
J'ai rencontré Hélène Hazera en 2013 grâce à mon ami le sociologue Antoine Idier. Dès la première rencontre, elle m’a traité comme si j’avais été l’un de ses meilleur·es ami.e.s. Cela m’a bouleversé, fort. J’étais avec une légende vivante qui ne se comportait jamais comme telle. Aucune froideur. Aucune arrogance. Mais plutôt ceci : une femme qui met son cœur sur sa main et vous le donne. Tout était simple avec elle. Simple et intense. Simple et inoubliable. Simple et avec énormément de poésie. Elle faisait en sorte qu’il se passe quelque chose avec l’autre en face d’elle. Moi. A chaque fois. Pas de pose, non, non, non. De la magie à la place. Quelque chose de suspendu. Et de très généreux, toujours.
Je fais un pas vers Hélène : elle répond par cinq pas vers moi.
Entre 2013 et 2017, on se voyait régulièrement. Elle venait dans mon petit appartement rue de Turenne pour des après-midis musicales. On a inventé ensemble ce rituel. Chacun fait découvrir à l’autre des chansons populaires et rares. Très vite, nous sommes d’accord que ce que nous aimions le plus était la musique algérienne, le maalouf. Elle en savait beaucoup plus que moi sur ce genre musical. Alors : j’ai renoncé à entrer en compétition avec elle et j’ai écouté. J’ai appris et appris.
Puis est arrivé LE MOMENT entre Hélène et moi : quand on s’est mis à parler avec adoration assumée de la diva trans turque Bünlet Ersoy. Sublime et tellement importante Bülent Ersoy! Ses chansons, ses films, son engagement pour les LGBTQ+ turcs-turques dès les années 70. Tout un pays qui la vénère et elle qui avance de plus en plus vers la vérité, sa vérité, la transidentité. Elle subjugue tout le monde, Bülent Ersoy, impose sa voix, sa révolution. Avec amour et aussi avec colère. Personne ne peut l’arrêter. Hélène en savait plus sur elle que moi. Elles ont toutes les deux le même âge. La même mémoire du monde. De la lutte. Et de la dignité à atteindre quoi qu’il arrive. Elles ont aussi la même mélancolie. Elle vient de si loin, cette mélancolie. Elle me plaît, chez Bülent comme chez Hélène. Alors, de nouveau, je me tais et j’écoute. Reconnaissant, heureux.
Bülent Ersoy est devenue notre cœur à nous deux. A chaque fois qu’Hélène vient chez moi, on écoute ses chansons et on entre dans la joie et l’extase.
Voilà. C’est ce que j’ai à dire aujourd’hui sur la merveilleuse Hélène Hazera.
Elle est partie hier.
Elle n’est pas morte. Non. Elle ne mourra jamais, Hélène.
Depuis hier soir, comme moi, d’autres cœurs bouleversés prennent la parole et disent leur amour et leur reconnaissance pour elle. Son immense générosité. Ses inoubliables combats. Ses très beaux poèmes. Les portes qu’elle a ouvertes pour les LGBTQ+, et pas seulement en France.
Amour éternel pour toi, ma chère Hélène. J’écouterai toujours notre diva Bülent Ersoy, pour toi et pour moi.
Merci merci merci pour ta main tendre, tes mots sublimes et ton regard qui invite. Les frontières n’existent pas, tu disais. C’est juste une fiction inventée par les pouvoir pour nous diviser et nous faire tomber.
Repose en paix. Ton amour continue de couler dans nos cœurs et dans nos mémoires.
Salam et Baisers merveilleux à toi, là où tu es maintenant… en train d’écouter Bülent Ersoy…
