Depuis quelques mois, le nouveau directeur du sauna gay parisien IDM mène une politique d’inclusion des personnes trans dans son établissement. Une évolution, plus qu’une révolution, qu’il tente de mener en douceur.
Le drapeau arc-en-ciel et le drapeau trans flottent côte à côte à l’entrée du sauna IDM, au fond de la cour du 55, rue du Faubourg-Montmartre, à Paris.
Ils symbolisent la politique inclusive mise en place depuis quelques mois par le nouveau directeur du lieu, Logan Youbi. IDM est un sauna gay ouvert officiellement depuis 1982 : 550 mètres carrés répartis sur cinq niveaux.
Logan n'en fait pas mystère : ce qui l'a poussé à faire évoluer les choses, c'est qu'il est lui-même directement concerné. « Moi-même, parfois, en tant que personne trans, je cherche des établissements, des lieux de consommation sexuelle queer, mais il n'y en a pas. »
Pour autant, remédier à ce manque ne signifie pas transformer en profondeur l'identité du lieu ou de sa clientèle, tient-il à préciser. « On ne va rien changer par rapport au fait que la société et le monde gay sont hyper phallocentrés. En revanche, on peut essayer de mettre en place une visibilité des choses pour qu'on se rende compte que la culture gay, ce n'est pas juste des hommes cis. »
Cette ouverture a commencé par les shows porno mensuels, au cours desquels des performers ont des relations sexuelles devant les clients. En octobre dernier, Logan a ainsi invité les artistes trans Ari Velvet et Equinox.
« On s'est dit qu'on allait commencer par les shows porno parce que c'est cet outil-là qui nous ramène le plus de visibilité. Il y a un show tous les mois et un after, qui a aussi pour but de ramener une clientèle un petit peu plus queer. » L'objectif était également de montrer « que le sexe dans la culture gay, ne se réduit pas une sodomie. C'est plein de choses, c'est plein de gens, plein de corps différents ».
L'évolution se veut progressive. « L'idée, c'est de faire les choses doucement : l'after est sur une autre tranche horaire, de 5 h à midi. C'est une autre typologie de clientèle et on a une clientèle un petit peu plus féminine ; on va retrouver un peu plus de femmes trans. Ça permet aux personnes de mettre une première fois les pieds à IDM et de revenir par la suite en semaine, et que ça soit un petit peu plus éclectique. »
Une atmosphère berlinoise
Nicolas, un homme gay cis habitué des lieux, voit cette ouverture d'un très bon œil.
« Pour l'instant, je n'ai pas encore vu les effets sur le profil de la clientèle. Par contre, j'ai eu l'occasion d'assister à une soirée avec un show porno réunissant des acteurs gays cis et FTM. Et franchement, c'était génial. J'avais l'impression de revivre, par procuration, l'atmosphère à la fois sexuelle et inclusive de certaines soirées berlinoises où l'on peut se retrouver dans une backroom à côté de mecs, de nanas cis ou trans, d'hétéros, d'homos, de bis… Et les personnes qui ont assisté au show ont eu l'air de beaucoup apprécier aussi. »
Pour ceux qui craindraient de voir la clientèle changer radicalement, Logan se veut rassurant : « nous sommes un sauna queer et gay. Pour ceux qui craignent qu'il n'y ait plus d'hommes… Cela ne sera pas le cas. Il y a quand même une histoire de nombre, les personnes trans ne sont pas 4 millions… »
Il rappelle également que côtoyer des personnes dans un sauna, qu'elles soient cis ou trans, ne signifie pas avoir des relations sexuelles avec chacune d'entre elles. Cette inclusivité peut donc aussi permettre à des personnes qui n’évoluent pas dans les mêmes espaces à l’extérieur d’apprendre à se connaître.
Actions de dépistage et futur numéro d’écoute
L'établissement a également noué des partenariats avec l'Enipse et l'association Acceptess-T, qui organise des actions de dépistage chaque dimanche. Au-delà de l'aspect prévention, Logan y voit une manière de faire comprendre aux personnes concernées qu'elles ont aussi leur place dans le lieu : « tu n'es pas juste passée entre les mailles du filet, tu es aussi ici chez toi. »
Le directeur travaille par ailleurs à la mise en place d'un numéro d'écoute consacré à la fois à la santé sexuelle et aux questions de transidentité. « Il y a énormément de personnes qui découvrent qu'elles sont trans par leur sexualité. D'où l'importance de parler de ça dans un lieu de consommation sexuelle. »
Parce qu'un sauna ne se résume pas à sa clientèle mais repose aussi sur son personnel, Logan explique qu'un travail de formation est en cours auprès des employés. Il reconnaît que des maladresses peuvent survenir, mais estime qu'elles seront corrigées avec le temps.
Après quelques mois d'expérimentation, le bilan lui paraît positif : « je suis content parce qu'il y a des résultats clairs en termes de diversité, en termes de gens qui se sentent bien, testent de nouvelles choses. »
Nicolas, qui sait que tous les habitués ne partagent pas nécessairement son enthousiasme, estime toutefois que cette évolution devra s'inscrire dans la durée : « il faut voir sur le long terme comment la clientèle historique d'IDM va appréhender cette ouverture. Peut-être que ça impliquera un peu d'accompagnement pédagogique sur les règles fondamentales du respect et de l'inclusion. »
Cela tombe bien : c'est précisément ce qui est prévu.

