Nos backrooms et saunas bientôt interdits ?

Franck Desbordes

L’affaire n’a fait que peu de bruit dans les médias cet été. Et pourtant, une décision du Conseil d’État pouvant désormais faire jurisprudence, pourrait bien légitimer à terme la fermeture de nos lieux de rencontre en France. Ceci au nom de « l’atteinte à la dignité humaine », un principe qui écrase les droits individuels d’avoir des pratiques sexuelles entre adultes consentants.

Au début de cette histoire, un établissement hétéro, le Factory exploité par la société Z Machine, qui s’est installé en sous-sol d’un immeuble dans le 15ème arrondissement de Paris, provoquant la colère des riverains et des copropriétaires de l’immeuble à cause des va-et-vient incessants et de possibles racolages et consommation de produits stupéfiants sur la voie publique. Tout ce petit monde créant des embouteillages dans l’entrée de l’immeuble et dans les parties communes, en attendant de pouvoir entrer au Factory, gênant ainsi la libre circulation des habitants de l’immeuble. On peut logiquement comprendre leur agacement. D’autant plus que ce lieu organisait jusqu’à 3 gang-bangs par jour avec en général une ou plusieurs femmes consentantes et un nombre d’hommes beaucoup plus conséquent. C’est le principe du gang-bang : un passif ou une passive pour plein d’actifs (nous sommes nombreux à en rêver !)

 

La Préfecture de police, saisie par des dépôts de mains courantes, par plus d’une centaine d’appels téléphoniques et plus de 200 mails, a fini, sur demande du maire du 15ème arrondissement de Paris, par intervenir et demander la fermeture administrative du lieu. Problème : à part les troubles subis par le voisinage (ce qui restait en soi un motif de fermeture administrative du lieu), l’activité était totalement légale : l’activité commerciale se déroulait dans un local commercial tel qu’indiqué dans le règlement de copropriété.

 

C’est donc au nom de valeurs conservatrices d’un autre temps (coucou Charles Pasqua) : le retour aux « bonnes mœurs » et au respect de la dignité humaine, que la Préfecture a motivé la fermeture, arguant du fait que les femmes participant à ces gang-bangs étaient de fait des « objets sexuels passifs ». Saisi ensuite par l’exploitant, le Tribunal administratif n’a pas donné raison à la préfecture constatant que le Factory « met en place une organisation particulière permettant aux femmes de déterminer la nature et les conditions de déroulement de l’événement, dont elles peuvent demander l’arrêt à tout moment ». D’ailleurs, le patron confirme : « nous avons organisé 3000 événements de ce type en 16 ans et il n’y a jamais eu la moindre plainte. Ce sont les femmes qui nous contactent et définissent l’événement ». Il précise même que son établissement « a fait l’objet de 80 interventions de la police sans qu’aucune infraction n’ait été constatée ».

 

Mais cet été, le Conseil d’État a annulé la décision du Tribunal administratif, estimant que « les événements organisés par la société, en ce qu’ils mettent en présence des groupes d’hommes auxquels sont susceptibles de s’adjoindre les organisateurs eux-mêmes, dans le cadre de scénarios invitant notamment les intéressés à exercer une contrainte physique et sexuelle sur les femmes participantes, le cas échéant en les incitant à consommer de l’alcool, exposent ces dernières à des risques graves d’atteintes à leur intégrité physique et morale et d’agression sexuelle, en l’absence notamment de garanties propres à s’assurer de leur consentement libre, éclairé et révocable ». 

Cette décision du Conseil d’État est ahurissante et remet en cause le principe d’une sexualité libre entre adultes consentants, et de fait l’exercice de certaines pratiques comme les gang-bangs, les relations sado-maso, les sexualités trash et même les relations multipartenaires consenties puisqu’assimilables à des gang-bangs. D’ailleurs, un article du Figaro* donne la parole à l’une des femmes participantes à ces gang-bangs : « le cadre de ces événements est respectueux du désir des femmes et sûr (hygiène, port des préservatifs, contrôle mutuel qui s’exerce au sein du groupe d’hommes et prévient les débordements). Les femmes qui venaient ici assouvir leurs envies, et sont désormais privées de ce lieu, seront sans doute conduites à s’organiser pour satisfaire leurs besoins dans un cadre privé, avec pas ou peu de garde-fous ». Cette décision est absurde car elle met, de fait, la sécurité des femmes en danger.

 

Sans aucune vague, cette attaque de l’État envers les lieux libertins trace la route pour pouvoir attaquer plus tard tous les lieux dédiés au sexe, hétéros, gays et LGBTQ+. Avec le retour de ces vieux principes conservateurs que l’on pensait enfouis grâce à l’intelligence du principe du consentement entre adultes. Le FN-RN en a rêvé, c’est fait par leurs complices avant même leur possible arrivée au pouvoir ( 🤮 ).

Pour être complet sur ce dossier, il faut préciser qu’un jugement sur le fond est désormais attendu. Wait and see… Mais la décision du Conseil d’État reste un coup de canif réactionnaire pour nos libertés et pour la démocratie.

 

On a dans notre communauté fetish un tas de gays qui disent vouloir voter pour l’extrême-droite parce qu’il y a plein de gays au Front national gna gna gna … Oui mais les 30% de députés gays du FN-RN ne fréquentent pas les backroom et saunas dont ils n’ont strictement rien à faire. Nous savons tous à quoi nous attendre. Qui plus est si une nouvelle IST comme le Mpox pointe le bout de son nez. L’incompétence pour traiter les sujets complexes peut être masquée par des diversions et des mesures absurdes.

Franck Desbordes
Directeur de la publication

Source : Le Figaro : https://immobilier.lefigaro.fr/article/copropriete-le-conseil-d-etat-met-fin-aux-va-et-vient-de-clients-libertins-dans-un-immeuble-parisien-20260815

 

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