Une vierge à l'heure des réseaux sociaux

Annabelle Georgen

C'est une histoire à dormir debout. Celle de Marie, une ado lambda de la banlieue parisienne, mal dans sa peau et branchée tutos maquillage, qui se retrouve enceinte alors qu'elle n'a encore jamais couché avec un garçon. Une histoire qui a plus qu'un air de déjà-vu. C'est d'ailleurs pour ça que personne ne croit la jeune fille, mis à part sa seule et unique copine de lycée. Marie décide de garder l'enfant à naître, car elle a peur que ce qui lui arrive soit trop vite oublié. Sa vérité, c'est sur les réseaux sociaux qu'elle la partage : elle devient bientôt une « Vierge Marie 2.0 » suivie par plus d'un million d'ouailles.

Son succès fou ne tarde pas à inquiéter les autorités de « l'Entreprise », l'entité qui a vraisemblablement remplacé la cinquième République. Aux manettes de ce système post-politique : un certain Christian-Emmanuel (ça vous rappelle quelqu'un ?) s'adressant à ses con-« citoyens-consommateurs » à coups de formules creuses crachées par une IA. Marie devient une menace. Et c'est Joe, une lesbienne butch un peu paumée, qui va être chargée de la surveiller de près...  « Je dis la Vérité » est le second roman de Louise Morel, autrice de l'indispensable « Comment devenir lesbienne en dix étapes ». Poilant, dystopique et résolument politique.

Je dis la vérité, Louise Morel, éditions Hors d'atteinte, 400 pages, 22 €.

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