Résistant, artiste et homosexuel assumé, Willem Arondeus participe en 1943 à l’une des opérations les plus spectaculaires de la Résistance néerlandaise. Arrêté quelques semaines plus tard, il est fusillé par les nazis. Avant de mourir, il demande qu’un message soit transmis : « Les homosexuels ne sont pas des lâches. »

Willem Arondeus naît aux Pays-Bas en 1894. Ses parents sont costumiers pour le théâtre. À 17 ans, après une dispute avec eux au sujet de son homosexualité, il quitte le domicile familial et rompt tout contact avec sa famille. Après des études d’art, il devient illustrateur, peintre et concepteur d’affiches. Il écrit également des poèmes et réalise notamment des fresques. Mais son travail artistique lui permet difficilement de vivre. En 1932, il rencontre Jan Tijssen, le fils d’un marchand de fruits et légumes. Les deux hommes vivront ensemble pendant environ sept ans. Au milieu des années 1930, Arondeus se tourne davantage vers l’écriture. Il publie des romans et une biographie consacrée au peintre néerlandais Matthijs Maris, qui rencontre un certain succès. Puis la guerre éclate. Les Pays-Bas ont beau avoir proclamé leur neutralité, l’Allemagne nazie envahit le pays en mai 1940. Sous l’autorité du commissaire du Reich Arthur Seyss-Inquart, les autorités allemandes mettent progressivement en place la persécution des Juifs néerlandais et leur déportation vers les camps d’extermination.
Un résistant héroïque
Arondeus entre alors dans la Résistance. Il participe à la fabrication de faux papiers destinés notamment à protéger des Juifs. Il écrit également pour la presse clandestine et rejoint le réseau du sculpteur Gerrit van der Veen, qui s’est lui aussi spécialisé dans la fabrication de faux documents. Dans ce réseau, Arondeus se lie notamment avec Frieda Belinfante, une musicienne lesbienne engagée dans la Résistance. Ensemble, ils sont confrontés à un problème majeur : les faux papiers peuvent être vérifiés grâce aux registres de la population conservés par les autorités. Il faut donc détruire ces registres.
Le 27 mars 1943, une dizaine de résistants attaquent le bâtiment du registre de la population d’Amsterdam. Déguisés en policiers, ils pénètrent dans le bâtiment, neutralisent les gardiens et mettent le feu aux archives. Des centaines de milliers de documents sont détruits. L’opération est un succès, mais elle ne restera pas impunie. Quelques jours plus tard, des membres du groupe sont dénoncés. Arondeus et onze autres résistants sont arrêtés. Frieda Belinfante, qui a participé à la préparation de l’opération mais n’a pas pris part à l’attaque elle-même, échappe à l’arrestation. Elle entre dans la clandestinité et se déguise en homme pendant plusieurs mois. Elle finit par fuir les Pays-Bas et rejoint la Suisse via la France.
Après la guerre, elle part aux États-Unis, où elle poursuit sa carrière musicale et devient cheffe d’orchestre. Elle ne reviendra que rarement sur son engagement dans la Résistance. Gerrit van der Veen, lui, poursuit son combat clandestin. Arrêté en mai 1944, il est exécuté quelques semaines plus tard. Willem Arondeus n’aura pas cette année supplémentaire. Le 1er juillet 1943, il est fusillé avec onze autres résistants. Avant son exécution, il demande à son avocat de transmettre un message après la guerre : « Faites savoir que les homosexuels ne sont pas des lâches. » Un dernier cri de fierté, inouï pour 1943, qui résonne encore fort aujourd’hui.
Près de quarante-trois ans plus tard, le 19 juin 1986, Yad Vashem lui décerne à titre posthume le titre de Juste parmi les Nations, en reconnaissance de son engagement pour sauver des Juifs persécutés par les nazis.
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