Zaza Dior, l’icône sans filtre des nuits parisiennes

Xavier Héraud

Longtemps éclipsée par des figures plus célèbres comme Bambi ou Coccinelle, Zaza Dior fut une des personnalités phare du Paris by night . Une biographie retrace le destin flamboyant de cette artiste, chroniqueuse mondaine et animatrice de radio, emportée par le sida en 1993.

Avril dernier, à la sortie de la pièce Ce soir j'ai de la fièvre et toi tu meurs de froid, au Théâtre Paris-Villette. Un homme nous tend un flyer et lance quelque chose comme : « Le personnage de Yaya dans la pièce, c'est Zaza Dior. Nous sortirons bientôt une biographie sur elle. »

Quelques mois plus tard, la biographie autoéditée est effectivement parue, signée Antoine Bollée et David Lebois. Son titre, Zaza Dior, un travelo nommé désir, surprendra peut-être. Pourtant, c'est celui que cette « figure marginale et flamboyante de la nuit parisienne », à la beauté solaire et à l'humour décapant, avait choisi pour l'autobiographie qu'elle n'a jamais achevée. Car si, au soir de leur vie, Bambi, Fétiche ou Gallia ont publié leurs mémoires, Zaza Dior, morte à 46 ans en 1993, n'a jamais eu le temps d'écrire les siennes, malgré la publicité qu'elle en faisait déjà. Alors David Lebois, qui écoutait religieusement l'émission Lune de Fiel durant son adolescence, et Antoine Bollée ont décidé de raconter son histoire à sa place.

Pour ce faire, les deux auteurs ont rencontré Bambi. Et là, surprise : l'ancienne vedette du Carrousel, qui signe la préface de l'ouvrage, a sorti d'un placard un grand classeur rouge que Zaza avait tenu toute sa vie. On y trouve des photographies, des coupures de presse la mentionnant, mais aussi des collages et des montages parfois fantaisistes destinés à la mettre en valeur. Une véritable mine d'or qui leur a permis de reconstituer son parcours.

Retracer la vie de Zaza Dior, c'est aussi replonger dans toute une époque. Celle où les femmes trans n'ont souvent que deux perspectives : la prostitution ou le cabaret. Zaza passe par la première avant de se consacrer au second. C'est le temps d'établissements mythiques comme le Carrousel ou Madame Arthur, et de figures telles que Coccinelle, Bambi, Capucine ou Fétiche qui, bien au-delà du simple divertissement, contribuent à inventer une représentation nouvelle de la féminité trans. Une époque où devenir soi-même grâce aux hormones apparaît enfin possible.

Viennent ensuite les années fastes des nuits parisiennes, arrosées au champagne, aux côtés de personnalités comme Thierry Le Luron, Françoise Sagan ou Yves Mourousi. Puis les années 1980 voient émerger une autre figure incontournable du milieu gay : David Girard, le « Citizen Gay », avec lequel Zaza, devenue Diors après avoir reçu des menaces juridiques de la maison de luxe, noue une solide amitié.

C'est à ses côtés qu'elle devient chroniqueuse mondaine puis animatrice de radio. David Girard a lui aussi commencé comme prostitué, avant de bâtir un véritable empire composé de bars, de saunas et d'une presse gratuite destinée à promouvoir ses établissements.  À la ville comme à l'antenne, Zaza et David forment un duo détonnant. Leur complicité éclate notamment durant les trois années où ils animent ensemble Lune de Fiel sur Future Génération. C'est d'ailleurs la dernière émission qui a inspiré la pièce Ce soir j'ai de la fièvre et toi tu meurs de froid. David et Zaza y font leurs adieux au terme d'ultimes confidences nocturnes et de plaisanteries plus ou moins douteuses.

Affaiblis par la maladie, ils meurent peu de temps après. David Girard s'éteint à 31 ans en 1990. Zaza le suit trois ans plus tard. Elle aura traversé la vie comme une bulle de champagne : pétillante, lumineuse et terriblement éphémère.

Zaza Dior, le « travelo nommé désir », Antoine Bollée et David Lebois, 259 p.

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