cette tribune nous prenons la parole afin de défendre deux urgences face à la vague du Chem Sex : rompre le silence et rompre la solitude. Communiquer et informer massivement au sein de nos communautés et au-delà pour changer les regards. Créer des espaces de soin, tisser des liens, et proposer des alternatives désirables aux plaisirs chimiques.
Le chemsex dérange. Il met mal à l’aise. Alors on en parle peu. Ou mal.
Et pourtant, il est là. De plus en plus présent, de plus en plus visible pour celles et ceux qui y sont confronté·es, directement ou indirectement.
Le chemsex, ce n’est pas seulement une question de produits.
C’est aussi une question de désir, de sexualité, de lien.
Dans un monde où les rencontres passent souvent par des applications comme Grindr, où tout va vite, où le désir est immédiat, accessible, parfois consommable, beaucoup cherchent une intensité, une connexion, une façon de se sentir vivant·e, désiré·e, à sa place.
Les produits viennent parfois amplifier cela.
Ils désinhibent. Ils prolongent. Ils intensifient.
Mais ils peuvent aussi, progressivement, prendre plus de place que prévu. Et parfois, il y a des drames. Des overdoses.
Des hospitalisations en urgence.
Des vies qui basculent, brutalement ou silencieusement.
Ces situations restent encore trop souvent tues, minimisées ou reléguées dans l’ombre. Pourtant, elles existent. Et elles touchent particulièrement notre communauté.
Ce qui se joue là ne sort pas de nulle part.
Le stress minoritaire, les LGBTQIA+phobies, le racisme, la grossophobie, la serophobie, le harcèlement scolaire, les ruptures affectives ou familiales sont autant d’expériences qui fragilisent et qui isolent.
À cela s’ajoutent des parcours de vie marqués par des blessures, des abus sexuels, des troubles psychiques, ou simplement un profond sentiment de solitude. Et cette solitude est centrale. Des plaisirs chimiques, oui. Mais souvent des amours solitaires.
Des désirs sans ancrage durable.
Des liens qui existent le temps d’un moment, puis disparaissent. Cette illusion que l'effet des produits nous a donné, puis reprit.
Il n’y a pas de honte à chercher, à un moment de sa vie, du plaisir, du réconfort, une échappatoire.
Quand on se sent mal, seul·e, anxieux·se, en décalage ou fragilisé·e, on cherche parfois une solution pour apaiser ce qui fait mal.
Mais parfois, l’équilibre se rompt.
Les usages deviennent plus fréquents, plus nécessaires.
Les produits prennent le dessus.
Le lien aux autres s’appauvrit. L’isolement s’installe.
Et c’est souvent à ce moment-là que la parole devient la plus difficile.
Parce que le regard des autres pèse.
Parce que la peur d’être jugé·e, rejeté·e, étiqueté·e empêche de demander de l’aide.
Le silence ne protège pas. Il enferme.
La stigmatisation n’aide pas. Elle éloigne.
Nous écrivons aussi à partir de nos histoires.
Je m’appelle Jean-Patrick. J’ai pratiqué le chemsex. Je sais ce que l’on y cherche, ce que l’on y trouve parfois, et ce que l’on peut y perdre aussi.
Je m’appelle Sébastien. J’ai été aux côtés d'amis et d'amours confrontés à l’addiction. J’ai vécu la difficulté d'accompagner quelqu'un de proche et de rester présent quand les produits prennent toute la place. C’est de ces expériences qu’est née Chems Pause.
Chems Pause, ce sont des groupes de parole, des espaces où chacun·e peut venir tel·le qu’iel est, sans jugement.
C’est la possibilité de mettre des mots sur ce que l’on vit, de ne plus être seul·e avec ses questions, ses doutes, ses difficultés.
C’est aussi un travail autour du lien social, à travers des activités collectives comme le sport, des sorties ou des moments partagés, pour sortir de la solitude, de l’isolement et parfois découvrir d’autres façons d’exister et de se relier aux autres.
Ce que nous défendons est simple. Recréer du lien là où il s’est fragilisé.
Le chemsex reste un espace ambivalent.
On peut y trouver du plaisir, du désir, parfois de la connexion. Mais il n'est pas la solution, simplement une réponse.
Il peut aussi exposer à des situations de vulnérabilité, de perte de repères, de dépassement des limites que l'on ne voulait pas dépasser.
Pouvoir en parler sans être jugé·e est essentiel.
Aujourd’hui, nous lançons un appel.
À la communauté LGBTQIA+. Prenons soin les un·es des autres. Osons parler du chemsex sans honte ni banalisation. Soyons attentif·ves, présent·es, solidaires.
Tendre la main peut faire une différence immense.
À celles et ceux qui se reconnaissent dans ces lignes.
Vous n’êtes pas seul·es.
Des espaces existent. Chems Pause en fait partie.
Pousser une porte, venir écouter, parler ou simplement être là peut être un premier pas. Refuser le silence. Refuser le rejet.
Et reconstruire, ensemble, des liens plus solides, plus humains.
CHEMS PAUSE
https://chemspause.fr/association/
0768011958 (SMS / WhatsApp)
Groupes de parole gratuit ouvert à tous•tes le vendredi 19h30 - 21h 30
La Bulle, 22 rue Malher Paris 4.

