Trans amazone : une ode au plaisir essentielle

Luc Biecq

La sociologue McKenzie Wark est l’autrice de l’essai punk rock sexy de l’été. Une ode au plaisir comme on en lit bien trop rarement. Voici 5 bonnes raisons de s’y plonger.

1 Pour le sexe sous substance. On croit avoir tout lu, cette fois-ci, c’est plus finement raconté. L’autrice décrit les moments les plus délicieux et les plus foireux, sans cesser de trifouiller dans le magma de ses pensées contradictoires. Le scan détaillé de sa première longue relation avec un amant, très longtemps avant qu’elle n’entame sa transition à l’approche de la soixantaine, est éloquent : écrire sur le sexe, sur l’amplification des sensations n’est pas donné à tout le monde. Son goût immodéré de la bite est exposé avec une délectation à la fois précise et distanciée, fascinante.

 

2 Pour les quêtes de soi. Marquée par le traumatisme de la mort de sa mère à l'âge de 6 ans, McKenzie raconte avoir eu besoin d’expériences intenses pour se reconnecter aux autres et apprendre à ne pas être uniquement spectatrice de ses gestes. Sa quête, avec défonces (alcool, ecstasy, héroïne) et « baises vigoureuses », fait alterner la « monogamie salope » avec une love-story qui la lie à une amante entretenue et polyamoureuse. C’est un des aspects les moins cités de son travail : c’est une excellente portraitiste des personnes et des sentiments.

 

3 Pour son parcours de vie hors des normes : l’autrice est à la fois spectatrice effarée du « clonage » communautaire gay en Australie, notamment quand elle travaille dans un sex-shop avec cabines, et amatrice des grandes soirées techno-queer ou de partouzes organisées. C’est un récit en puzzle explosé qui partage, au rythme des soubresauts, le goût du vertige. Sans tristesse.

 

4 Pour le lien entre extase et effa-cement : la « maîtrise du destin », elle n’y croit pas, c’est une injonction capitaliste et la dame est marxiste. C’est en expérimentant des pratiques sexuelles comme la pénétration anale extrême qu’elle côtoie l’extase et frôle l'oubli de soi. L'autrice y cherche un abandon absolu : « baise-moi jusqu'à ce que je n'existe plus » ou « mon corps n’était qu’un monde nu, grand ouvert et trempé ».

 

5 Pour l’honnêteté : l’autofiction n’est pas toujours sexy. Ici, elle  l’est, autant que la trajectoire est exceptionnelle. Impossible d’imaginer une chercheuse qui enseigne à l’université proposer pour le publier un tel texte en France. L’autrice raconte le déclic qui l’a décidée à entamer une transition de genre et explique quelques lignes avant l’art de lubrifier un gode très large. Mariée et maman, elle va aujourd’hui chercher sa fille à son cours de karaté, à New York où elle vit. Critique et cool, elle dynamite les frontières du gay et du queer, grâce à la multiplicité des vies contenues dans une seule. Un propos qui emportera toute personne qui lit ce livre bien loin de la haine de soi.

McKenzie Wark, Trans amazone, traduit de l’anglais (États-Unis), Plon, 224 p, 21€.

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