Edito Strobo #48 juilllet-août 2026 : engagez-vous ! 

Franck Desbordes

Bien évidemment, nous avons de bonnes nouvelles sur le front de la fierté : un calendrier de plus en plus fourni. Les Marches éclosent comme des roses dans la fraîcheur du matin partout dans le pays. Avec cortèges, slogans, chars artisanaux, associations et artistes locaux : il y a de la joie et de la visibilité pour qui pense encore que les LGBTQIA+ ne vivent que dans les grandes villes.

Souvent Strobo est sur place et voit un mix réussi entre sens de la fête et militantisme. 
Dans ma génération, j’ai pu entendre les récits de la première marche parisienne, en 1977, puis celle de 1981, avec une dizaine de milliers de personnes, de bien glorieux débuts. En Île-de-France, aujourd’hui, plusieurs marches coexistent. Outre la principale Marche des fiertés, reportée à septembre, la Pride des Banlieues vit un bel essor, avec peut-être un public nettement plus jeune. La Global Black Pride débarque à Paris en septembre 2026. On peut aussi participer chaque année à la Pride Radicale, à la Marche des visibilités lesbiennes, à l’ExistransInter ou les faire toutes, pourquoi pas ?


Cette année à Lyon, le centre LGBTI officialise ses désaccords avec le Collectif Fiertés en Lutte en organisant sa propre Pride. Il y a donc deux marches dans une même ville. Faut-il s’en réjouir ou le regretter ? Est-ce l’union qui fait la force, ou la diversité qui donne de la force aux messages ? Le choix du verbe est important : s’agit-il de marcher, de faire la fête, de revendiquer des droits ou de se rebeller comme à Stonewall en 1969 contre la double violence des flics et des mafieux ? En 2026, on peut penser que s’afficher en nombre pour faire corps, c’est se préparer à se battre pour garder les quelques droits acquis. La Pride de New York regroupe 2,5 millions de personnes, dans un grand pays où le recul des droits LGBTQI+ est dramatique : les attaques contre les personnes trans sont ignobles et déshumanisantes. Les experts les plus sérieux prévoient une hausse des contaminations au VIH, par un arrêt brutal du soutien à la prévention.


Il est bien sûr possible de se déchaîner sur les réseaux, de juger que telle ou telle structure « fait trop de politique ». OK, mais quoi de plus politique que nos droits ? Faut-il réécouter un podcast qui raconte les procès, les arrestations, le flicage des amours interdites * ? Bien sûr, il y aura forcément, dans la Marche de votre ville, quelque chose qui pourra, sans trop de gravité, heurter vos convictions. Car certains membres de la communauté se sentent, et c’est légitime, effacés ou bien peu écoutés. Alors, juste avant l’été, le soleil, les vacances, un seul mot d’ordre : si la façon de militer des organisateurs de la marche vous irrite, si vous jugez que telle ou telle structure est noyautée ou se trompe de direction, lancez-vous. Engagez-vous, offrez votre temps, votre énergie, vos forces. Les combats LGBTQIA+ ont toujours besoin de bras et de cerveaux. Engagez-vous et savourez. Vous verrez, c’est souvent joyeux. Et toujours animé.

Franck Desbordes, directeur de la publication

* www.radiofrance.fr/franceinfo/podcasts/les-documents-franceinfo/nous-etions-des-rats-un-des-derniers-condamnes-pour-homosexualite-revient-sur-le-combat-de-badinter-2041173

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