Félix Auvard dévoile Summerboy, une romance queer entre rêve, humour et fantastique

Alexis Massoutier

Avec Summerboy, publié aux éditions Dargaud, Félix Auvard signe un récit où la romance rencontre le fantastique. Dans cette bande dessinée, l'auteur raconte la rencontre entre Abel et Paul, deux jeunes hommes que tout semble opposer, dans un monde bouleversé par une mystérieuse catastrophe.

Loin des récits centrés uniquement sur les difficultés liées à l'homosexualité, Summerboy explore la découverte de soi, les premiers sentiments et les liens qui se créent lorsque le monde extérieur disparaît. Entre humour, émotion et poésie visuelle, Félix Auvard imagine une histoire d'amour queer portée par des personnages attachants et un univers aussi étrange que lumineux.

À l'occasion de la sortie de l'album, l'auteur revient sur la naissance de Summerboy, ses inspirations et la manière dont il a souhaité raconter une histoire où l'amour, la différence et la liberté occupent une place centrale.

 

Strobo Mag : Comment est née l'idée de Summerboy ? Est-ce que vous aviez d'abord en tête l'histoire d'amour ou l'univers fantastique ?

Félix Auvard : Les premières images qui me sont venues n'étaient pas celles d'une romance. Depuis le confinement, j'avais en tête l'idée d'un monde suspendu, isolé, avec une forte envie de paysages. L'image de l'eau qui engloutit tout s'est imposée assez vite : c'était une manière de représenter une pause forcée. Cette métaphore de l'eau qui recouvre tout me plaisait, et j'avais envie de créer des personnages qui cherchent à prendre leurs distances avec le monde réel. Je ne veux pas trop en dévoiler pour ne pas spoiler l'histoire, mais c'est vraiment cette mise en scène qui est venue en premier.

Ensuite, j'ai développé la romance pour permettre aux lecteurs d'entrer dans cet univers. Les personnages secondaires sont assez loufoques, loin des stéréotypes, avec un côté breton. La romance apportait aussi quelque chose de plus lumineux et de moins mélancolique. Je suis un auteur qui aime la comédie et l'humour, et je voulais dès le départ raconter avant tout une histoire de rencontre.

Strobo Mag : Abel et Paul sont deux personnages très différents. Comment les avez-vous construits et qu'aviez-vous envie de raconter à travers leur rencontre ?

Félix Auvard : Ces personnages me sont venus presque immédiatement. J'ai d'abord commencé par les dessiner, puis j'ai creusé leur personnalité au fil de l'écriture.

Abel, je voulais qu'il soit bien dans ses baskets. Il est déjà libéré, il n'y a pas de question de coming out pour lui. À l'inverse, Paul est encore bloqué dans sa situation et n'arrive pas à envisager l'avenir. Leur rencontre est donc surprenante pour tous les deux.

Abel est un personnage qui n'a pas peur de s'engager ni de vivre de nouvelles expériences. Au premier abord, on pourrait croire qu'il se laisse simplement porter par les événements, mais lorsque la catastrophe survient et qu'ils se retrouvent coincés, il révèle une autre facette de sa personnalité. C'est le premier à paniquer, mais aussi le premier à retrouver son calme. Il sait ce qu'il a gagné dans cette nouvelle situation et décide d'en faire quelque chose de positif. Face à l'imprévu, il devient responsable de ses sentiments comme de la situation, et avance avec ce qu'il est et ce qu'il ressent.

Strobo Mag : Votre album parle d'une première histoire d'amour entre deux garçons avec beaucoup de naturel. Était-ce important pour vous de proposer cette représentation, sans en faire le sujet principal du récit ?

Félix Auvard : J'avais avant tout des envies de dessin. Je voulais mélanger des idées de mise en scène avec des images qui me faisaient rêver : la mer, de grands ciels de nuit, des scènes d'exploration... Je pense que j'aurais été moins à l'aise avec une romance très réaliste, ancrée dans des décors du quotidien.

Je ne sais pas si le fantastique est une façon, pour moi, d'être plus à l'aise, mais cette part de loufoquerie me permet de raconter les choses plus librement. Les personnages deviennent alors des leviers pour mettre des mots sur certaines émotions ou certaines idées.

Les personnages secondaires ont aussi un rôle important. Certains portent une forme d'innocence, d'autres sont davantage enfermés dans les imaginaires ou les idées qu'on leur a transmis. À l'inverse, certains accueillent la différence avec beaucoup de simplicité. C'était une manière d'évoquer différentes façons de réagir face à l'inconnu ou à ce qui sort des normes.

Strobo Mag : L'aquarium occupe une place centrale dans l'histoire. Pourquoi avoir choisi ce lieu si particulier pour faire évoluer vos personnages ?

Félix Auvard : C'est un endroit qui existe vraiment : l'aquarium de Granville, en Normandie. J'aime beaucoup ce lieu parce qu'il ne se résume pas à son aquarium. On y trouve aussi des sculptures, des installations et des éléments parfois un peu absurdes. Je trouvais que cela correspondait parfaitement à l'univers que je voulais créer.

Pour moi, c'est aussi un lieu qui invite à l'observation. Quand on est devant un aquarium, on regarde le monde sans vraiment y prendre part. Cette idée fait écho au personnage de Paul, qui est un peu bloqué dans sa vie et observe davantage qu'il n'agit.

Il y a aussi un symbole qui m'amusait beaucoup : le poisson que l'on voit dès la première page est un combattant. Deux mâles placés dans le même bocal finissent par se battre. J'aimais cette image de deux mâles enfermés dans un même espace, où tout semble annoncer le conflit… alors que, dans Summerboy, c'est finalement tout autre chose qui va se produire.

Strobo Mag : Entre romance, humour et fantastique, Summerboy mélange plusieurs genres. Est-ce un équilibre que vous recherchiez dès le début de l'écriture ?

Félix Auvard : Tout à fait. Je viens de la bande dessinée humoristique et je me suis demandé comment aborder des sujets qui demandaient davantage de développement. Ce qui est assez curieux, c'est que lorsque j'imagine de nouveaux récits, mes premières idées sont souvent très premier degré. J'ai envie de raconter de grandes histoires, mais ce n'est pas forcément ce qui me ressemble le plus, car, dans la vie, je suis quelqu'un qui passe beaucoup par l'humour.

Avec Summerboy, j'ai trouvé un équilibre qui me convient. J'avais envie d'être sincère dans les sentiments, tout en conservant une touche d'humour. J'ai l'impression d'avoir trouvé une bonne dynamique et un ton qui me correspond vraiment.

Je voulais raconter l'histoire de jeunes personnages avec des scènes d'émotion très pures, tout en proposant différents regards sur une même situation. Pour moi, l'humour et la sensibilité ne s'opposent pas, ils se complètent et permettent de rendre les personnages plus vivants.

Strobo Mag : Si les lecteurs et lectrices ne devaient retenir qu'une seule émotion ou un seul message après avoir refermé Summerboy, lequel aimeriez-vous que ce soit ?

Félix Auvard : On m'a aussi souvent demandé si Abel et Paul finissaient ensemble. Au fond, ce n'est pas la question qui m'intéresse le plus. Ce que je voulais transmettre, c'est cette sensation douce-amère que l'on ressent à la fin d'une colonie de vacances ou à la fin de l'été, on se demande si l'on recroisera un jour les personnes avec qui l'on a partagé quelque chose d'important.

J'aimerais que les lecteurs ressentent à la fois la joie d'avoir vécu cette aventure aux côtés des personnages et une certaine mélancolie au moment de les quitter. C'est ce mélange d'émotions qui, pour moi, marque la fin de Summerboy.

 

Summer Boy de Felix AUVARD Ed. DARGAUD à 23,50€

 

Pour l'album : © DARGAUD 2026
Pour les photos de Felix : © Rita Scaglia

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