Marine Le Pen a annoncé sur TF1 ce mardi 7 juillet sa candidature à l'élection présidentielle, et confirme vouloir Jordan Bardella comme Premier ministre. Une mauvaise nouvelle pour la communauté LGBT+.
Dans une vidéo postée sur ses réseaux le 13 octobre 2021, Marine Le Pen se met en scène en train de regarder la vidéo de l’agression homophobe survenue deux semaines auparavant devant le lycée Rosa-Parks de Montgeron, dans l’Essonne : “des agressions sauvages, homophobes comme ça, avec moi on ne tolérera pas ça.” Le message veut placer le RN aux côtés d’autres partis européens d’extrême droite, comme le parti populaire danois, le parti de la liberté aux Pays-Bas, les démocrates de Suède ou encore L’Alternative pour l’Allemagne (présidé par Alice Weidel, femme politique ouvertement lesbienne), dont les discours articulent islamophobie et défense des LGBT.
Seulement dans les faits, l’extrême droite, et le Rassemblement national en particulier, sont loin d’être des alliés. Si, dans les années 1980, le fondateur du Front national, Jean-Marie Le Pen, parle de l’homosexualité comme d’une “anomalie biologique et sociale”, et suggère de parquer les malades du sida dans des sidatoriums, sa fille, Marine Le Pen, a depuis repris le flambeau de l’homophobie familiale. Bien qu’absente en 2012 des manifestations contre le Mariage pour tous (ce qui ne fut pas le cas de nombre d’élus du Front national à l’époque, comme Bruno Gollnisch, Marion Maréchal, Gilbert Collard, Louis Aliot et même Steeve Briois, maire gay d’Hénin-Beaumont), elle s’engage à abroger la loi une fois arrivée au pouvoir, et apporte son soutien aux maires refusant de célébrer les unions, s’engouffrant alors dans la brèche ouverte par François Hollande avec la “liberté de conscience”.
La présidente du RN, qui s’oppose aujourd’hui à la reconnaissance des enfants nés d’une GPA à l’étranger, a également voté contre la PMA pour toutes en 2021. En 2024, le groupe RN à l’Assemblée a proposé une loi “visant à protéger les mineurs contre certaines pratiques médicales et chirurgicales en matière de « transition de genre »”, revenant purement et simplement à “interdire tout traitement médical et hormonal de transition de genre aux mineurs”, et ce malgré les recommandations scientifiques internationales. (À ce sujet, l’association Outrans précise dans son manuel d’autosupport que “le principe de ces traitements est de «mettre en pause » la puberté afin de laisser le temps à l’adolescent·e trans de mûrir sans avoir à subir l’expérience d’une « mauvaise » puberté, et de choisir quelle puberté enclencher quand la personne se sent prête.”).

Marine Le Pen a aussi soutenu la loi visant à interdire la “promotion” de l’homosexualité auprès des mineurs de l’un des dirigeants européens les plus homophobes, le hongrois Viktor Orban, dont elle a reçu le soutien lors de la présidentielle de 2022. Elle déclare d'ailleurs sur France Inter, le 23 juin 2021, répondant à une critique de Clément Beaune cité par Nicolas Demorand : “je pense que Monsieur Beaune devrait d’abord s’interroger de savoir si dans tous les quartiers de France, les homosexuels peuvent marcher dans la rue en se tenant par la main. (...) Il s’avère en l'occurrence que les droits des homosexuels ne sont pas respectés dans toute une série de zones de non droit en France. (...) Moi, en ce qui me concerne, je suis tout à fait opposée à quelque discrimination que ce soit, et je pense qu’il ne faut faire la promotion d’aucune sexualité auprès des mineurs.” La loi hongroise, inspirée de celle promulguée en Russie interdisant la “propagande homosexuelle”, vise à supprimer toute référence aux LGBT dans les livres jeunesse ou dans les publicités, notamment au nom de la lutte contre… la pédophilie. Cette position de Marine Le Pen n’est pas surprenante, quand on sait qu’en 2018 les 18 élus du Rassemblement national ont voté contre l’interdiction des “thérapies de conversion” au Parlement européen.
En 2019, à peine arrivé à Bruxelles, Jordan Bardella, aligné sur les eurodéputés de son parti, s’est abstenu de voter la résolution contre la condamnation à mort de l’homosexualité en Ouganda, tout en votant contre la résolution contre les discours de haine envers les personnes LGBTI en Europe et les zones anti-LGBT en Pologne. En 2021, il a voté contre la résolution proclamant l’Union européenne comme zone de liberté LGBTIQ et contre la résolution en faveur des droits des personnes LGBTI+.
En 2023, il a voté contre la résolution législative sur les sujets de parentalité, s’est abstenu sur la résolution sur la hausse des crimes de haine contre les personnes LGBTIQ+, et était absent au vote sur la résolution pour la dépénalisation universelle de l’homosexualité. En 2024, alors que 4800 infractions à caractères homophobe ou transphobe étaient enregistrées en France selon le ministère de l’Intérieur, soit une hausse de 5% par rapport à l’année précédente, Jordan Bardella a cette fois voté contre la résolution du Parlement européen du 8 février 2024 relative à la mise en œuvre de la stratégie de l’Union en faveur de l’égalité des personnes LGBTIQ pour la période 2020-2025…
En avril 2026, Jordan Bardella et les élus RN du Parlement européen ont refusé de soutenir l'interdiction des "thérapies de conversion" en Europe, pratiques assimilables à de la torture à l'encontre des LGBT+.

