20 ans de rugby queer : l’épopée des coqs festifs

Julien Claudé-Pénégry

Nés de la volonté d'un groupe d'amis gays et hétéros confrontés au rejet dans les clubs traditionnels, Les Coqs Festifs célèbrent leurs vingt ans d'existence. Combats contre les discriminations, institutionnalisation progressive et convivialité indéfectible : le club de rugby le plus inclusif de France s'impose comme un repère incontournable du sport français.

À l’origine, le constat était amer. Plusieurs fondateurs, passionnés d'ovalie, s'étaient heurtés à des moqueries, au harcèlement ou à l'homophobie dans leurs structures d'origine, au point de devoir parfois abandonner le rugby dès le plus jeune âge. Pour y répondre, ils ont fondé en 2006 une équipe pensée comme une « safe zone » totale, où l’orientation sexuelle ne serait plus un sujet d’inquiétude. Le nom, clin d’œil espiègle au Coq Sportif, a rapidement acté l'ADN du club : marier la rigueur du rugby à la fête, l’ouverture et la convivialité.

Et sur le terrain, cette promesse d'inclusivité bat en brèche les stéréotypes physiques. « Au rugby, une équipe a besoin de tous les gabarits », rappelle l'équipe dirigeante. Des avants puissants aux arrières véloces, la différence morphologique n’est pas un frein, mais la première pierre de l’édifice inclusif. Une philosophie qui a transformé la vie de nombreux joueurs. « Le club constitue un espace où chacun peut venir jouer en laissant progressivement de côté ses complexes », témoigne-t-on au sein de l'association, évoquant ces joueurs arrivés timides et métamorphosés par la confiance engrangée au fil des entraînements et des victoires collectives.

 

Un club majeur
Pendant longtemps, l'association a évolué en marge des structures fédérales, cantonnée au rugby loisir. Le tournant s’amorce en 2016 avec la création du programme Rugby is my Pride. En lançant de son côté l’opération « Plaquons l’homophobie », la Ligue Nationale de Rugby (LNR) se tourne vers Les Coqs Festifs pour nourrir sa réflexion. Tout est en marche : en 2021, la Fédération Française de Rugby (FFR) s’associe à son tour au club autour de l'inclusion des personnes trans, menant à l'organisation d'un tournoi anniversaire au Centre National de Rugby de Marcoussis.
L’apogée de cette reconnaissance institutionnelle intervient en 2023. À l'occasion de la Coupe du monde de rugby, l’association réussit un tour de force inédit en unissant autour d'un même projet la LNR, la FFR, World Rugby et le ministère des Sports. Un film de sensibilisation est projeté devant 80 000 spectateurs au Stade de France, tandis que Marcoussis accueille la Pride Rugby Cup. Un parcours fulgurant qui force le respect : « nous sommes partis d’un petit club créé par un groupe d’amis pour devenir l’un des interlocuteurs des principales institutions françaises et internationales. »

 

Un combat sans relâche
Pourtant, le tableau n'est pas sans ombre. Vingt ans après, si les mentalités ont progressé, le combat est loin d'être gagné. Le club observe aujourd'hui un climat plus contrasté. « Le contexte politique a changé, en France comme à l'international », analyse l'association. Les retours en arrière idéologiques se font sentir, et l'on entend parfois que les sujets LGBT+ auraient « déjà été traités » ou qu'ils ne seraient « plus à la mode ». Dans le rugby professionnel, les coming out publics chez les hommes restent rarissimes, signe d’une libération de la parole encore entravée par les peurs.
C'est précisément pour cela que Les Coqs Festifs refusent de baisser la garde. « Une association comme la nôtre doit surtout être présente lorsque le contexte devient plus difficile et fragile. » L'objectif demeure intact : offrir un espace de liberté et porter haut les couleurs de la visibilité, pour que le jeune harcelé ou isolé qui regarde de loin comprenne qu'il a, lui aussi, sa place dans le rugby.

Un anniversaire aux quatre coins de France 
Pour souffler ses vingt bougies, les Coqs Festifs voient les choses en grand. Plutôt qu’un unique tournoi, le club lance le Pride Rugby Tour, une tournée en quatre étapes à la rencontre des autres clubs inclusifs de l’Hexagone : à Vichy (en collaboration avec SOS homophobie), à Bordeaux chez les Cannelions, à Toulouse chez les Touwin, et à Lyon chez les Rebelyons. La saison s'achèvera en apothéose en juillet 2027 à Lisbonne lors de l'Union Cup, la Coupe d’Europe des clubs de rugby LGBT+. Côté sportif, le club se structure : avec une Team Bleue, une Team Rouge et la création prochaine d'une troisième équipe pour absorber l'afflux de nouveaux talents — jusqu'à 70 personnes foulent désormais les pelouses aux entraînements —, l'encadrement professionnel se renforce. Les bénévoles, rouages essentiels de cette machinerie humaine, continuent de porter l'esprit des troisièmes mi-temps légendaires, à l'image de ce nouveau venu hétéro découvrant l’histoire du club après un mois de pratique avec un naturel désarmant : « ah, je comprends mieux… mais ce n’est pas grave, je reste quand même ! » Vingt ans après les premiers essais, Les Coqs Festifs n'ont pas fini de faire la fête, de bousculer les lignes et de prouver que sur un terrain, la plus belle des victoires reste celle du vivre-ensemble.

Lire aussi : Maïa Mazaurette, marraine des Coqs Festifs

 

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