TRIBUNE - Combien de morts avant qu'on en parle vraiment ?

C'est une question qui continue de se poser en 2026. Une question qui ne devrait plus avoir lieu d'être, tant les alertes se multiplient, tant les reculs sont visibles, tant les violences sont documentées. Pourtant, année après année, le même constat s'impose : à l'approche du Mois des Fiertés, les droits LGBTQIA+ réapparaissent dans l'espace médiatique avant d'en disparaître presque aussitôt.

 

Le Mois des Fiertés, tel qu'il est souvent traité aujourd'hui, est devenu un mois de visibilité de surface. Les logos arc-en-ciel fleurissent, les portraits inspirants se multiplient, les opérations de communication se succèdent. Mais ce qui est beaucoup plus rarement mis en lumière, ce sont les réalités vécues par les personnes LGBTQIA+ durant les onze autres mois de l'année.

Il y a quelques semaines, Noahm, 19 ans, est mort en France dans un contexte de violence homophobe. Comme trop souvent, l'émotion a été brève. Quelques articles, quelques réactions, une minute de silence à l'Assemblée nationale sans que les causes profondes de cette violence soient pleinement nommées, puis le silence. Le sujet s'est refermé. Comme il se referme presque toujours.

Et lorsque juin arrive, rares sont ceux qui établissent le lien entre ces drames et l'existence même du Mois des Fiertés. Pourtant, c'est précisément pour cela qu'il existe encore.

En France, les agressions homophobes et transphobes augmentent. Les chiffres sont connus, publiés, accessibles. Mais ils peinent à trouver leur place dans le récit médiatique dominant du Mois des Fiertés, souvent réduit à une célébration dépolitisée. La réalité des violences, des discriminations et des inégalités reste trop souvent reléguée au second plan.

Le Mois des Fiertés devrait être un moment de bilan collectif. Un moment pour regarder en face les avancées obtenues, mais aussi les reculs observés. Un moment pour entendre celles et ceux qui continuent de se battre pour leurs droits. Trop souvent, il devient un exercice de communication qui permet de manifester son soutien sans interroger les réalités auxquelles les personnes LGBTQIA+ sont confrontées.

Pendant ce temps, le monde continue de basculer.

Au Sénégal, les relations entre personnes de même sexe sont désormais passibles de peines pouvant aller jusqu'à dix ans d'emprisonnement. Au Niger, une loi prévoit jusqu'à vingt ans de prison pour les personnes homosexuelles. Derrière ces textes, il y a des vies brisées, des arrestations, des violences et une hostilité institutionnalisée qui progresse à mesure que certains responsables politiques font des personnes LGBTQIA+ des boucs émissaires commodes.

Et ce recul ne concerne pas seulement des pays lointains. Au moment même où certains continuent de présenter les droits LGBTQIA+ comme une cause déjà gagnée, plusieurs États américains restreignent l'accès aux soins pour les personnes transgenres, limitent leur reconnaissance juridique ou remettent en cause leur place dans l'espace public. La réalité est simple : aucun droit n'est définitivement acquis.

Des États-Unis à l'Afrique de l'Ouest, en passant par plusieurs pays européens, les offensives contre les droits LGBTQIA+ se multiplient et s'alimentent mutuellement. Elles reposent souvent sur le même récit : faire des minorités sexuelles et de genre les responsables des inquiétudes d'une société en crise. 

Des protections obtenues après des décennies de lutte sont fragilisées. Des discours de haine se banalisent. Ce qui paraissait impensable il y a dix ans devient progressivement acceptable dans le débat public.

Le Mois des Fiertés devrait être l'occasion de mettre ces réalités au centre des discussions. Il devrait être un temps politique autant qu'un temps de célébration.

Car il ne s'agit pas d'opposer la joie à la vigilance. La possibilité de vivre librement, d'aimer librement et d'exister librement demeure une conquête précieuse qui mérite d'être célébrée. Mais cette célébration ne peut pas devenir un écran qui masque les combats encore en cours.

Les droits LGBTQIA+ ne sont pas un sujet saisonnier. Ils ne deviennent pas urgents en juin pour cesser de l'être en juillet. Les discriminations, les violences et les atteintes aux droits fondamentaux ne disparaissent pas une fois les drapeaux rangés.

Un Mois des Fiertés qui n'interroge pas cette réalité risque de devenir un mois de bonne conscience plutôt qu'un mois de mobilisation. Un droit que l'on croit définitivement acquis est souvent un droit que l'on a simplement cessé de défendre. Et un combat que l'on ne regarde qu'un mois par an est un combat que l'on fragilise.

Pendant que certains considèrent encore le Mois des Fiertés comme une simple célébration, des personnes meurent parce qu'elles sont LGBTQIA+ , d'autres sont agressées, et certaines risquent aujourd'hui jusqu'à vingt ans de prison pour avoir aimé la mauvaise personne aux yeux de leur gouvernement.

Voilà pourquoi ce combat demeure d'actualité.

Voilà pourquoi il mérite mieux qu'un mois de communication.

Combien de morts avant qu'on en parle vraiment ?

En 2026, cette question reste sans réponse. Et c'est précisément cela qui devrait tous nous inquiéter.

 

Signataires :

Sam Zirah, Journaliste et créateur de contenu

Mathieu CesChin, CEO AIMEZ VOUS
Président de l’association “Familles LGBT”

Mathis Grosos, Journaliste et créateur de contenu

Ethel Hadjadj, Humoriste

Elias Medini (Lyas), Journaliste mode

Geoffrey Kaudjhis, Créateur de contenu

Pablo Pillaud-Vivien, Rédacteur en chef de Revue Regards

Ermanno Bernaba di Biua, Chroniquer Aja

Enzo Trapiana, Frenchie Shore

Christophe Beaugrand, Journaliste / Animateur

Roxanne Ostyn, Créatrice de contenu

Louis Eclair, Créateur de contenu

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