Vingt ans après sa sortie, l’historien du cinéma Didier Roth-Bettoni revisite son indispensable encyclopédie consacrée au cinéma LGBT : Queer Cinéma (1895-2025) : Une histoire mondiale des représentations LGBTQI à l'écran. Une somme qui révèle un septième art en pleine mutation transidentitaire et intersectionnelle.
Imaginez un monde où Brad Pitt et Angelina Jolie ne seraient plus les seuls étalons de la cinéphilie grand public. Un monde où le cultissime Code Hays américain ou les censures européennes n'auraient pas condamné des générations de personnages homos à finir assassinés, fous ou relégués dans les bas-fonds. Ce monde existe : il s'écrit sur grand écran et possède désormais sa bible définitive.

Du placard aux Oscars
En 2007, Didier Roth-Bettoni publiait L'Homosexualité au cinéma, une somme érudite saluée par Les Inrockuptibles pour sa « finesse d'analyse critique » et qualifiée d'« indispensable » par le site Critikat. Vingt ans plus tard, l'ouvrage initial épuisé, une réactualisation s'imposait face à une production devenue « vertigineuse » sous toutes les latitudes. « Jamais avant Moonlight, en 2017, un film gay n'avait obtenu l'Oscar du meilleur film. Jamais avant La Vie d'Adèle en 2014, une histoire lesbienne n'avait décroché la Palme d'or cannoise », ces deux phares symbolisent un changement de paradigme global.
Aux 6 000 œuvres déjà répertoriées, l'auteur ajoute une nouvelle section monumentale baptisée « Les années queer (2008-2025) », forte de 1 500 films et séries supplémentaires (dont Transparent, Sex Education ou Pose). Au total, ce pavé de 1 200 pages embrasse près de 9 000 références et 2 000 photographies.
La dissolution des genres à l'écran
L'analyse de Roth-Bettoni ne se contente pas de comptabiliser les représentations ; elle décortique une révolution plurielle. Nous sommes passés des « cinémas gays et lesbiens » traditionnels des années 1980-90 à un « cinéma queer » globalisé. Ce nouveau continent filmique se nourrit directement des gender studies, des théories féministes du female gaze (regard féminin) et du concept d'intersectionnalité. L'écran n'est plus le miroir d'une identité figée, mais le laboratoire des transidentités, de la non-binarité et des discriminations croisées subies par les minorités racisées ou précaires. Des pionniers de la subversion des années 1970 — à l'instar de l'activiste allemand Rosa von Praunheim ou de l'inclassable Rainer Werner Fassbinder — aux productions contemporaines des plateformes de streaming, le livre retrace cette conquête de l'espace public.
Avec cette réédition XXL, Didier Roth-Bettoni signe bien plus qu'un dictionnaire cinéphile : il valide l'acte de naissance d'un cinéma qui ne s'excuse plus d'exister. Les homos et les trans ne sont plus de simples motifs de divertissement ou des monstres de foire ; ils sont désormais les maîtres du récit.
Queer Cinéma (1895-2025) : Une histoire mondiale des représentations LGBTQI à l'écran, de Didier Roth-Bettoni, Ed. La Musardine, 47€.
Sortie le 29 octobre 2026
