Mami Watta : « l'humour a toujours été un bouclier »

Luc Biecq

A 27 ans, Mami Watta se lance dans son premier one-drag-show. Elle raconte la genèse de ce projet drôle et glamour qui débutera à Paris, avant une tournée dans toute la France.

Vous avez été sacrée « Super Reine » de Drag Race France All Stars à l'Olympia il y a un an, quel impact ce titre a-t-il eu sur votre carrière ? 
Pour moi qui avais fait une saison avant qui ne s’était pas forcément très bien passée, malgré mon arrivée en finale, c’était une consécration, de revenir, de faire du bon travail et de montrer ce que j’avais envie de montrer. C’était cool de juste réaliser un rêve et là, j’ai la chance de partir en tournée pour mon spectacle solo. Je vis du drag depuis la première saison, maintenant c’est plus confortable, je peux négocier.

 

Comment passe-t-on d’une enfance à Abidjan à un spectacle comme Je vous salue Mami ? 
C’est vraiment une suite logique. Mon nom déjà, c’est un peu une réclamation : on disait, et c’est lié au catholicisme, que les garçons un peu efféminés, les filles un peu trop libres qui portaient des longues mèches ou des mini jupes avaient l’esprit de Mami Watta, une sirène, un esprit malin. Il fallait nous libérer de cet esprit. J’ai grandi dans une famille super catholique, donc une fois que j’ai commencé à m’ouvrir et à me découvrir en tant que personne queer, j’ai voulu me réapproprier ces symboles religieux. Quand j’ai commencé à écrire le spectacle, le nom a fait sens, c’est une façon de me réapproprier les choses.

 

Vous maniez très bien le shade, ce tacle ironique. Votre spectacle est-il aussi à classer dans le stand-up ? 
C’est beaucoup de shade, au sujet des personnes qui m’entourent, de moi-même et de ma famille aussi. C’est principalement shady, avec des références à l’émission, aux autres queens bien sûr, à mon parcours de mon enfance à aujourd’hui, à mes parents. Le shade et le stand-up se rejoignent, je sais que je ne suis pas la première à le faire.

 

L’humour est-il une arme politique ou une aide à la réparation ? 
Je dirais plutôt une aide à la réparation, mais l’humour a toujours été un bouclier. Quand j’étais plus jeune et qu’on se moquait de moi, j’utilisais l’humour pour essayer d’éviter les commentaires méchants et lutter contre le harcèlement. Pour faire passer des messages, pour me poser une carapace et pour apprendre à survivre dans le monde dans lequel on vit. En tant que personne queer public, évidemment on a des messages, même sérieux, à faire passer. L’humour est un moyen pour réussir à le faire.

 

Pouvez-vous nous parler de votre metteuse en scène, Amiel Maucade, qui est aussi co-autrice ? 
J’avais déjà écrit des textes sur moi, ma famille mais je n’arrivais pas à tout mettre ensemble toute seule. Du coup, une première boîte de production m’a proposé d’avoir un coauteur, on a vu quelques personnes ça n’a pas forcément collé. Je me suis très bien entendu avec Tahnee mais elle a dû partir en congé maternité. Elle m’a proposé de rencontrer Amiel et honnêtement, ça a été un coup de foudre professionnel. On a toutes les deux le même humour, shady, à la limite problématique et aussi bienveillant. Une vraie symbiose.

 

Vous interrogez la notion d’excès, quand on est considérée comme trop queer, trop visible, trop noire, comment transformer ces injonctions à la discrétion en présence scénique ? 
Le drag, c’est un peu l’art des excès. Au début, après avoir dû me cacher et être le moins visible possible dans mon pays, je voulais être excessive. Dans ma première saison de Drag Race, sous la pression des caméras à 22 ans, j’ai parfois surjoué au point de ne plus me reconnaître. La deuxième fois, il s’agissait d’être dans l’excès tout en restant moi-même. Aujourd’hui, sans m’excuser d’être trop, la clé est de trouver l’équilibre : exprimer ma queerness, être le plus queer possible, et surtout être fière et contente de moi.

 

Quel message souhaitez-vous adresser à cette génération à qui l’on a souvent répété qu’il serait compliqué de trouver une place ? 
Je n’ai pas de message particulier à adresser, mais la vérité, c’est qu’être une personne queer en grandissant en Seine-Saint-Denis, en milieu rural ou même à Paris, c’est dur, et ça l’a été pour nous tous. Mon seul constat, c’est qu’on finit toujours par se trouver. La communauté existe, elle est là et on la trouve sans même s’en rendre compte. Ça s’arrange, ça devient mieux et on finit par être heureux.

 

En quoi l’expérience du stand-up en live est-elle différente de l’enregistrement de Drag Race ? 
En live devant un public, il y a une chaleur, une puissance et une énergie que les gens te renvoient que tu n’as pas derrière une caméra de télévision, où les personnes autour lors du tournage ne peuvent par exemple pas faire de bruit. Au théâtre, le public en face donne de la force et améliore le spectacle : voir des gens rigoler montre que nos blagues fonctionnent, et quand ils ne rigolent pas, on retravaille l’écriture. À la télévision, on propose un produit déjà fini, on ne voit pas tout ce qui est aménagé derrière l’écran.

 

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’impact de votre visibilité auprès de la jeunesse queer en Côte d’Ivoire et au sein des diasporas ? 
Je ne cherche pas à être un modèle ou un porte-drapeau pour la communauté queer, car toutes les expériences sont différentes. Je suis juste un garçon ivoirien venu en France qui a eu la chance de vivre ses rêves. Mon but premier était déjà de m’aider moi-même. Quand je reçois des messages de personnes touchées qui se reconnaissent dans mon histoire, c’est tant mieux. Je ne m’imaginais pas que ça pouvait toucher autant, je suis content de pouvoir inspirer et aider des gens à travers mon parcours, même si ça n’était pas l’objectif.

 

Je vous salue Mami, à La Maison des Métallos (75011) 

du mardi 15 au jeudi 24 septembre 2026

Et en tournée dans toute la France (Lyon, Aix-en-Provence, Tours, Toulouse, Toulon…)

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